Plan d’autonomie marocain : à l’ONU, la France soutient la reprise des tables rondes, une première
Le vote de la résolution sur le Sahara au Conseil de sécurité de l’ONU ce lundi 30 octobre 2023 a été suivi par des prises de parole dont celle de la France. Son représentant a prononcé une déclaration inédite qui dénote avec les précédentes. Zoom sur l’évolution des prises de parole de la France suite au vote de la résolution depuis 2007.
La France "soutient les efforts de l’envoyé personnel du secrétaire général en vue de la reprise des tables rondes", ressort-il du discours de son ambassadeur à l’ONU, Nicolas de Rivière.
Une déclaration inédite pour la France en faveur de la reprise des tables rondes que le prédécesseur de De Mistura, Horst Köhler, avait initiées en 2018 et 2019, impliquant le Maroc, le polisario, l’Algérie et la Mauritanie. La reprise des tables rondes dans le cadre d’un processus politique au Sahara est combattue en sous-main par l’Algérie, appuyée par la Russie.
Les tables rondes sont un format qui implique directement l’Algérie, sur un pied d’égalité avec les autres acteurs, et qui définit d’emblée l’objectif : une solution politique, pragmatique, durable, mutuellement acceptable et fondée sur le compromis. C’est exactement ce que veut le Maroc.
A l’heure où les relations entre le Maroc et la France ne sont pas au beau fixe, la mention de la "reprise des tables rondes" mérite d’être relevée.
Dans son allocution, Nicolas de Rivière a aussi rappelé le "soutien historique, clair et constant" de la France au plan d’autonomie marocain.
La France se félicite de l’adoption de la résolution qui renouvelle pour un an le mandat de la MINURSO. pic.twitter.com/HBQSDECgA2
— La France à l'ONU 🇫🇷🇺🇳 (@franceonu) October 30, 2023
"Il est temps d’avancer"
Par ailleurs, la France a expressément souligné qu’il "est temps d’avancer" sur le plan d’autonomie proposé par Rabat, qui est sur la table du Conseil de sécurité de l’ONU depuis 2007.
Enfin, dans sa prise de parole le 30 octobre 2023, l’ambassadeur de France à l’ONU a exprimé "son inquiétude concernant les violations du cessez-le-feu", en appelant les responsables de ces violations à respecter et mettre "pleinement en œuvre l’accord de cessez-le-feu afin de faciliter la poursuite du processus politique". Un appel qui revient souvent dans les discours de la France et qui cible clairement le polisario.
L’explication du vote de 2023 dénote avec les précédentes par son ton et son contenu. En 2016, la France avait salué le travail de la Minurso, dans le sens où elle fait "avancer la situation vers un règlement de ce différend, ce qui est nécessaire pour la population du Sahara et pour la stabilité, la sécurité et la prospérité de la région, qui est confrontée par ailleurs à des défis sécuritaires majeurs".
"La France continuera par conséquent à apporter son soutien au processus politique conduit par les Nations unies, visant à permettre d’avancer vers une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, conformément au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité", avait poursuivi la France par la voix de son ambassadeur à l’ONU, François Delattre. Quelques phrases assez générales qui paraphrasaient les résolutions du Conseil de sécurité.
Les prises de position de la France depuis 2007
Médias24 a épluché les explications de vote de la France au Conseil de sécurité de l’ONU par la voix de ses différents représentants depuis 2007, date à laquelle le Maroc a soumis le projet d’autonomie pour le Sahara.
Sur 17 années, la France s’est exprimée sur le dossier du Sahara 11 fois : en 2023, 2021, 2019, 2018, 2017, 2016, 2015, 2011, 2010, 2009 et en 2008. Dans toutes ces prises de position, la France a toujours soutenu le plan d’autonomie pour le Sahara.
Mais la sémantique utilisée renforce ou réduit l’intensité de cette position : tantôt elle "se félicite" de l’adoption de la résolution qui renouvelle le mandat de la Minurso, tantôt elle "salue" ce renouvellement.
Par ailleurs, les adjectifs utilisés pour qualifier le plan d’autonomie de 2007 sont toujours les mêmes. Il est effectivement question d’"une base sérieuse et crédible" :
- pour "une solution négociée" en 2015, 2016 et 2017 ;
- pour de futures discussions en 2018 ;
- pour une reprise du dialogue en 2019 et 2021.
Enfin, notons que la première mention du cessez-le-feu − constamment violé par le polisario − remonte à 2015, lorsque la France avait exprimé son soutien au rôle de la Minurso, notamment dans sa mission de surveillance du cessez-le-feu.
Par ailleurs, en 2017, la position de l’Hexagone sur le cessez-le-feu était claire : "Il importe que le cessez le-feu soit désormais respecté en toute circonstance et de manière durable."
En 2022, la France ne s’est pas exprimée. En 2023, sa prise de parole est plus précise que par le passé, et plus évoluée dans le soutien au Maroc. Mais sa position ne va toujours pas aussi loin que d’autres pays comme l’Allemagne ou l’Espagne.
En conclusion, c’est un progrès mais peut mieux faire.
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