Déjà élevés, les prix de la viande rouge risquent d'augmenter davantage
Les prix de la viande rouge, déjà élevés, risquent d’augmenter davantage, apprend Médias24 auprès de la profession. Celle-ci appelle le gouvernement et les interprofessions à trouver des solutions pour commercialiser une viande à des prix corrects, notamment à l'approche du Ramadan.
Malgré les mesures mises en place par le gouvernement pour maintenir les prix de la viande rouge, le secteur continue d’être impacté de plein fouet par la conjoncture mondiale.
"Le prix du kilogramme de la viande bovine atteint actuellement, au niveau des abattoirs de Casablanca, entre 78 et 80 DH. Il s'agit du prix de gros", nous déclare notre source. "Si l’on ajoute tous les frais de transport vers le boucher, les marges de ce dernier, et si l'on déduit ses pertes, le kilogramme devrait être vendu au consommateur final à un prix avoisinant 85-90 DH, toutes catégories de viande confondues. Or, les prix pratiqués sur le marché diffèrent d’un boucher à l'autre, selon le quartier, le milieu social et la catégorie de viande (viande hachée, viande de tajine, tajine de luxe…). Par exemple, dans les quartiers chics, le tajine de luxe peut atteindre jusqu’à 120 DH/kg".
"Au vu de la situation climatique, ces prix risquent d'augmenter davantage dans les mois à venir, en particulier à l’approche du mois de Ramadan. Les pouvoirs publics et les interprofessions doivent alors se mobiliser pour mettre en place des solutions concrètes pour pouvoir proposer de la viande à des prix raisonnables".
Baisse du pouvoir d'achat et réduction drastique du cheptel
Qu’est-ce qui explique cette situation ? Les mesures mises en place par l’Etat pour maintenir les prix n’auraient-elles pas eu l’effet escompté ?
"Sans l’intervention de l’Etat, les prix auraient été plus élevés de 20 à 25 DH/kg", nous confie notre interlocuteur. "Cette situation est due à plusieurs facteurs. Le pouvoir d’achat est le premier facteur à condamner, étant touché de plein fouet par la conjoncture mondiale".
Le second facteur a trait à la situation du cheptel. "Pour le bovin, le cheptel a été drastiquement réduit après plusieurs années successives de sécheresse et l’augmentation des prix de la matière première des aliments. Cela a poussé de nombreux éleveurs à vendre leur cheptel le plus rapidement possible. Ces derniers n’ont donc pas procédé au repeuplement de leur cheptel comme ils avaient l’habitude de le faire, et la sécheresse actuelle a aggravé la situation davantage. L’absence de pluie implique une rareté du pâturage, de l’herbe et du foin. Les éleveurs ont donc peur de prendre le risque, puisqu’ils n’ont pas les moyens suffisants d’alimenter leur bétail".
"L'offre étrangère réduite par rapport à la demande marocaine"
Par ailleurs, "le Maroc a démarré en octobre dernier l’importation des bovins de l’étranger, après la levée des barrières douanières. Pour éviter le risque sanitaire que pourraient représenter les animaux entrant sur le territoire marocain, l’Office nationale de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) a exigé que les bovins, lourds ou légers, subissent des analyses au niveau des pays exportateurs, ainsi que d’autres analyses à leur arrivée dans le Royaume, avec une mise en quarantaine". Des conditions qui impliquent des coûts supplémentaires pour les exportateurs étrangers, d’après notre source.
"Quand on fait des analyses, il y a toujours un risque de détecter des maladies, et que les animaux soient saisis. Sans parler de la main-d'œuvre qui est chère en Europe notamment. Toutes ces manipulations font que les bovins importés coûtent entre 600 et 1.000 DH supplémentaires par tête, d’une part. D’autre part, au vu des exigences marocaines, les exportateurs de bovins lourds préfèrent se diriger vers d’autres marchés moins exigeants. L’offre étrangère est donc réduite par rapport à la demande locale, ce qui impacte ainsi les prix".
"En cas d’importation de bovins jeunes, qui sont également exonérés de TVA et de droits de douane depuis février dernier, ces derniers doivent rester entre 4 et 6 mois chez l’éleveur pour devenir rentables. Or, avec leur situation financière assez délicate, les acheteurs du maigre, incapables de mobiliser de la trésorerie pendant une telle période, se font de plus en plus rares".
Par rapport à 2022, le prix d'importation de l'agneau est supérieur de 30% à 35% par kg
La situation est plus délicate du côté des agneaux, souligne par ailleurs notre source professionnelle. "Le cheptel s’est beaucoup détérioré. De plus, les éleveurs d’agneaux sont de petits éleveurs installés dans des conditions très difficiles, qui n’ont aujourd'hui plus les moyens de repeupler leur cheptel".
"Le prix d’achat du kilogramme du maigre importé est supérieur de 30% à 35% par rapport à la même période l’an passé. Le kilogramme d’agneau vif importé avoisine les 45 DH. Ce prix passe à 90 DH/kg après abattage, et les prix de vente au consommateur final, qui sont plus chers, changent d’un boucher à l'autre".
"Il est vendu de 85 à 90 DH/kg en milieu rural, et de 100 à 140 DH/kg en milieu urbain. Comme pour le bovin, le prix du kilogramme diffère d’un milieu à l'autre, et d’une boucherie à l'autre".
"Certes, l’Etat subventionne l’aliment composé, mais cette mesure reste insuffisante au vu de la situation du secteur. La récupération du cheptel national nécessitera un à deux ans au minimum ; une opération qui devra s'accompagner d’une politique claire de mise à niveau et de repeuplement", conclut notre interlocuteur.
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