Aides sociales directes : premiers retours d'expérience du secteur des établissements de paiement
Les récentes opérations de versement des aides sociales directes ont été caractérisées par un retrait quasi immédiat, en espèces, auprès des établissements de paiement. Un flux important, mais peu rémunérateur par rapport à celui généré aux termes des opérations ordinaires, estime Hazim Sebbata, président de l’Association professionnelle des établissements de paiement.
Les premières aides sociales directes ont été versées fin décembre 2023. Le gouvernement et la Banque centrale ont exigé que ces aides soient acheminées exclusivement via des comptes de paiement ou des comptes bancaires, et non par cash.
Malgré tout, le retrait quasi immédiat des aides en espèces, par les bénéficiaires, est la tendance qui se dégage des dernières opérations de versement des aides sociales directes, tel qu'observé par les acteurs du marché des paiements.
"Il y a eu un effort du gouvernement pour imposer que ces aides-là soient transférées par virement. Autrement dit, il faut absolument ouvrir un compte, ce qui est une très bonne chose. Sauf que, pour les citoyens, ces aides doivent obligatoirement correspondre à un retrait d'argent en cash", explique à Médias24 le président de l’Association professionnelle des établissements de paiement (APEP) et directeur général de Cash Plus, Hazim Sebbata.
"Ces derniers se sont ainsi orientés vers les établissements de paiement qui ont la possibilité de faire un Cash Out (retrait), voire de transformer le virement en cash, immédiatement. Dès la réception des virements, les bénéficiaires viennent en agence pour opérer le retrait immédiat de toute la somme. C'est ce que nous avons observé durant les deux premières opérations de paiement liées aux aides directes sociales, notamment celles de fin décembre et janvier. Nous nous attendons à une tendance similaire en février".
Limitation du Cash Out, principal défi du secteur
Ce constat fait dire à Hazim Sebbata que "le grand défi du secteur reste celui de réduire le Cash Out, autrement dit faire en sorte que les aides ne soient pas immédiatement transformées en cash, que les citoyens gardent leur argent sur leur compte et le dépensent autrement qu'en liquide", souligne notre source.
Cet objectif n'est pas aisé à réaliser, car ces aides concernent une population peu ou pas bancarisée, et chez qui la culture du cash est omniprésente.
En cas de maintien du Cash Out, le défi pour les opérateurs sera alors "d'avoir la capacité de mettre à la disposition du citoyen ces montants importants en cash, et de maintenir le rythme de ces opérations représentant aujourd'hui entre 2 et 3 milliards de DH de cash par mois, qui s'envolent en moins d'une semaine".
"C'est un rythme que les établissements de paiement doivent tenir. Ils doivent aller chercher du cash, le mettre à la disposition des citoyens, gérer les risques opérationnels... C'est énorme", avance Hazim Sebbata.
Des frais de retrait moindres
Tout cela en sachant que les "frais de retrait appliqués aux aides sociales directes sont plafonnés en fonction du montant de retrait", rappelle le président de l'APEP, rendant ces opérations peu rémunératrices pour les établissements de paiement avec réseau.
La mise en œuvre du programme des aides sociales directes s'est accompagnée de l'élaboration d'une offre spécifique. Ainsi, aucun frais n'est facturé aux bénéficiaires pour les aides n'excédant pas 500 DH. Les frais sont de 8 DH pour les montants entre 500 et 1.000 DH, et de 16 DH pour les montants entre 1.000 et 2.000 DH.
"Cette tarification peut être considérée par le citoyen comme étant élevée mais, pour les franchisés, elle demeure faible et peu rémunératrice, parce qu'elle est évidemment moins importante que celle appliquée aux opérations ordinaires. Chaque établissement a sa propre politique tarifaire. Mais globalement, les frais de retrait appliqués aux aides sociales directes sont approximativement inférieurs de 20% à 30% par rapport aux tarifs habituels", note l'acteur du marché des paiements.
Ainsi, malgré le flux important qu'elles génèrent, les opérations de paiement liées aux aides sociales directes s'annoncent peu rémunératrices, avec le risque de faire perdre aux établissements de paiement leur clientèle habituelle qui, elle, l'est davantage.
Les principaux concernés restent les établissements de paiement avec réseau (Cash Plus, Wafacash, Damane Cash, Barid Cash, Chaabi Cash et Al Filahi Cash). "Le business model de ces établissements repose sur un autre type de transactions qui ne sont pas liées au chantier social. Les franchisés qui gagnent leur vie autrement se retrouvent à servir 200 à 300 personnes durant ce processus. Le profit qu'ils réalisaient avec leur clientèle habituelle s'envole naturellement", note Hazim Sebbata.
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