Intelligence artificielle : l'urbanisme et la construction, ces secteurs marocains en retard
Si l'intelligence artificielle a déjà réussi à s'infiltrer dans des secteurs tels que la médecine, l'offshoring et, timidement, le textile, elle a encore du chemin à parcourir dans l'urbanisme et la construction. En cause, les retards cumulés sur le volet organisationnel et les procédés d'application réels sur terrain.
Dans le cadre de notre série d'articles consacrés à l'intelligence artificielle et son impact sur les secteurs, nous nous focaliserons dans cet article sur l'intégration de l'IA dans la construction et l'urbanisme. Au Maroc, l'intelligence artificielle n'a toujours pas fait son entrée dans ces secteurs, explique à Médias24, Khalil Morad El Ghilali, architecte et enseignant à l'Université euro-méditerranéenne de Fès.
"Nous sommes encore au stade du Building Information Modeling (BIM), un procédé collaboratif d'organisation du domaine de la construction qui permet de voir, en temps réel, comment la construction avance sur des logiciels dédiés. Mais ce n'est pas de l'intelligence artificielle", précise-t-il.
Une mauvaise structure organisationnelle et des procédés d'application défaillants
Pourquoi l'IA n'a-t-elle toujours pas fait son entrée au Maroc dans ces secteurs-là ? "Tout simplement parce que les procédés d'application réels sur terrain font défaut. Nous avons encore beaucoup de retard quand il s'agit d'organisation, que ce soit l'organisation du chantier, l'organisation des entreprises ou l'organisation même des architectes et des bureaux d'études. Il y a encore beaucoup de travail à accomplir pour atteindre le degré de structure que certaines entreprises internationales arrivent à asseoir. À cela s'ajoute également la très faible culture numérique au Maroc", nous répond Khalil Morad El Ghilali.
Pourtant, à l'échelle internationale, l'IA est très exploitée dans le domaine de la construction. "L'IA est utilisée pour développer des images de synthèse pour permettre d'avoir les rendus les plus réalistes. L'IA, à l'échelle internationale, est également développée de façon un peu plus académique, notamment en ce qui concerne la partie conception et conceptualisation des espaces. Il existe ainsi tout un volet consacré à la phase d'idéation du projet qui utilise l'intelligence artificielle, que ce soit au niveau de la préconception des esquisses ou de la proposition rapide des perceptions du projet", précise notre interlocuteur.
Quel impact sur les métiers ?
Comment l'intelligence artificielle finira-t-elle par impacter les métiers liés à ces secteurs ? "Il y a souvent cette fascination face à un nouvel outil. Quand il émerge, nous avons tendance à croire que celui-ci va complètement modifier, voire effacer des pratiques. Certes, certains métiers seront complètement impactés par l'intelligence artificielle. Et comme pour tous les outils, cela dépend du degré de maîtrise et de comment nous pourrons réellement les utiliser en notre faveur. Mais avec des métiers comme l'architecture, le rapport à la main, à l'esquisse et à la matière reste irremplaçable", souligne Khalil Morad El Ghilali.
"Peut-être que dans un avenir lointain, une nouvelle ère d'architecture pourra émerger. L'intelligence artificielle pourrait potentiellement prendre son essor dans la partie architecture spatiale. L'IA peut servir d'outil intéressant pour faire des recoupements de sujets très complexes sur proposition. Mais cela dépend encore une fois de la fiabilité de ces outils et du degré de développement qu'ils pourront atteindre", conclut notre interlocuteur.
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