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Sahara. La prochaine résolution du Conseil de sécurité en octobre sera déterminante (Ahmed Faouzi)

Au lendemain du briefing de l'envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU devant le Conseil de sécurité, qui a annoncé une réorientation des efforts de solution politique vers le plan marocain d'autonomie, l’ancien diplomate Ahmed Faouzi revient pour Médias24 sur les récents développements de ce dossier. Ils laissent entrevoir une fenêtre de tir historique. Se voulant prudent, le chercheur en relations internationales estime que ce conflit pourrait connaître son épilogue lors du vote d’une résolution en octobre prochain par les cinq membres permanents.

Sahara. La prochaine résolution du Conseil de sécurité en octobre sera déterminante (Ahmed Faouzi)
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Le 16 avril 2025 à 19h39 | Modifié 16 avril 2025 à 20h18

L’Espagne a changé de position sur le Sahara marocain. La France a ensuite reconnu officiellement la souveraineté du Maroc sur ce territoire. Plus récemment, le secrétaire d’État américain a confirmé que la proposition marocaine était la seule base possible pour une solution. Ces prises de position marquent un tournant diplomatique majeur, qui ouvre pour la première fois la voie à une résolution du conflit.

Selon Ahmed Faouzi, la multiplication des soutiens internationaux au Royaume a mis la pression sur l’envoyé personnel de l’ONU qui n’a d’autre choix que d’impliquer l’Algérie dans la reprise des négociations avant la prochaine réunion du Conseil de sécurité qui aura lieu en octobre.

Sahara. La prochaine résolution du Conseil de sécurité en octobre sera déterminante (Ahmed Faouzi)

Ahmed Faouzi

Médias24 : Le récent briefing de Staffan De Mistura montre que les options de référendum ou de partition ont été écartées et que le contenu du plan d'autonomie marocain devient central. Est-ce que ce changement est dû aux pressions américaines ?

Ahmed Faouzi : Il a en effet mentionné un point essentiel, à savoir la rencontre du ministre Bourita avec son homologue américain, qui a conclu que la seule option désormais valable est l'autonomie dans la souveraineté marocaine.

— À partir de là, alors que De Mistura a présenté un briefing mettant en avant la proposition marocaine, quels sont les scénarios à venir ?

— Aujourd’hui, le seul et unique scénario à même de parvenir à un résultat pour parvenir à la résolution réelle de ce conflit est de relancer les tables rondes en poussant l’Algérie à y participer, alors que sa diplomatie refuse depuis 2019 d’y assister et de s’impliquer aux côtés du polisario.

— De Mistura a parlé de rouvrir les négociations avec toutes les parties concernées dans les trois prochains mois. Qu’est-ce que cela signifie ?

— En filigrane, il parle bien évidemment du véritable instigateur de l’enlisement actuel qu’est l’Algérie.

— Dans ce cas, peut-on parler de tournant majeur ?

— C'est, selon moi, plus un jalon qui a été déposé par l'envoyé personnel, car le tournant majeur pour trouver une solution définitive aura lieu le jour où toutes les parties prenantes reconnaîtront que le Sahara est marocain.

Nous n’en sommes pas encore là, car on assiste en réalité à une petite avancée d’ordre lexical qui s’inscrit dans la perspective de trouver une solution mutuellement acceptable entre les parties.

Aujourd’hui, la principale opposition vient de l’Algérie, qui est réticente à ce scénario, malgré l’avis de deux membres permanents du Conseil de sécurité qui privilégient le plan d’autonomie du Maroc.

— Ne laisse-t-il pas entendre que c'est un conflit entre le Maroc et l'Algérie ?

– Tous les pays le savent, mais il ne peut pas le dire, car l'envoyé personnel qu’il est doit rester neutre.

Mais cela ne l'empêche pas de prendre en considération le fait que des grandes puissances comme la France et les Etats-Unis ont fait un pas énorme, et que l'option référendaire est caduque depuis plusieurs années.

— En octobre dernier, il a pourtant proposé la partition du Sahara marocain ; pourquoi ce revirement sachant qu’il réduisait le plan d’autonomie du Maroc à trois petites pages sans consistance ?

— Il avait en effet demandé à ce qu'on puisse expliciter la nature exacte de l'autonomie proposée par le Maroc, alors que ce plan qui date déjà de 2007, a été et est toujours soutenu par le Conseil de sécurité.

Mais on ne peut pas l’expliciter davantage tant qu'il n'y aura pas d'accord sur l'autonomie.

— Concrètement, un accord entre qui et qui ?

— Entre l'Algérie et le Maroc, bien évidemment.

De Mistura ne parle plus de démissionner. Y a-t-il un revirement de sa position ?

— Il n’a pas vraiment le choix, car il a été obligé de constater les récentes évolutions positives en faveur du Maroc de la part des Américains en 2020, suivis de l’Espagne en 2023, puis de la France en 2024.

Pour en revenir à sa demande d’expliciter le plan d’autonomie, le Maroc a déjà fait un pas énorme, et c’est l’Algérie qui bloque depuis plusieurs années, alors que plusieurs membres permanents du Conseil de sécurité se sont engagés à soutenir la cause sacrée du Royaume.

— Pourraient-ils s’engager davantage en faisant pression pour faire aboutir ce dossier ?

– S'engager vraiment, c'est dire un jour que la seule solution viable est l’autonomie des provinces du Sud pour être en mesure de sortir de ce conflit imposé depuis cinquante ans par l'Algérie qui soutient toujours l'option référendaire. Celle-ci est plus que dépassée et n’a plus lieu d’être.

– Les Américains peuvent-il tordre le bras à l’Algérie sachant que, malgré ses rodomontades face à l’Espagne et à la France, ce pays a toujours fini par ravaler ses invectives et rentrer dans le rang ?

— Quand on se réfère à ce que l’ambassadeur algérien à Washington a vainement tenté d’offrir aux États-Unis pour initier un rapprochement en termes de coopération militaire et économique, on se rend compte que sa diplomatie est actuellement dans une situation délicate et peu enviable.

Tout en multipliant les effets de manche, ce pays n’a pas osé rappeler son ambassadeur quand le président Trump a reconnu la marocanité du Sahara en décembre 2020 ou, plus récemment, quand son secrétaire d’État Marco Rubio l’a confirmé lors de la visite de Nasser Bourita à Washington.

Contrairement aux communiqués insultants contre la France, qualifiée de suppôt du colonialisme après sa reconnaissance de la marocanité du Sahara en juillet 2024, l’Algérie n’a pas osé s’attaquer frontalement à la première puissance mondiale. La Russie se trouve dans une situation similaire, car les paramilitaires de Wagner, affiliés à Moscou, sont actifs au Mali et sont critiqués quotidiennement par la presse officielle.

Sachant que l’Algérie s’oppose au Qatar, aux pays du Golfe, à une partie de la Libye, à la Russie, au Sahel et à la Mauritanie qui refuse de s’associer à un espace maghrébin sans le Maroc, notre voisin qui est de plus en plus isolé ne peut pas continuer à faire la guerre au monde entier.

– Au lendemain de la réunion à l’ONU, la France a rappelé son ambassadeur d’Alger en réaction à l’expulsion de 12 de ses diplomates. Faut-il y voir un hasard du calendrier ou a-t-elle attendu que cela se passe bien au Conseil de sécurité ?

— Je ne pense pas, car c’est un pays de droit où la justice qui est censée être indépendante n’a aucune influence sur les relations internationales.

Contrairement à l'Algérie qui a rappelé son ambassadeur en raison d'une prise de position internationale, la France a rappelé le sien sur un sujet strictement bilatéral, à savoir l’arrestation d’un agent consulaire algérien impliqué dans une tentative de rapt d’un opposant algérien sur son territoire national.

- Dans ce contexte, qui peut faire pression sur l’Algérie ?

— Si De Mistura a mis l’accent sur les positions américaine et française en faveur de l'autonomie, on en saura vraiment davantage lors du vote de la résolution du Conseil de sécurité en octobre prochain.

Sachant que l'administration américaine s'est engagée à être plus impliquée pour faciliter une solution négociée, tout laisse à penser que la prochaine résolution mettra en relief l'autonomie.

— Mais que peut-il se passer dans les prochaines semaines ou mois ?

– Pour renforcer la position des membres du Conseil de sécurité comme la France et les États-Unis, le Maroc doit continuer à travailler pour convaincre la Grande-Bretagne et la Chine de s’aligner sur eux.

— Que se passera-t-il si l'Algérie refuse de faire évoluer sa position ?

— Au cas où elle refuserait la solution prônée par la communauté internationale, elle assumerait toute la responsabilité du blocage qui en résulterait.

— Et si elle accepte de s’aligner sur la voix de la majorité ?

– On ira vers l'autonomie qui sera négociée en fonction des propositions faites par le Maroc.

— En étant réaliste, dans l’idéal, combien d’années prendra ce processus de résolution du conflit ?

– Lorsque la voie de la paix sera prise, le premier effet sera de calmer la région, surtout les relations agitées au Maghreb entre le Maroc et l’Algérie, y compris avec l’Europe.

 — En étant optimiste, peut-on imaginer que ce conflit sera réglé au moment du Mondial 2030 ?

– La célérité de sa résolution dépendra étroitement du vote des membres permanents du Conseil de sécurité pour imposer un recensement qui n’a jamais  été effectué, puis en faveur de l’autonomie.

— En d’autres termes, vous ne voulez pas vous prononcer sur le délai qui sera nécessaire pour ramener à la raison l’Algérie ?

— Encore une fois, c’est la prochaine résolution du Conseil de sécurité qui sera déterminante pour en savoir plus sur le temps nécessaire à la résolution de ce conflit que l’Algérie a créé de toutes pièces.

— Y a-t-il pour autant une fenêtre de tir exceptionnelle pour le Maroc ?

— La prise de conscience qui s'est développée chez les membres permanents du CS sur la réalité du régime algérien donne en effet au Maroc des atouts incontestables pour trouver une sortie de crise.

Mais si tous les astres sont alignés sur la question du Sahara marocain et qu’il y a une fenêtre de tir pour transformer l’essai, l'Algérie ne changera d’avis qu'avec une pression internationale très forte.

— À la lumière de tous les développements récents, est-ce que l’optimisme prévaut aujourd’hui ?

— Tout en étant positif, c’est le réalisme qui doit prendre le dessus en évitant l’optimisme naïf ou béat, car quelles que soient les nombreuses avancées, nous ne sommes pas encore au bout de la sortie de ce conflit régional

En effet, si notre cause nationale est dans une meilleure posture que par le passé, on se doit de garder les pieds sur terre, car depuis plus d’un demi-siècle, notre voisin a dépensé des centaines de milliards de dollars pour une cause perdue, qui auraient dû servir normalement à l'économie du pays.

Pour conclure, il faut continuer à travailler en attendant le rendez-vous fatidique d’octobre prochain.

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