AFIS CEO Talk. Kamal Mokdad (BCP) et Amine Bouabid (BOA) partagent leurs visions pour transformer le secteur bancaire africain
Lors du sommet de l’AFIS, Kamal Mokdad (BCP) et Amine Bouabid (Bank of Africa) ont échangé sur les défis et les opportunités pour positionner les banques africaines sur la scène financière internationale. Ils ont abordé des solutions innovantes, la nécessité d’une autonomie accrue et l’importance de la collaboration entre acteurs économiques.
Lors d’un panel intitulé "CEO Talk : Comment positionner les géants bancaires africains dans les centres financiers internationaux ?", réuni dans le cadre du sommet de l’AFIS le mardi 10 décembre, Kamal Mokdad, directeur général de la Banque Centrale Populaire (BCP), et Amine Bouabid, CEO de Bank of Africa (BOA), ont partagé leurs visions pour transformer le secteur bancaire africain. Entre ambitions stratégiques et réformes structurelles, leurs propositions traduisent une volonté de hisser les banques du continent au niveau des standards internationaux.
"85% des échanges africains se font avec le reste du monde", a souligné Kamal Mokdad, ce qui pose un véritable défi face à la désertion des banques internationales. La BCP a répondu en mettant en place des solutions innovantes, notamment via sa filiale CIB Offshore à Tanger qui facilite les transactions en dollars et en euros pour une trentaine de banques africaines. En complément, un hub stratégique a été établi à Maurice pour renforcer les flux entre l’Asie et l’Afrique.
Selon Kamal Mokdad, "Maurice a développé un système de compensation en RMB "yuan chinois" et des conventions fiscales avantageuses qui attirent les acteurs chinois pour capturer les opportunités de commerce et d’investissement".
Nous sommes aujourd'hui la seule banque de l'Afrique de l'Ouest, du Nord et du Centre à avoir une présence à Maurice
De son côté, Amine Bouabid a insisté sur la nécessité de "réinventer le système bancaire africain", en relevant que le retrait des banques européennes créait une opportunité pour un modèle plus autonome. Il a appelé à mobiliser les investisseurs, les épargnes et les gouvernements pour favoriser une transformation collective.
Amine Bouabid a affirmé que l’Afrique devait "agrandir le gâteau", autrement dit, stimuler l’économie et les opportunités de crédit tout en racontant une histoire convaincante pour attirer les investissements étrangers.
Par ailleurs, "seulement 15% des transactions africaines sont compensées à l’intérieur du continent, ce qui coûte 5 milliards de dollars par an aux entreprises africaines", a précisé Kamal Mokdad.
Ainsi, il y a une nécessité d’harmoniser la réglementation et de créer un système de compensation unique pour réduire la dépendance aux devises étrangères. "On a aujourd'hui un impératif de réduction de la dépendance justement de l'Afrique vis-à-vis de ces devises étrangères. Et donc, il faut absolument avancer sur la mise en place d'un système de règlement et de paiement en Afrique parce que nous avons 54 pays, vous le savez, et 42 monnaies", a-t-il ajouté.
Néanmoins, pour Kamal Mokdad, il est crucial d’investir dans la conformité et l’automatisation des opérations afin de respecter les standards internationaux.
Nous devons rassembler les épargnes. Nous devons faire les choses ensemble. Nous devons réinventer ce modèle
En écho, Amine Bouabid a mis en avant l’idée de définir des indicateurs clés de performance (KPI) pour aligner les efforts des banques, des gouvernements et des banques centrales. Il a pris l’exemple de la contribution actuelle de la finance au PIB africain, qui se situe à seulement 25% à 26%, contre 120% au Royaume-Uni. "Passer à 50% dans dix ans nécessiterait une croissance annuelle des actifs de 20% à 30%", a-t-il estimé, insistant sur l’importance d’une vision collective pour atteindre cet objectif.
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