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ECONOMIE

Comment il est possible de faire renaître la flotte maritime nationale, selon Najib Cherfaoui

Alors que le Maroc disposait de plus de 70 navires en 1989, il n'en compte plus que 17. Les raisons de cet effondrement ont largement été débattues dans les médias et sur ces colonnes. La question qui importe le plus aujourd'hui est de savoir comment y remédier. L'avis du Pr Najib Cherfaoui, expert portuaire et maritime.

Comment il est possible de faire renaître la flotte maritime nationale, selon Najib Cherfaoui
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Le 20 novembre 2023 à 19h42 | Modifié 21 novembre 2023 à 15h46

En 2018, la quasi-totalité des navires de la Marine marchande a été perdue. Dans un échange avec Médias24, le Pr Najib Cherfaoui, expert portuaire et maritime reconnu, résume en une phrase comment nous en sommes arrivés là : "L’ignorance des choses de la mer et le manque de protection de la flotte marocaine – contrairement à ce que font les pays étrangers – sont les principales causes de l’effondrement de la flotte nationale".

Il appelle ainsi à saisir l'appel lancé par le Roi Mohammed VI le 6 novembre dernier, pour la faire renaître, d'autant que plusieurs projets portuaires sont en cours de réalisation au Maroc, outre les grands ports dont dispose déjà le pays.

État actuel de la flotte nationale

Dans son dernier discours à l’occasion de la Marche verte, le Roi Mohammed VI a annoncé la mise à niveau nationale du littoral. Le Souverain souhaite ainsi que la façade atlantique devienne "un haut lieu de communion humaine, un pôle d’intégration économique et un foyer de rayonnement continental et international".

Pour ce faire, "les provinces du Sud devront être dotées des services et des infrastructures indispensables à leur développement économique. Et pour assurer une connexion fluide entre les différentes composantes du littoral atlantique, les moyens de transport et les stations logistiques nécessaires doivent être mises à disposition. Cela inclut aussi de réfléchir à la constitution d’une flotte nationale de marine marchande, forte et compétitive".

Selon le Pr Najib Cherfaoui, sur les 73 navires dont disposait le Royaume en 1989, le pays n'en compte plus que 17 aujourd'hui : 6 navires passagers et 11 dédiés au transport de marchandises. Ces derniers sont tous des bateaux à intérêts étrangers, dont 6 pétroliers et 5 porte-conteneurs.

Toute cette flotte ne couvre qu’environ 10% des besoins nationaux. Et il en résulte, pour l’Etat, une sévère hémorragie en devise, estimée par notre source à près de 2 milliards de dollars par année, y compris les surestaries (600 millions de dollars) relatives à la facture du transport maritime des marchandises importées et exportées.

"Il faut saisir cette chance pour faire renaître la flotte nationale"

"Il ne faut donc pas rater cette chance providentielle" qu'est l'appel du Roi à la revalorisation de la flotte nationale, estime Najib Cherfaoui pour qui c'est une mission tout à fait possible.

"La plus haute autorité de l’Etat appelle à la revalorisation de la façade atlantique, et de nombreuses études ont déjà été réalisées pour la relance de la flotte marocaine, notamment tout ce qui a trait à l’acquisition de bateaux et autres…".

"Nous avons la maîtrise du marché. Nous avons du phosphate, des céréales, des hydrocarbures, du charbon et de l’acide phosphorique, qu’on exporte et importe. Et les donneurs d’ordres sont là, et ils sont à la disposition de l’Etat. Il s’agit notamment du groupe OCP, de l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL), de l’Office national de l'électricité et de l'eau potable (ONEE)…. Il faut saisir cette chance et faire renaître la flotte maritime nationale".

L'expert appelle donc à une préférence nationale pour donner le coup de pouce nécessaire à la future flotte. Il appelle également à instaurer un certain protectionnisme, à l'instar d'autres pays. Un des points qui nous ont fait défaut par le passé, et dont le prix a été la disparition de la flotte marine marchande, comme il le rappelle si bien.

L'Open Sea, le coup de grâce

"Le pays a donc perdu énormément de navires en 2006, en optant pour "l'Open Sea", qui a été décrété le 30 mai 2006, mais qui n'a pris effet qu'à partir du 1er janvier 2007", poursuit notre interlocuteur. "Le ministère du Transport a ainsi libéralisé le secteur maritime par simple circulaire ministérielle".

"Le cabotage, opération de chargement ou de déchargement de marchandises entre deux points qui concernent le même territoire – dans notre cas, le territoire marocain –, a été intégré dans l’Open Sea, ce qui a été une erreur monumentale", estime le Pr Cherfaoui.

"L’autorité de tutelle aurait dû réserver les navires marocains au cabotage et garder l’Open Sea pour les destinations continentales et internationales, par exemple Tanger-Shanghai. Elle aurait dû laisser la ligne nationale aux opérateurs marocains, pour la protéger, à l’instar de ce qui est fait dans le monde entier".

"Au sein de l’Union européenne par exemple, seuls les opérateurs enregistrés (à l’UE, ndlr) peuvent faire du cabotage. Cette opération n’est donc pas ouverte aux opérateurs marocains. Il en est de même pour le Canada dans le but de protéger sa flotte nationale, ou encore aux Etats-Unis et en Indonésie, où un armateur ne peut s'activer dans l’Open Sea que s’il dispose de capitaux publics".

"Les opérateurs marocains n’ont donc pas été capables de faire face au trafic vers l’UE, ce qui a entraîné le déclin de la flotte nationale. La situation s’est dégradée davantage avec la conjoncture de deux événements, à savoir : les factures pétrolière et énergétique", souligne notre source.

"En 2008, le prix baril du pétrole avait augmenté à 145 dollars, le niveau le plus haut jamais vu alors dans l’histoire. N’ayant plus les moyens de payer les compagnies pétrolières, les navires marocains avaient fait l’objet d’une saisie conservatoire".

"Le ministère de tutelle aurait pu intervenir pour la réduction réelle de la dette, et payer les factures des opérateurs marocains pour sauver la flotte marocaine, car il en avait les moyens et les instruments. Mais cela n'a pas été fait".

"Par ailleurs, cette même année, la liquidation de l’armement national Comanav a été actée, opérateur historique, dont les origines remontent pourtant à 1918, bien connu à l’époque sous l’appellation 'Union d’entreprises marocaines'. Au final, en 2018, la flotte de commerce maritime meurt dans l’indifférence générale, alors qu’on était une puissance maritime".

État d’avancement de la construction des nouveaux ports

Le Maroc aspire à ressusciter sa flotte et à dynamiser ses différentes façades maritimes. Plusieurs projets portuaires sont actuellement en cours dans le Royaume. Il s'agit notamment des ports de Nador West Med, de Dakhla et D'El Jebha.

L'état d'avancement des travaux de celui de Nador atteint 93%. Sa réalisation a nécessité 11,36 milliards de DH. L'objectif de ce projet est d'accélérer et de soutenir le développement économique et social de la région de l'Oriental, de renforcer le rôle maritime et portuaire du Maroc, et de garantir l'approvisionnement du pays en produits énergétiques.

Le nouveau port de Dakhla, dont l'état d'avancement des travaux atteint à peine 10%, a pour objectif de soutenir le développement économique, social et industriel de la région Dakhla-Oued Eddahab. Sa réalisation nécessitera une enveloppe budgétaire de 12,65 MMDH.Comment il est possible de faire renaître la flotte maritime nationale, selon Najib Cherfaoui

 

 

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