Chambre des représentants. La reconnaissance faciale pour lutter contre l’absentéisme des députés
Décidé à l’automne 2024, le recours à la reconnaissance faciale pour lutter contre l’absentéisme des députés sera concrétisé au début de la session d’avril, apprend Médias24 de sources informées. Le flou entoure cependant certains aspects de la concrétisation de ce chantier.
Avec les membres de la Chambre des représentants, toutes les solutions possibles ont été testées pour amener les élus de la Nation à plus d’assiduité. Les demandes d’explication aux députés absentéistes n’ont servi à rien. De même que les menaces de ponction sur les indemnités des concernés qui n’ont jamais été mises à exécution.
Le bureau de la chambre en est finalement arrivé à la méthode "name and shame" : donner lecture au début de la première séance plénière (généralement les lundis) de la liste des élus qui s’étaient absentés la semaine précédente sans avoir fourni de justification. Or cela a donné lieu à une grande levée de boucliers.
Certains élus avaient protesté, attestant qu’ils étaient bien présents lors de la précédente séance, d’autres ont argué avoir été en mission ou qu’ils avaient envoyé des courriers justifiant leur absence.
"Il ne faut jamais sous-estimer la capacité de résistance dont peuvent faire preuve certains députés pour contourner tous les mécanismes de contrôle. Quand l’intention de base est de se soustraire à toute forme de reddition des comptes, il n’y a rien à faire", commente un haut cadre du Parlement.
Cette résistance dont parle notre interlocuteur s’est manifestée de manière très flagrante à l’occasion du vote définitif du projet de loi organique portant sur la grève.
Nous sommes le 5 février et ledit texte était soumis à l’adoption, en plénière et en deuxième lecture, à la Chambre des représentants. Sur les 395 membres que compte cette chambre, seulement 104 ont répondu présent. Autrement dit, 3 sur 4 ont estimé que ce projet de loi, qui a suscité tant de passions et de polémiques, n’était pas une priorité.
De report en ajournement
La reconnaissance faciale pour contrôler la présence des députés devait, selon nos sources, démarrer en janvier dernier, mais cela a été reporté pour des raisons techniques : la Chambre des représentants n’avait pas encore réceptionné le matériel nécessaire, notamment des caméras dernier cri. C’est désormais chose faite, indiquent nos sources sans être en mesure de donner plus de précisions.
"À notre connaissance, aucun appel d’offres n’a été lancé dans ce sens. Cette acquisition a sûrement été faite via des bons de commande, et le marché n’aurait pas coûté plus de 500.000 dirhams", admet un élu de la majorité.
Pour la mise en œuvre de ce nouveau mécanisme en avril prochain, la plupart des parlementaires interrogés par Médias24 sont encore dans le flou. Mais une chose est sûre : les préparatifs ont bien démarré.
"On nous a demandé de prendre contact avec les services administratifs de la chambre pour nous faire prendre en photo. Les photos vont servir à constituer une base de données pour les besoins de la reconnaissance faciale", affirme un parlementaire de la majorité.
Du côté du bureau de la Chambre des représentants, la décision a été prise d’installer ces caméras aux multiples entrées de l’Hémicycle. Mais tout le monde ignore encore le mode opératoire de ce système.
"Dans un premier temps, tout le processus sera supervisé par les services de la Chambre des représentants. Le recours à un prestataire externe pourrait être également envisagé en cas de besoin", affirme une source informée, interrogée par Médias24.
Et ce ne sont pas les exemples qui manquent, surtout de pays qui nous ont toujours servi de modèle dans le travail législatif. En France, par exemple, la reconnaissance faciale est utilisée par le Sénat aussi bien pour le "pointage" que lors du vote de divers textes ou motions. Avant de valider son vote, chaque sénateur est soumis à la reconnaissance faciale.
Au-delà du benchmarking, un tel chantier ne saurait être mené à bien sans l'adhésion des premiers concernés. "La technologie à elle seule ne suffit pas. La balle est dans le camp des partis politiques qui doivent imposer une stricte discipline à leurs élus. Et c'est une autre paire de manches, selon un cadre du Parlement qui suit, de très près et depuis de longues années, les efforts (pas toujours concluants) de moderniser et de moraliser l'action de l'institution législative.
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