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ECONOMIE

NEET, cash, chômage ... Verbatim de Abdellatif Jouahri

Comme à l'accoutumée, Abdellatif Jouahri a répondu, sans détour, à toutes les questions qui lui ont été adressées lors de la traditionnelle conférence de presse qui suit la réunion du Conseil de Bank Al Maghrib. Voici l'essentiel de ses déclarations.

NEET, cash, chômage ... Verbatim de Abdellatif Jouahri
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Le 24 septembre 2024 à 19h57 | Modifié 25 septembre 2024 à 9h04

Le gouverneur de Bank Al Maghrib s'est prêté ce mardi 24 septembre à l'exercice des questions-réponses lors de la conférence de presse qui suit la réunion trimestrielle du Conseil de Bank Al Maghrib. Beaucoup de sujets y ont été abordés, de l'autorisation de rachat de la SoGé par Saham à la plainte de NAPS au conseil de la Concurrence en passant par les sujets habituels comme le Cash, le financement de l'économie ou encore l'emploi et le chômage.

Les événements de Fnideq, les NEET et le chômage des jeunes

Commentant les événements de Fnideq, auxquels de nombreux jeunes NEET ont pris part, M. Jouahri est revenu sur la situation du marché du travail : "Le chômage des jeunes s’aggrave. Nous sommes passés au cours du 2° trimestre de 46,1% à 48,8% en milieu rural et de 33,6% à 36,1% en milieu urbain, ce qui est alarmant, non seulement au Maroc mais aussi au niveau mondial. Cependant, en analysant les chiffres, nous constatons que la majorité des pertes d’emploi ont eu lieu en milieu rural, notamment dans le secteur agricole. "Heureusement, d’autres secteurs créent de l’emploi, et la valeur ajoutée non agricole se redresse, ce qui est un signe positif pour la croissance économique globale."

"Les résultats des programmes tels qu'Intelaka et Forsa, conçus pour les jeunes, ne seront visibles qu'à long terme. Je pense néanmoins qu'il reste un travail important à accomplir, notamment en matière d'accompagnement, qui doit être mieux structuré", ajoute Jouahri.

Le chômage : la solution réside dans le système éducatif

Selon Jouahri, la problématique du chômage ne se limite pas au Maroc, mais concerne également plusieurs pays de la région. Même l'Espagne en souffre, avec des taux dépassant les 11%. "Depuis 15 ans, nous traversons une succession de crises : la crise des subprimes en 2008, la pandémie de Covid-19 et les tensions géopolitiques actuelles. Certains pays ont su mettre en place des politiques pertinentes, mais celles-ci reposent principalement sur l'éducation. J'ai souvent répété que le point de départ est d'instaurer un système éducatif et de formation qui facilite l'intégration sur le marché du travail. Une grande partie des personnes au chômage ont quitté l'école prématurément, et c'est là que réside le problème fondamental."

L’éducation est la clé de tout progrès et développement : "Si vous observez les pays qui ont réalisé des avancées significatives en matière de croissance et d'emploi, ils ont d'abord résolu l'équation de l'éducation et de la formation. La clé est l'investissement dans le capital humain. Lorsqu'il y a une formation adéquate et de qualité, il n'y a pas de difficulté à trouver un emploi.", résume Abdellatif Jouahri.

Problématique de cash en circulation

Pour lutter contre cette habitude nuisible à l’économie, à savoir la problématique de l’usage du cash, M. Jouahri reconnaît que cette question nécessite une analyse approfondie : "Nous menons actuellement une étude exhaustive sur l’impact du cash afin de dresser un état des lieux précis. On ne peut pas affirmer que l'informel stimule nécessairement le cash. Par exemple, le Kenya et l’Égypte, dont les économies présentent des similitudes avec la nôtre en termes de poids de l’informel, montrent que ce n’est pas toujours le cas. L’Égypte, avec 30% d’économie informelle, a un taux de cash représentant 12% du PIB, tandis que le Kenya, avec seulement 2% de cash par rapport au PIB, a adopté un modèle bancaire avec une véritable révolution numérique. La situation au Maroc est différente et nécessite une étude spécifique, ce que nous sommes en train de réaliser. Je comprends que l'utilisation du cash soit liée à des facteurs culturels, mais il est temps de changer cela".

Créances en souffrance : le projet bientôt soumis à l'adoption

Concernant la question des créances en souffrance, M. Jouahri a indiqué que les préparatifs sont dans leur phase finale : "Nous avons pratiquement finalisé les dernières réunions au niveau du Secrétariat général du gouvernement avec les différentes parties prenantes : le pouvoir judiciaire, la présidence du ministère public, le ministère du Commerce et de l’Industrie, le ministère des Finances, nous-mêmes, ainsi que le Secrétariat général du gouvernement. Il ne reste que la question de la transférabilité automatique des créances, et nous avons résolu ce problème. Le projet est finalisé et sera bientôt transféré au chef du gouvernement pour inscription dans le circuit d'adoption. C’est un travail de longue haleine qui a demandé plus de trois ans de travail."

Le financement extérieur : un retard planifié

Concernant le retard du Maroc à recourir aux marchés extérieurs pour se financer, comme l’a indiqué la ministre de l’Économie et des finances, Nadia Fettah Alaoui, en début d’année 2024, M. Jouahri estime que ce retard est bénéfique pour le pays, car la série d’assouplissements monétaires et, par conséquent, la baisse des taux directeurs décidée par la BCE et la FED sont aujourd'hui favorables.

Ce qui n'était pas le cas au début de l’année : "Plus on attend, mieux c’est. Selon les banques centrales, il pourrait y avoir encore deux baisses supplémentaires des taux directeurs, ce qui rendrait une sortie sur les marchés extérieurs moins coûteuse. Le gouvernement est assisté par des consultants et des banques spécialisées, et ils programment avec soin le moment opportun pour agir. La ligne de crédit modulable (LCM)  accordée par le FMI au Maroc pèse également positivement dans ce type d’endettement".

Booster les investissements : c'est l'éducation qui compte

Interrogé sur l'impact de la baisse du taux directeur au deuxième trimestre, qui était supposée dynamiser les investissements, Abdellatif Jouahri a souligné que la politique monétaire, à elle seule, ne peut en aucun cas suffire à stimuler les investissements : "Il est important de comprendre que des taux bas ne suffisent pas, à eux seuls, à encourager l'investissement. L'exemple de l'Europe, où les taux directeurs sont restés bas pendant longtemps, en est la preuve. Les investisseurs sont avant tout des entrepreneurs, dotés d'une formation entrepreneuriale, et prêts à accepter à la fois les gains et les pertes. Au Maroc, nous avons une situation inverse, que j'appelle : la socialisation des pertes et privatisation des bénéfices."

Pour Jouahri, l'éducation reste l'équation principale : "Je reviens sur ce que j'ai dit à propos du système éducatif : il est essentiel de former des personnes à l’entrepreneuriat. Il faut développer un véritable esprit entrepreneurial, former des individus capables de concevoir des projets, de créer des modèles économiques, de prospecter des marchés et de négocier efficacement."

La divergence de projections

En réponse à la divergence des projections concernant la croissance économique, le déficit budgétaire et d'autres variables, effectuées par divers organismes, tels que le HCP, Bank Al-Maghrib, le gouvernement (MEF), le FMI, et la Banque mondiale, M. Jouahri justifie cette divergence par les hypothèses et les paramètres des modèles utilisés par chaque organisme. "Il faut comprendre que chacun utilise son propre modèle. Le modèle fournit des prévisions en fonction des données que vous y intégrez.

" Dans notre cas, plus nous approchons de la fin de l’année, plus nos chiffres se rapprochent de la réalité. Dans un souci de transparence totale, Bank Al-Maghrib présente, dans son rapport, à la fois les chiffres prévisionnels et les chiffres réels, afin de montrer où nos prévisions ont été proches de la réalité et où elles ont divergé, tout en cherchant à en comprendre les raisons. Cela s'applique aussi bien à la croissance qu'à l'inflation".

 

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