Jamal El Asri, de l’étudiant baasiste au secrétaire général du Parti socialiste unifié
Ce dimanche 5 novembre, le Parti socialiste unifié a élu un nouveau secrétaire général : Jamal El Asri. Il succède à Nabila Mounib, qui est restée à la tête de la formation depuis le 16 janvier 2012. Qui est cette nouvelle figure de la gauche marocaine et comment définit-il les actions futures du PSU sur l’échiquier politique?
Né en 1967, Jamal El Asri a plusieurs cordes à son arc : il est homme politique, syndicaliste, doctorant en littérature arabe et enseignant au lycée. S’il réside à Tanger depuis 2003, "cela ne l’empêche pas de répondre toujours présent aux réunions et rencontres du parti", témoigne un membre du bureau politique de la formation qui met l’accent sur "la rigueur, le dynamisme et le sérieux" de son camarade.
Jamal El Asri a développé très jeune un vif intérêt pour la politique, nous confie-t-il. "Lorsque le roi Hassan II a accordé l’asile au Shah d’Iran à la fin des années 70, plusieurs manifestations avaient éclaté au Maroc afin de perturber son arrivée", se rappelle-t-il avant de poursuivre : "Ces manifestations avaient été réprimées ; c’est à ce moment-là que j’ai ouvert les yeux sur la politique et son intérêt".
Homme politique, littéraire et syndicaliste
Ce moment est décrit par Jamal El Asri comme "une étape charnière" dans son engagement politique. A l’université, il fait partie du groupe d’étudiants baasistes. Il a ensuite été membre de l’Organisation de l’action démocratique populaire (OADP) en 1996, parti politique qui a fusionné en 2005 avec d’autres mouvements pour créer le Parti socialiste unifié (PSU).
El Asri a également été parmi les fondateurs de la branche de Dakhla de l’OADP, avant de rejoindre en 2003 la branche de Tanger, dans laquelle il s’est engagé jusqu’à son élection en tant que membre du bureau politique du PSU en 2018. Il est par ailleurs militant syndicaliste au sein de la Confédération démocratique du travail (CDT).
Le nouveau secrétaire général du parti de la bougie est également coordinateur national du Front marocain de soutien à la Palestine, très actif notamment en ce moment dans le contexte actuel à Gaza, exprimant clairement son refus de la normalisation avec Israël.
Concernant les aspirations du nouveau secrétaire général du PSU, Jamal El Asri nous parle de son "désir profond de réaliser une vraie démocratie et une justice sociale au Maroc". Il explique également qu’il est important de mettre fin à la détention politique. "Ce changement ne peut avoir lieu qu’avec un changement radical de la Constitution actuelle", souligne-t-il.
Jamal El Asri a été élu secrétaire général du PSU à l’issue des travaux du 5e Congrès national du parti tenu du 20 au 22 octobre à Bouznika. Le Conseil national de la formation de gauche a également élu son bureau politique, composé de 25 membres dont la députée Nabila Mounib.
Si cette dernière quitte le poste de secrétaire général du PSU, le règlement interne du parti lui interdisant de se présenter pour un troisième mandat, celle-ci ne quitte pas définitivement la direction du parti, ce qui pousse certains de ses détracteurs à se demander "si Nabila Mounib a réellement cédé sa place".
Des tensions tacites
Jamal El Asri figurait parmi les prétendants à la succession de Nabila Mounib aux côtés de Najib Saber et Ali Harrouni, qui se sont "retirés" de la course. Pour Jamal El Asri, il est important de nuancer ce désistement. "Les deux camarades ne se sont pas retirés du moment qu’ils ont simplement exprimé leur intention de se présenter aux élections, chose qu’ils n’ont pas faite. On parle de retrait lorsque l’on renonce à une candidature après la participation aux élections, ce qui n’est pas le cas".
Pour un membre du bureau politique du PSU sondé par Médias24, "Jamal El Asri prend les rênes du parti à un étape compliquée. Le défi du nouveau secrétaire général est de trouver une configuration où l’ancienne et la nouvelle générations pourront travailler en symbiose, abstraction faite de toutes les tensions qui ont caractérisé le parti ces dernières années".
En effet, plusieurs militants du PSU parlent de "dysfonctionnements" et de "dépassements juridiques", faisant référence à certaines décisions de Nabila Mounib au sein du parti et à sa politique, ce qui a créé des frictions et des divisions.
"De nouvelles dynamiques doivent être créées et la grande responsabilité de Jamal El Asri réside dans l’organisation et l’unification du parti. Il s’agit même d’œuvrer pour une refonte de l’organisation du PSU", explique notre interlocuteur. "Il faut que Jamal El Asri arrive avec son équipe à préserver l’esprit du parti tout en le portant dans le sens de la modernisation et le changement".
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