EN CHIFFRES. Comment un barrage peut induire du développement local
La construction d’une retenue d’eau artificielle impacte non seulement l’environnement, mais aussi les populations locales. En plus des opportunités de travail qu’ils offrent, les barrages assurent un développement en matière d'infrastructures et sur le plan touristique. L'édifice de Toudgha en est un parfait exemple.
Un barrage ne sert pas uniquement à retenir l’eau en période de pluie et de neige pour y recourir en temps de pénurie, ou encore à protéger les populations contre les inondations en régulant les flux d'eau. Il favorise également le développement des localités et communes où il a été construit. Un constat au cœur du séminaire qui s’est tenu jeudi 5 octobre à Bouznika.
Organisé par la Direction générale de l’hydraulique (DGH), relevant du ministère de l’Equipement et de l’eau, ce séminaire avait pour thème : "Construction des barrages, un engagement clairvoyant en faveur de l’environnement et la société". Un engagement quantifié grâce à une étude aux résultats édifiants en matière de dynamique sociale et de promotion de l'emploi.
Actuellement, le Maroc est doté de 152 grands barrages, outre les 140 petits barrages, lacs collinaires et les 16 systèmes de transferts d’eau. À cela s’ajoute l’interconnexion des bassins de Sebou et de Bouregreg, d’un linéaire de 67 km.
"L'impact de la construction des barrages sur notre environnement et notre société est significatif, surtout dans le contexte actuel marqué par les effets néfastes des changements climatiques qui touchent en particulier notre pays", affirme Hamou Bensaadout, directeur général de l’hydraulique.
Au-delà du chantier qui se transforme en un petit village équipé, les actions sociétales engendrées par la construction du barrage touchent principalement les communautés avoisinantes, économiquement, socialement et sur le plan de l'infrastructure.
En plus de la création d'infrastructures éducatives, médicales et religieuses, l’aménagement d’un barrage est aussi la promesse de l'amélioration du réseau routier et de pistes de désenclavement, d’aménagement de points d’eau, ainsi que de la promotion de l’emploi à travers le recours à la main-d’œuvre locale.
162 douars concernés pour un investissement de 720 MDH
Dans l’optique de quantifier ces actions, la Direction générale de l’hydraulique a réalisé une analyse statistique "sur la base des données collectées, suite aux dispositions entreprises au niveau des chantiers durant les dix dernières années", indique Nezha Sadiqi, chef de service à la Direction de l'aménagement hydraulique.
L’étude en question concerne l’impact socio-économique et environnemental résultant de l'aménagement de 21 grands barrages construits durant la dernière décennie, ou en cours de construction. À savoir, la construction de :
- 14 écoles ;
- 10 mosquées ;
- 4 centres de santé ;
- plus de 285 km de routes et pistes ;
- 7 terrains de football ;
- plus de 23.000 conduites pour l’alimentation en eau potable et l’irrigation.
Environ 165 douars ont bénéficié de ces actions dont le coût total s'élève à plus de 720 MDH. S’agissant de l’employabilité de la main-d'œuvre locale par barrage, elle atteint une moyenne de 45%. De surcroît, l’édification d’un barrage doit absolument prendre en considération l’aspect environnemental. À cet effet, "des mesures préventives sont mises en place par l'administration", assure la Direction générale de l’hydraulique (DGH).
Concrètement, la préservation de l’environnement passe par l’aménagement des fosses septiques avec des puits de filtration, tout en assurant une gestion efficace des déchets. L’utilisation d’engins à émission contrôlée, régulièrement entretenus, est également favorisée. En plus de la remise en état des lieux après l’achèvement des travaux.
Pendant les travaux, la valorisation des matériaux locaux est priorisée. "Le choix du site et du type de barrage dépend essentiellement de la disponibilité des matériaux de construction locaux, dans le but essentiel de minimiser les coûts de transport, mais également les émissions associées", précise la DGH.
Par exemple, si des granulats réactifs sont disponibles sur site, l'utilisation de ciments ou d'adjuvants spéciaux est envisagée pour prévenir le phénomène d’alcali-réaction. C’est notamment le cas dans les barrages de Moulay Abderrahmane, Tiouine, Agdez, Rhiss, Ait Ziat et Mokhtar Soussi.
Cas du barrage Toudgha
Le site du barrage Toudgha se trouve sur l’oued Toudgha à environ 3,5 km à l’aval du village de Tamtatouchte. Ses travaux, d'une durée de 4 ans, ont coûté 540 MDH. La mise en eau du barrage, d’une retenue de 32 Mm3, est intervenue le 10 octobre 2022, avec pour objectif l'approvisionnement de la ville de Tinghir en eau potable et le développement du pôle touristique de Toudgha.
Outre l’irrigation des terrains agricoles à l’aval du barrage, l’édifice a aussi pour mission de protéger la vallée et les gorges de Toudgha contre les inondations. En parallèle à la construction du barrage, la population locale a bénéficié de la réalisation de plusieurs projets socio-économiques et environnementaux.
La phase de travaux du barrage a permis la création de 388.000 de journée de travail pour 250 à 270 ouvriers par jour, soit 60% de la main-d’œuvre locale. En sus, dix emplois pérennes ont été créés et sont en phase d’exploitation. "Une centaine d’emplois supplémentaires sont prévus dans le futur dans les domaines de l’agriculture, l'écotourisme et la pêche", complète la DGH.
En termes d’infrastructure, l’aménagement du barrage Toudgha a participé à la déviation définitive de la route nationale n°12 et à la reconstruction d’édifices publics, à l’instar de la mosquée Tighremt sur une superficie de 6.500 m2 (7,8 MDH).
Le cimetière et le marabout du village ont également été reconstruits sur une surface de 6.000 m2, occasionnant un déplacement de 110 tombes vers le nouveau cimetière. L’électrification autour du barrage a permis l’amenée de la ligne électrique au barrage.
Résultat, les riverains et les investisseurs dans le domaine touristique en bénéficient actuellement. Dans le même cadre, à noter la reconstruction du réseau électrique basse tension à Ksar Tamtatouchte (0,4 MDH). Sans oublier la déviation du réseau d’alimentation en eau potable, inondée par la future retenue du barrage Toudgha (0,5 MDH).
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