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AGRICULTURE

Dans les périmètres irrigués, 17 % seulement des besoins en eau couverts en 2024-2025

La dotation agricole réservée à l’irrigation à partir des barrages est estimée à environ 880 millions de mètres cubes pour la campagne 2024-2025, à l'instar de la précédente. La pénurie d’eau, due à six années consécutives de sécheresse, a entraîné au fil des ans un recul de cette dotation qui atteint actuellement 3.000 m3 par hectare en moyenne.

Dans les périmètres irrigués, 17 % seulement des besoins en eau couverts en 2024-2025
Chady Chaabi
Le 4 janvier 2025 à 9h30 | Modifié 4 janvier 2025 à 13h04

Depuis plusieurs années, l’écart ne cesse de se creuser entre les dotations en eau pour l’irrigation prévues par les Plans directeurs d’aménagement intégré des ressources en eau (PDAIRE) et celles effectivement accordées. La campagne agricole 2024-2025 confirme cette tendance qui impacte l’un des principaux secteurs d’activité économique du pays. 

Selon la Direction de l’irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole (DIAEA), relevant du ministère de l’Agriculture, la dotation agricole à partir des barrages sera du même ordre que celle de la campagne précédente : environ 880 millions de mètres cubes, soit un taux de couverture d’à peine 17% de la dotation prévue dans les documents de planification de l’eau, estimée à 5,3 milliards de m3 par an.

Ces dernières années, les dotations agricoles à partir des barrages sont passées de 10.000 m³ en moyenne par hectare, comme inscrit dans le PDAIRE, à 3.000 m³, comme l’a expliqué Zakaria El Yacoubi, lors de la 2e édition des Assises nationales de la régionalisation avancée, tenue récemment à Tanger. 

"Il s’agit d’une moyenne, mais il s’avère que certains périmètres comme Al Haouz, Souss-Massa et, plus récemment, Tadla subissent des coupures en termes d’irrigation pendant de longs mois, voire parfois plusieurs années", déplore le patron de la Direction de l’irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole.

Ainsi, les 1,6 million d’hectares censés être irrigués dans le pays ne le sont que partiellement et de manière irrégulière. Une situation préoccupante au regard de l’importance des périmètres irrigués qui assurent la production de denrées alimentaires essentielles telles que les fruits, les légumes, le sucre, le lait et la viande.

À Béni Mellal-Khénifra, 60.000 emplois ont été perdus dans le secteur agricole à cause de la sécheresse

En outre, ces périmètres constituent la pierre angulaire du développement socio-économique de nombreuses zones rurales. Pour preuve, à Béni Mellal-Khénifra, l’une des régions les plus touchées par la sécheresse dans le Royaume, "60.000 emplois ont été perdus dans le secteur agricole à cause de la sécheresse", regrette Adil Barakat, président du conseil de la région Béni Mellal-Khénifra. 

 

Des précipitations insuffisantes pour garantir une agriculture viable

Le Maroc est caractérisé par un climat semi-aride à aride dans plusieurs régions, limitant la disponibilité de l’eau pour l’agriculture. L’irrigation est donc essentielle pour optimiser la production agricole. Concrètement, un périmètre irrigué désigne une zone agricole aménagée pour bénéficier d’un système d’irrigation artificielle, permettant d’apporter l’eau nécessaire aux cultures.

Ces périmètres sont souvent développés dans des régions où les précipitations sont insuffisantes pour garantir une agriculture viable. On distingue deux principaux types de périmètres irrigués dans le Royaume : 

- Les grands périmètres irrigués (GPI) : alimentés principalement par des barrages, ils se situent souvent dans des plaines fertiles telles que le Haouz et Tadla. Ces zones sont destinées à des cultures à forte valeur ajoutée (fruits, légumes, agrumes).

- Les petits et moyens périmètres irrigués (PMPI) : utilisés par des exploitations agricoles familiales, ils se trouvent à proximité de rivières, sources ou nappes phréatiques. Ils sont généralement dédiés à des cultures vivrières ou pastorales.

Trois systèmes d’irrigation sont couramment employés pour irriguer les cultures de ces périmètres :

- L’irrigation gravitaire : une méthode traditionnelle utilisant la gravité pour distribuer l’eau, mais très consommatrice ; 

- L’irrigation par aspersion : une technique assurant une distribution uniforme via des asperseurs, plus efficace que la méthode gravitaire ; 

- L’irrigation au goutte-à-goutte : une technique moderne économisant l’eau en ciblant directement les racines des plantes.

Cette dernière méthode, encouragée par des subventions via le Fonds de développement agricole (FDA), équipe actuellement 850.000 hectares à l’échelle nationale. Toutefois, malgré leur efficience, ces installations hydro-agricoles ne sont pas pleinement exploitées en raison de l’insuffisance d'apports en eau réguliers et quotidiens.

Développement de l'offre hydrique

Face à la baisse des ressources en eau allouées à l’agriculture, trois leviers complémentaires sont activés, notamment dans le cadre de la stratégie Génération Green et du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI 2020-2027). À commencer par le développement de l’offre hydrique à travers la poursuite de la politique des barrages, l’interconnexion des bassins pour mobiliser le maximum des eaux actuellement perdues en mer. 

Ces dernières années, les dotations agricoles à partir des barrages sont passées de 10.000 m³ en moyenne par hectare à 3.000 m³

Sans oublier le recours au dessalement de l’eau mer pour alimenter les villes côtières en eau potable, libérer les eaux des barrages pour l’agriculture et développer des projets d’irrigation des cultures maraîchères par dessalement de l’eau de mer.

Au programme également, l’amélioration de l’efficacité hydrique à travers la mise en œuvre des programmes de développement et de modernisation de l’irrigation avec un effort d’investissement de l’ordre de 50 MMDH. Ces investissements portent sur quatre programmes structurants :

- La modernisation des réseaux d’irrigation et d’économie d’eau pour la reconversion de 350.000 ha à l’irrigation localisée, permettant d’atteindre 1 million d’ha sous irrigation localisée, soit 60% de la superficie irriguée ;

- L’extension de l’irrigation sur 72.500 ha à l’aval des barrages, principalement dans la plaine du Gharb (30.000 ha) et dans la plaine de Saiss (30.000 ha) ;

- La réhabilitation et la restauration des périmètres de la petite agriculture irriguée essentiellement dans les zones fragiles touchant près de 200.000 ha ;

- la promotion du partenariat public-privé pour le renforcement des ressources en eau non conventionnelles par dessalement de l’eau de mer, notamment dans les zones de Dakhla, Tan-Tan, Sidi Rahal, Tiznit, Doukkala et l’Oriental.

"L’objectif étant de cibler des gains en efficience/efficacité pour doubler la valeur ajoutée par m3 et la pérennisation d’un stock d’eau stratégique pour pérenniser l’irrigation et contribuer à la souveraineté alimentaire", conclut Zakaria El Yacoubi. 

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Chady Chaabi
Le 4 janvier 2025 à 9h30

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