Orages et précipitations dans le Sud : vers un déplacement des phénomènes météorologiques ?
Depuis la mi-août 2024, des orages intenses et des précipitations inhabituelles se sont abattus sur le Sahara marocain et les zones sud-est atlassiques, provoquant des crues et des dégâts importants. Ces intempéries, caractérisées par des averses orageuses intenses, parfois accompagnées de grêle, ont suscité de nombreuses interrogations. S'agit-il d'un phénomène temporaire ou d'une tendance durable liée au changement climatique ?
Selon les explications fournies par la Direction générale de la météorologie (DGM), les événements météorologiques ayant touché ces régions entre le 19 et le 22 septembre 2024 s'expliquent par la montée de masses d'air tropicales, chaudes et instables, en provenance du Sud, qui ont rencontré des masses d'air froides venant du nord du Maroc. Cette confrontation a provoqué une forte instabilité atmosphérique, entraînant des averses orageuses intenses, avec des précipitations variant de 30 à 130 mm en 24 heures.
Dans certaines zones, comme à Aqqa (province de Tata), des niveaux de pluie atteignant 127 mm en une journée ont été enregistrés, provoquant des crues importantes et des dégâts. La province de Tata, notamment en raison de son relief accidenté, s'est transformée en une zone de collecte des eaux, contribuant à l'augmentation rapide du niveau des cours d'eau locaux.

Entre le 14 septembre 2024 et le 24 septembre 2024, les données cumulées des précipitations indiquent que certaines stations auxiliaires du sud du Maroc ont enregistré des valeurs remarquables. Par exemple, Tata-TATA a reçu 105,2 mm, tandis que Tata-AKKA a reçu 77,5 mm. D'autres stations auxiliaires comme Zagora-NKOB et Zagora-TANSIFTE ont enregistré respectivement 63 mm et 60,5 mm. Ces chiffres illustrent bien l'intensité des précipitations dans ces régions traditionnellement arides.
Selon les données cumulées des précipitations sur la même période, les résultats des stations principales sont les suivants :
- Ouarzazate - Zagora : 42,2 mm
- Ouarzazate : 29,3 mm
- Meknès : 17,2 mm
- Errachidia : 16 mm
- Figuig - Bouarfa : 1 mm
- Midelt : 15.,8 mm
- Taourirt : 14,2 mm
- Nador : 11 mm
- Ifrane : 9,2 mm
- Tétouan : 5 mm
- Es-Semara - Smara : 5 mm
- Taza (Aéro) : 4 mm
- Oukaimeden : 3,8 mm
- Fès-Saïss : 3 mm
- Oujda-Angad : 2,4 mm
- Al Hoceima : 2,2 mm
- Larache : 2 mm
- Kénitra : 0,6 mm
- Benslimane : 0,4 mm
- Béni Mellal : 0,4 mm
- Rabat : 0,2 mm
Les stations auxiliaires ont également enregistré des valeurs remarquables :
- Tata - TATA : 105,2 mm
- Tata - AKKA : 77,5 mm
- Tata - TAMANARTE : 49,8 mm
- Tata - TAGMOUT : 50 mm
- Tinghir - TINGHIR : 54,5 mm
- Guercif - BARKINE : 53 mm
- Ouarzazate - SIROUA : 58 mm
- Zagora - NKOB : 63 mm
- Zagora - TANSIFTE : 60,5 mm
- Zagora - TINZOULINE : 58,1 mm
- Errachidia - AGHBALOU N KERDOUS : 57 mm
- Zagora - AGDZ : 55 mm
- Zagora - BNI ZOLI : 52 mm
- Zagora - TAMEZMOUTE : 50 mm
- Zagora - TAZARINE : 49 mm
- Midelt - ER-RICH : 49,5 mm
- Tinghir - SOUK LAKHMIS DADES : 45,5 mm
- Tata - AGUINANE : 34 mm
- Ouarzazate - TAZNAKHT : 51,5 mm
- Figuig - TALSINT : 51 mm
- Tinghir - BOUMALNE DADES : 43,5 mm
- Ouarzazate - IDELSANE : 43 mm
- Guercif - ASSEBBAB : 44 mm
- Tinghir - KALAAT MGOUNA : 35,5 mm
- Boulemane - BOULEMANE : 35 mm
- Errachidia - TADIGHOUST : 36,9 mm
Le rôle du changement climatique
Selon Mohamed Benabou, expert en climat et développement durable, joint par Médias24, ces précipitations abondantes ont eu un effet bénéfique sur les réserves en eau du pays, contribuant à remplir les barrages dans les zones touchées. Il souligne toutefois que les orages observés sont des phénomènes météorologiques extrêmes, responsables de pertes matérielles importantes dans plusieurs régions.
Pour Mohamed Benabou, ces phénomènes ne sont pas simplement le fruit du hasard. Ils sont directement influencés par le changement climatique qui modifie progressivement les régimes climatiques mondiaux. Les événements météorologiques deviennent ainsi plus violents et imprévisibles. "Le changement climatique rend les phénomènes météorologiques plus extrêmes, ce qui explique l'intensité de ces orages", explique-t-il.
Interrogée sur la manière dont ces changements de précipitations pourraient influencer les régimes climatiques à long terme, la DGM nous indique qu'elle utilise des modèles climatiques pour anticiper l'évolution du climat. Ces modèles montrent une réduction pluviométrique qui s'accentue avec le réchauffement global, accompagnée d'une augmentation des phénomènes extrêmes tels que les inondations.
"Le Maroc pourrait connaître une diminution des précipitations annuelles de 10% à 30%, avec un impact particulièrement marqué dans les régions arides", précise la DGM. "Cela engendrera des précipitations de plus en plus irrégulières, avec des périodes de sécheresse plus longues, ponctuées d'épisodes de fortes pluies. Cette occurrence des événements extrêmes a déjà été observée avec les récentes inondations dans le sud et le sud-est du pays, entrecoupant une longue période de sécheresse."
Bien que ces événements soient locaux et concernent des régions habituellement caractérisées par un climat aride, leur impact à long terme sur les régimes de précipitations reste difficile à prédire avec précision.

Un glissement des fronts pluvieux vers le Sud ?
Ces récentes vagues de précipitations soulèvent la question d'un changement durable dans la répartition des pluies au Maroc. Si ces événements restent pour l’instant ponctuels, certaines tendances semblent émerger : un glissement des fronts pluvieux vers les régions sud du Maroc, autrefois réputées pour leur aridité. Bien qu’il soit encore trop tôt pour affirmer avec certitude que le Sahara marocain et les zones sud-est atlassiques deviendront des zones pluvieuses permanentes, les experts estiment que ces précipitations, dues à des masses d’air tropicales, pourraient devenir plus fréquentes à l’avenir, sous l’influence du changement climatique. Ce déplacement des précipitations pourrait également avoir des implications importantes pour la gestion de l'eau et l’agriculture dans ces régions.
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