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ECONOMIE

Batteries : pourquoi le modèle industriel marocain inquiète-t-il Bruxelles

L’Union européenne durcit sa position face aux investissements chinois. Avec les projets chinois dans l’automobile électrique et les batteries, le Maroc se retrouve au cœur de cette nouvelle tension. Le précédent des jantes en aluminium montre que cette pression peut déjà se traduire par des droits commerciaux lourds. Le Royaume entend défendre ses intérêts. Des discussions sont en cours.

Le Maroc face au nouveau protectionnisme industriel européen.
Le Maroc face au nouveau protectionnisme industriel européen.
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Le 2 juin 2026 à 19h45 | Modifié 2 juin 2026 à 20h58

 L’essentiel :

  • L’Union européenne durcit son discours face à la Chine et surveille désormais les investissements chinois dans les véhicules électriques, les batteries et les composants industriels.
  • Le Maroc se retrouve directement concerné depuis que le Financial Times présente le Royaume comme une possible base industrielle chinoise vers le marché européen.
  • Pour Rabat, ces investissements répondent d’abord à une stratégie industrielle nationale visant à réussir le virage électrique de l’automobile marocaine et à construire un écosystème batterie.
  • Le précédent des jantes en aluminium montre que l’Europe peut imposer des droits lourds sur des productions marocaines lorsqu’elle estime que des intérêts chinois ou des subventions faussent la concurrence.
  • Le Maroc mène actuellement des discussions politiques avec l’Union européenne pour défendre ses intérêts, faire respecter les accords existants et explorer la reconnaissance du contenu produit au Maroc comme équivalent à du contenu européen.

 Les détails :

-oOo-

Depuis plusieurs jours, l’Union européenne durcit publiquement le ton face à la Chine, notamment dans la presse anglo-saxonne. Le discours porte sur les surcapacités industrielles, les subventions, les composants chinois, les véhicules électriques et ce qu'elle estime être "des risques de contournement commercial".

Le message envoyé par Bruxelles dépasse le seul marché européen. L’Europe cherche à protéger son industrie et multiplie les sorties médiatiques directes ou indirectes. The Guardian, Reuters et ou encore le dernier en date, Financial Times, citent la Commission européenne qui exprime son inquiétude.

Un narratif qui se veut offensif contre la Chine, mais dans lequel le Maroc se retrouve concerné et directement cité dans l'article du Financial Times. Ce dernier titre : "L'UE s'inquiète face à la construction par la Chine d'une base industrielle au Maroc". Il avance que "des investissements de plusieurs milliards de dollars suscitent des inquiétudes quant au risque que les produits subventionnés ne submergent les fabricants européens".

Industrial Accelerator Act, règles d’origine et bataille du contenu local

Pour comprendre les enjeux, il faut regarder le contexte. L'UE se rapproche d'un important sommet où d'importantes décisions devront être prises, notamment sur le volet industriel. Il s'agit du Conseil européen qui se tiendra à Bruxelles les 18 et 19 juin 2026. Lors de ce sommet, les chefs d'État et de gouvernement européens débattront des questions géopolitiques et économiques prioritaires, notamment la proposition législative sur l'Industrial Accelerator Act (IAA) dans laquelle d'éventuelles restrictions sur les importations chinoises pourront être adoptées.

À travers l'IAA, l'Europe s’inscrit dans une logique de relocalisation et de préférence industrielle européenne. Il vise à soutenir les technologies bas carbone fabriquées en Europe, à accélérer les capacités industrielles et à introduire des exigences liées au contenu européen dans certains dispositifs publics.

L’Europe veut moins dépendre des chaînes dominées par la Chine, surtout dans les technologies propres, les batteries, les métaux, les composants et les véhicules électriques.

Et le Maroc se retrouve concerné car le Royaume avance justement dans ces secteurs avec des partenaires chinois puissants. Mais ces investissements chinois ne sont pas récents et sont connus, publics et annoncés depuis plusieurs années. Pourquoi cela inquiète-t-il l'Europe maintenant ? Plusieurs sources sondées par Médias24 nous expliquent les coulisses.

Le Maroc, un dommage collatéral de la stratégie européenne ?

"L'Europe s'inquiète parce que la filière automobile marocaine est en train de s'intégrer verticalement avec les Chinois sur l'écosystème batterie alors que les projets européens sur la batterie piétinent". Hasard du calendrier, un article du Monde publié ce mardi 2 juin illustre parfaitement les propos de nos sources et la situation en Europe.

Le journal français explique que les gigafactories de batteries françaises sont à la recherche d’alliances. "Stellantis serait en discussion avec le géant chinois CATL sur l’avenir d’ACC, la coentreprise qu’il a créée avec Mercedes et TotalEnergies, tandis que les relations se tendent entre Renault et Verkor, trop cher et en retard aux yeux de son client et actionnaire".

Une de nos sources ajoute : "l'industrie de batterie européenne a du mal à décoller pour des problèmes de maîtrise de savoir-faire, de qualité, etc. En face, l'écosystème marocain, lui, se met en place avec des usines qui sortent de terre et qui ont même démarré la production et même l'export vers les USA pour certaines dans un contexte où les voitures chinoises font un raz-de-marée en Europe sans que les Européens arrivent à endiguer cette montée chinoise".

En somme, l'Europe est malmenée sur son propre marché. Et sa solution pour stopper le tsunami chinois est de verrouiller toutes les portes d'entrée… quitte à ce qu'il y ait des dommages collatéraux.

Le Maroc et la Turquie seront des dommages collatéraux de la stratégie industrielle que cherche à instaurer l'Europe.

Du fait de ce contexte alambiqué, les investissements chinois au Maroc dans l’automobile électrique, les batteries et les composants industriels prennent une dimension plus politique. Pour les groupes chinois, le Maroc représente une plateforme crédible d'investissement, de production et d'exportation partout dans le monde et donc vers l'Europe.

Pour le Maroc, ces projets sont une opportunité de monter en gamme, de renforcer sa base industrielle et de s’insérer plus profondément dans les chaînes de valeur de l’automobile électrique.

Pour Bruxelles, ils deviennent un test de sa nouvelle politique industrielle face à la Chine.

La surtaxe sur les jantes en aluminium, le signe avant-coureur

D'ailleurs, le Maroc a déjà eu un avant-goût de la nouvelle approche européenne. Avec la problématique des jantes en aluminium produites au Maroc, il y a eu un précédent. L’Union européenne avait déjà imposé en 2023 des droits antidumping sur les jantes en aluminium produites au Maroc.  En 2025, elle a ajouté des droits compensateurs après avoir conclu que certaines importations étaient injustement subventionnées. Le cas le plus lourd concerne Dika Morocco Africa, une entreprise à capitaux chinois qui produit au Maroc.

Les données douanières européennes consultées par nos soins au 2 juin 2026 montrent que les importations européennes liées à cette entreprise supportent un droit antidumping de 17,5% et un droit compensateur de 31,4%. La charge cumulée atteint donc 48,9%.

Pour Hands 8, un industriel à capitaux coréens, la charge est plus faible, un taux de 8%. Le taux réduit a été expliqué par le fait que l'entreprise a été transparente avec les enquêteurs de l'UE.

En somme, l’Europe accepte le commerce préférentiel avec le Maroc, mais a créé une brèche pour le neutraliser lorsqu’elle estime qu’il ne joue plus en sa faveur.

Le Maroc a contesté la décision. Il a défendu sa position et mis en avant le cadre de l’accord d’association avec l’Union européenne. Mais sur le terrain, les droits sont restés en vigueur.

Des discussions politiques en cours pour protéger les intérêts marocains

Dans cette bataille où le protectionnisme européen est assumé par l'Europe, le Maroc se défend. Nos sources assurent que des discussions politiques sur le sujet sont menées en ce moment.

"Le Maroc défendra ses intérêts. En plus il y a des accords de libre-échange, toute décision européenne doit être conforme à ces accords, sinon cela posera de sérieux challenges à venir", nous confie-t-on.

Alors que les tensions sur ce sujet s'accentuent sur la scène médiatique, notamment entre l'Europe et la Chine, le Royaume n'a pas publiquement pris part au débat. Mais nos sources assurent que les échanges sont là et que les arguments ne manquent pas.

Le Maroc peut se présenter comme un partenaire fiable pour l'UE pour que cette dernière s'intègre dans l'écosystème marocain des batteries et rattrape ainsi son retard dans un cadre win-win.

Que dire alors de l'idée que l'Europe martèle selon laquelle la Chine utilise le Maroc comme un cheval de Troie ou une base arrière pour accéder au marché européen ? "Les Chinois sont installés en UE. Ils sont des usines en Hongrie, en Turquie, en Slovénie... et nous aimerions bien savoir leur niveau d'intégration locale", argumente une source.

En tout état de cause, le Maroc entend présenter des arguments plus diplomatiques. Les investissements chinois au Maroc répondent d’abord au besoin de la filière automobile marocaine de réussir son virage électrique et de construire un écosystème batterie.

En plus, les principaux projets sont des co-investissements avec la présence de Marocains dans le capital : COBCO avec CNGR et Al Mada, ou Gotion Power Morocco avec l’implication de la CDG.

Pour résoudre cette problématique, le Maroc explore avec l’Union européenne la possibilité de faire reconnaître, dans certains dispositifs industriels, le contenu produit au Maroc comme équivalent à du contenu européen, compte tenu de son accord avec l’UE et de son intégration dans les chaînes automobiles européennes.

Des discussions, si elles aboutissent, peuvent clore ce dossier et préserver les exportations marocaines vers l'UE tout en préservant les investissements chinois au Maroc et la souveraineté marocaine sur son tissu et sa stratégie industrielle.

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Le 2 juin 2026 à 19h45

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