Interpellé par des députés en France, KNDS s'explique sur l'échec de son 2e contrat marocain
La firme de défense française KNDS a réagi à la décision des FAR de se tourner vers le fabricant israélien Elbit Systems pour acquérir le canon Atmos 2000, en reconnaissant des problèmes techniques sur les canons Caesar livrés au Maroc.
Le fabricant KNDS France, produisant notamment les systèmes Caesar, avait vu un deuxième contrat avec le Maroc échouer en raison de problèmes techniques, comme l'a rapporté le média français LaTribune.fr. Face à ces difficultés, Rabat a opté pour l’acquisition de 36 canons automoteurs Atmos 2000 auprès d’Elbit Systems.
Des tensions avaient émergé entre les FAR et KNDS France après la livraison des premiers canons Caesar en 2022. Les FAR avaient signalé des problèmes récurrents sur ces systèmes d’artillerie, adressant plusieurs réclamations au groupe français, selon l'article fouillé publié par La Tribune.
Lors d’une audition devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale française mercredi 12 février 2025 (vers 2:40:00), Alexandre Dupuy, directeur de la Business Unit Systems chez KNDS, a confirmé ces problèmes techniques. "Les Marocains ont observé quelques problèmes de fonctionnement et de fiabilité sur certains sous-ensembles, notamment hydrauliques. Ces sous-ensembles ne sont pas réalisés chez nous, mais en chaîne de sous-traitance", a-t-il expliqué.
"Il fallait concrètement produire de nouveaux équipements à un moment où l'on était déjà aux capacités maximales de production des équipements pour la montée en cadence pour l'Ukraine".
"Ces opérations ont pris un peu de temps. Mais aujourd'hui, les deux régiments sont pleinement opérationnels et nous sommes fiers d'équiper les armées marocaines. Elles sont membres du club Caesar et vont continuer à bénéficier des améliorations que nous apportons sur Caesar".
Par rapport à l'achat des canons Atmos 2000, Alexandre Dupuy a affirmé que ce n’était pas tant une décision politique, mais plutôt l’offre technique du fabricant israélien Elbit qui a fait la différence.
"Ce n’est pas que le Maroc ait choisi Elbit, mais plutôt qu’Elbit a proposé une offre différente, avec une capacité de développement plus rapide", a-t-il souligné. Cette offre combinant des capacités de canons et de lance-roquettes a, semble-t-il, convaincu les FAR, alors que KNDS ne peut pas proposer une telle solution.
Le Maroc est pragmatique dans ses choix d'armements
"Il y a eu un mécontentement du côté marocain, ce qui est compréhensible", explique Abdelhamid Harifi, expert militaire contacté par Médias24. Ce mécontentement découle en grande partie de la priorité donnée par la France aux livraisons rapides de canons Caesar à l’Ukraine, au détriment de la commande marocaine. De plus, le changement organisationnel au sein de la société française Nexter, devenue KNDS, a également joué un rôle dans les retards et les complications rencontrées.
Les problèmes techniques, notamment liés aux systèmes hydrauliques des canons Caesar, n’ont pas été exclusifs au Maroc. "L’armée française elle-même a dû faire appel à plusieurs reprises à KNDS durant la première année de service du Caesar pour corriger des problèmes", ajoute-t-il. Ces difficultés sont courantes lors du déploiement initial de nouvelles unités.
Aujourd’hui, les deux Groupes d’artillerie royale (GAR) équipés de Caesar, situés à Midelt et à Ouarzazate, sont pleinement opérationnels. "Le Caesar a démontré son efficacité lors d’exercices de terrain en Ukraine, et les Marocains profitent désormais du retour d’expérience (RETEX) pour améliorer le système avec l’appui du constructeur", indique notre expert militaire. Cette collaboration permet de tirer des leçons concrètes des engagements sur le terrain pour optimiser l’utilisation des canons au Maroc.
L’acquisition récente des canons Atmos israéliens s’inscrit également dans une stratégie plus large des FAR. "L’achat de l’Atmos vient dans la continuité de la doctrine des FAR, qui vise à ne jamais dépendre d’un seul fournisseur", explique Abdelhamid Harifi, mais cette approche permet surtout de créer des couples d’unités d’action et de dissuasion sur plusieurs fronts. Par exemple, "l’Atmos israélien est couplé avec le PULS (également israélien), tandis que le Caesar français est associé à l’AR2 chinois". Bientôt, un nouveau système sera couplé au HIMARS américain, renforçant ainsi la polyvalence et la résilience des FAR.
En somme, malgré les défis initiaux, le Maroc a su adapter sa stratégie militaire en tirant parti des retours d’expérience et en diversifiant ses sources d’approvisionnement. Comme le souligne Abdelhamid Harifi, "cette diversification permet aux FAR de maintenir une capacité opérationnelle élevée et de s’adapter aux défis complexes des conflits modernes". Une approche qui témoigne de la volonté du Maroc de renforcer sa position stratégique dans un environnement régional et international en mutation.
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