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SPORT

Une conversation avec Fouzi Lekjaa sur la réforme structurelle du football (1/2)

Le contenu résumé de cet échange sur le football sera publié en deux épisodes. Au programme : la relation avec les clubs et les ligues, la vision intergénérationnelle et les jeunes, l’avenir de la formation. Un entretien qui apporte un éclairage et une grille d’analyse sur la politique suivie par la FRMF, ainsi que des révélations.

Une conversation avec Fouzi Lekjaa sur la réforme structurelle du football (1/2)
©FRMF
N. E.
Le 19 février 2024 à 18h37 | Modifié 14 août 2024 à 8h45

Fouzi Lekjaa a reçu Médias24 pour une conversation axée sur deux thèmes : le football d’une part, les finances publiques d’autre part. L’échange a eu lieu dans la matinée du vendredi 16 février 2024. Le résultat de cet échange sera publié en deux parties, le football et les finances, chaque partie étant partagée en épisodes.

Commençons par le football.

En décembre 2022, l’équipe nationale réalisait une performance historique au Qatar. Depuis cette date, les Marocains se demandent comment transformer ce succès en une performance structurelle. Comment rester durablement parmi les plus grandes nations du football.

Comme on va le voir, Fouzi Lekjaa a un plan qui paraît complet. Il n’y a pas que l’infrastructure. Cela va bien plus loin, et il y a aura des révélations. Il répond à toutes les questions, sans en éluder aucune, même si nous n’avons pas insisté sur l’élimination précoce des Lions de l’Atlas, en Côte d’Ivoire, car ce n’était pas le cœur du sujet.

"Le football est un cycle intergénérationnel"

"Lorsqu’on veut évaluer la performance footballistique, il faut l’évaluer dans sa globalité", estime le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF). L’équipe nationale senior, c’est la vitrine, c’est la locomotive du football national, puisque c’est cette équipe qui joue la plus grande coupe footballistique qu’est la Coupe du monde.

En 2016, nous avions une équipe nationale senior qui n’avait pas fait la Coupe du monde depuis presque 20 ans (1998). Même en Coupe d’Afrique, avant la CAN Egypte 2018-2019, on peinait à se qualifier et quand on se qualifiait, on quittait souvent au premier tour, exception faite de la finale en Tunisie en 2004.

Pour les catégories de jeunes, on était pratiquement absents, à part quelques exceptions. Le football féminin était également inexistant. Pour le futsal, on était au début de la construction d’une équipe pouvant rivaliser avec les autres.

"Pour rendre donc la performance structurelle, la première clé, c’est d’installer cette performance au niveau de toutes les catégories de jeunes. Un élève ne peut pas rater le primaire, être médiocre et devenir meilleur après. Ou être moyen au collège et par la suite faire un bac exceptionnel et les classes prépas".

Le football est "un cycle générationnel", rappelle-t-il. Le joueur qui jouera la Coupe du monde 2030, il est souvent U-20 ou même U-17 aujourd’hui.

"L’enjeu et le défi sur lesquels on travaille, et d’une manière permanente, c’est d’inculquer la performance à toutes les catégories de jeunes. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons réussi une qualification historique de deux équipes nationales la même année à une Coupe du monde : les moins de 17 ans et l’équipe senior féminine". Cette dernière a fait la Coupe du monde U-17 en Inde en 2022, elle jouera cette année la Coupe du monde U-20 en Colombie. Pendant ces années, ces préparations et ces compétitions, "on lui inculque la performance avec la préparation physique, la discipline tactique, le niveau mental, etc. Quand ces joueuses deviendront seniors, elles seront performantes ou auront de fortes chances de l’être".

Notre interlocuteur cite un exemple : en 2005, la Coupe du monde des U-20 a eu lieu aux Pays-Bas. Dans la phase des poules, le Maroc a perdu 3-1 contre l’Espagne. Cinq ans plus tard, ces joueurs espagnols, en bonne partie les mêmes, ont remporté la Coupe du monde 2010. Notons néanmoins que le Maroc avait terminé 4e de cette compétition mondiale, battu 2-1 par le Brésil.

"Vous ne pourrez pas construire de performance footballistique en mettant toute l’attention et tout le travail sur l’équipe A". Fouzi Lekjaa cite l’équipe masculine U-17 qui a joué la Coupe du monde en 2023 et a atteint le quart de finale. "Ce n’est pas rien pour une deuxième participation".

L’équipe nationale qui va jouer les Jeux olympiques cette année 2024 est championne d’Afrique U-23. "Cette équipe, c’est la réserve de l’équipe A". Dans cette équipe, Lekjaa dit pouvoir compter 10 joueurs potentiels capables de jouer en équipe A. La performance se prépare donc et doit être développée pendant plusieurs années.

"On ne peut pas exiger du joueur qu’il soit performant seulement quand il arrive en équipe A. On ne peut pas découvrir la performance à l’âge de 25 ans", résume-t-il. "La performance, il faut la vivre. Il faut faire avec. C’est une exigence permanente. Le joueur devient lui-même auto-exigent par rapport à son corps, à son rythme d’entraînement, pour être sélectionné".

"Un joueur ne doit pas découvrir Messi quand il va jouer une Coupe du monde senior. Il doit rencontrer Messi à l’âge de 17 ans, à l’âge de 20 ans, à l’âge de 23 ans... Et quand il devient senior, il n’a pas de complexe pour l’affronter, voire rivaliser avec lui".

Banaliser les exploits

Dans l’un des changements organisationnels importants du football marocain, la FRMF a délégué plusieurs aspects aux ligues mais a conservé l’infrastructure ; le business et l’image ; les relations avec les instances internationales ; la formation et les équipes nationales. Ces dernières sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses : fustsal, U-17, U-20, U-23, masculin, féminin...

A propos de futsal, le Maroc organise la Coupe d’Afrique au mois d’avril prochain et espère la remporter pour se qualifier à la Coupe du monde. Mais aller en Coupe du monde pour l’équipe futsal ne sera pas une découverte, il a joué les quarts de finale. "Cette année, on doit aller la chercher, cette Coupe du monde", soutient Lekjaa. Selon lui, la FRMF a délibérément choisi, depuis 2015, de développer le nombre d’équipes nationales.

Avant 2018, le Maroc ne s’était qualifié que quatre fois au Mondial : 1970, 1986, 1994, 1998. Depuis 2018 (Russie), il y a 2022 (Qatar), il y aura logiquement 2026 et évidemment 2030.

Lekjaa se dit heureux de constater la banalisation des exploits. "J’étais très content lorsque l’équipe nationale est allée jouer les matchs qualificatifs de la Coupe du monde 2026 et a gagné 2-0 en Tanzanie, premier match, et que ce fut un non-événement". Pour lui, la banalisation des victoires et des exploits passe avant le nombre de qualifications.

"Pour les Marocains, se qualifier à la Coupe du monde, ce n’est pas un enjeu. C’est un acquis. C’est comme ça qu’on deviendra champions". "Se qualifier en Coupe du monde, et même se qualifier au deuxième tour, ce n’est plus un exploit", il faut aller plus loin.

Prochain article : Révélations sur la formation

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N. E.
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