Dans le Marrakech extra-muros d'Amine Kabbaj. Troisième escale : le site historique de Tinmel
La mosquée de Tinmel, parmi les plus remarquables du Maroc, illustre la maîtrise technique et le raffinement des bâtisseurs almohades. Le mihrab, à lui seul, est considéré comme un chef-d'œuvre de l'artisanat marocain. Mohamed Amine Kabbaj revient sur le passé et l’architecture de ce site, reflet de l’histoire glorieuse du Maroc. Il livre également son éclairage sur les perspectives d'avenir de ce lieu incontournable du Marrakech extra-muros.
La vallée du Nfis, dans le Haut Atlas au sud de Marrakech, est une vallée montagneuse typique avec des canyons et des couloirs étroits entre des pentes abruptes. Les sommets environnants sont parmi les plus hauts de la chaîne. Le torrent coule au fond de la vallée et, en été, il fait office de route, bien que difficilement carrossable. En hiver et au printemps, la vallée devient impraticable, et le seul sentier menant à Tinmel est étroit et escarpé, accessible avec difficulté même pour les bêtes de somme.

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Conditions historiques de Tinmel
Les historiens arabes ont mentionné sept tribus dans cette région, notamment les Hargha, les Hintata, les gens de Tinmel, les Gadmiwa, les Ganfisa, les Ourika et les Hazarga. Toutes appartiennent au grand rameau berbère des Masmouda. Cependant, les deux dernières tribus sont incertaines et pourraient être remplacées par les Sanhaja (Zanaga) et les Haskodra.

C'est dans ce pays que naquit Ibn Toumert à la fin du XXIe siècle, dans un lieu appelé Giliz, qui pourrait être son village natal. Ibn Toumert a plusieurs généalogies, dont certaines en font un descendant du Prophète, une assertion logique pour quelqu'un qui s'est proclamé Mahdi.
Impact et héritage de l'islam à Tinmel
L'impact de l'islam, introduit par Ibn Toumert, a transformé cette région montagneuse en centre religieux et politique. Ibn Toumert, en tant que Mahdi, a prêché un retour à un islam pur et strict, gagnant rapidement des adeptes parmi les tribus locales. Tinmel est devenu la base du mouvement almohade, avec une forte organisation militaire et religieuse. Après la mort d'Ibn Toumert, son disciple Abd al-Mu'min a poursuivi son œuvre, unifiant le Maghreb et l'Andalousie sous le règne almohade, faisant de Tinmel un lieu historique de grande importance.

Déclin et renouveau
Après la chute de la dynastie almohade, Tinmel a perdu de son importance et est tombé en ruine. Cependant, les efforts de restauration ont permis de préserver certains vestiges architecturaux, témoins de l'époque glorieuse de la ville. Les campagnes de fouilles archéologiques ont révélé des éléments importants de la culture matérielle almohade, contribuant à une meilleure compréhension de cette période historique.
Architecture et décorations
L'architecture de Tinmel, particulièrement sa mosquée, est un exemple frappant du style almohade. La mosquée de Tinmel, construite vers 1153, présente une architecture sobre mais élégante, avec des arcs en ogive et des décorations en stuc. Les murs de la mosquée sont ornés de motifs géométriques complexes et de calligraphies arabes, reflétant l'art raffiné de l'époque.


Les minarets et les coupoles illustrent la maîtrise technique des artisans almohades. Les éléments en bois sculpté et les mosaïques ajoutent une touche de sophistication, tandis que l'utilisation de matériaux locaux, comme la pierre et le pisé, démontre une adaptation intelligente aux conditions environnementales.
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Avenir et dilemme
Malgré son déclin, Tinmel reste un symbole puissant de l'histoire islamique au Maghreb. Le mouvement almohade, initié par Ibn Toumert et consolidé par Abd al-Mu'min, a laissé une empreinte durable sur la région. La préservation et la restauration de ses vestiges architecturaux continuent de rappeler l'importance historique de cette petite ville montagnarde, autrefois cœur battant d'un empire. L'architecture et les décorations de Tinmel, notamment sa mosquée, témoignent de l'élégance et de la sophistication de l'art almohade, contribuant ainsi à la richesse du patrimoine culturel marocain.
J’ai visité la mosquée de Tinmel quatre fois après le séisme de septembre 2023.
Lors de ma première visite, j’ai été choqué par l'ampleur des dégâts causés par le tremblement de terre qui a réduit la mosquée en ruine, avec seulement trois murs partiellement debout, dont l'un abritait le mihrab sous les décombres du dôme principal, appuyé sur le minaret menaçant de s'effondrer complètement.
Lors de mes dernières visites en décembre 2023, puis mai et juillet 2024, j’ai constaté que le site avait été débarrassé des débris, mais que quelques arcs, couloirs et un plafond suspendu étaient les seuls vestiges visibles, ainsi que le mihrab qui était presque intact. Le minaret avait été renforcé pour éviter son effondrement, comme tous les murs restants de la mosquée, avec des supports en bois. Les restes originaux des coupoles et des plafonds en plâtre avaient été soigneusement arrangés de manière à permettre la restauration des inscriptions.
Le dilemme actuel concerne la décision à prendre : reconstruire la mosquée ou la laisser dans son état actuel.
Je propose de préserver Tinmel en tant que symbole et de laisser ses ruines témoigner de la grandeur de la dynastie almohade dans l'histoire du Maroc. Je suggère que le site et les zones environnantes puissent devenir un musée vivant, inspirant, pour retracer l'épopée des Almohades, au lieu d'être simplement une attraction touristique.
Il faut mettre en avant l'importance de présenter d'autres réalisations architecturales almohades, telles que la construction des mariistans (hôpitaux) et des mosquées comme la Koutoubia et la mosquée Hassan à Rabat, ainsi que plusieurs autres monuments architecturaux dans les régions de la péninsule ibérique, soulignant le rôle des Almohades dans la transformation de Rabat en capitale atlantique du Maroc.
En suivant les principes de la Charte d'Athènes qui régissent la restauration des monuments historiques, l'intervention doit être limitée et claire.

La mosquée a été restaurée trois fois et reconstruite récemment à l'identique, mais la force de la nature a refusé de la laisser en paix. Il faut se demander si cela pourrait être "un signe", que la reconstruction de la mosquée ne devrait pas être une priorité.
La leçon à tirer de Tinmel est de préserver son histoire plutôt que de la reconstruire. Reconstruire la mosquée risquerait de priver ce monument de son riche passé historique almohade.
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Références :
- Sanctuaires et forteresses almohades, par Henri Basset et Henri Terrasse, illustrations de Jean Hainaut, Hespéris Vol. IV, 1924
- Tinmel, l’épopée almohade, Fondation ONA, 1992
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