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Environnement

Nezha Sadiqi : “La politique des barrages n’atteindra jamais ses limites”

Pour certains, la politique des barrages au Maroc a atteint ses limites à cause du réchauffement climatique et du déficit pluviométrique. Pour d’autres, cette politique a un impact néfaste sur les oueds et les embouchures. Qu’en est-il réellement ? Le point avec Nezha Sadiqi, chef de service à la Direction des aménagements hydrauliques, relevant du ministère de l'Equipement et de l'eau.

Nezha Sadiqi : “La politique des barrages n’atteindra jamais ses limites”
Chady Chaabi
Le 5 octobre 2023 à 19h10 | Modifié 6 octobre 2023 à 9h53

A la fin des années 1960, le Maroc a lancé une ambitieuse politique d’édification des barrages. Longtemps encensée, elle est aujourd’hui parfois critiquée pour son impact environnemental, l’envasement des barrages et l’évaporation des eaux. D’aucuns s’interrogent même sur l’utilité d’édifier un barrage en temps de pénurie et de déficit pluviométrique puisqu'il risque d'avoir des taux de remplissage très faibles.  

Actuellement, le Maroc est doté de 152 grands barrages, outre les 140 petits barrages et lacs collinaires, et de 16 systèmes de transferts d’eau auxquels s’ajoute l’interconnexion des bassins de Sebou et de Bouregreg d’un linéaire de 67 km.  

Ces édifices ont plusieurs objectifs. Ils servent à retenir de l’eau en période de pluie et de neige afin que la ressource ne se jette pas à la mer. L’idée est donc de retenir l’eau afin de l’utiliser en temps de pénurie. Les barrages servent également à protéger les populations contre les inondations en régulant les flux d’eau.

Cela dit, une retenue d’eau artificielle perturbe le cycle de l’eau naturel et assèche les oueds, empêchant par exemple la migration des espèces aquatiques. Pour Médias24, Nezha Sadiqi, chef de service à la Direction de l’aménagement hydraulique, tord le cou à certaines idées reçues. 

Médias24 : On entend souvent dire que la politique des barrages a atteint ses limites. Qu’en est-il ?  

Nezha Sadiqi : La politique des barrages n’atteindra jamais ses limites car la demande en eau est de plus en plus importante. Certes, la pluviométrie est en baisse mais il y a toujours des crues, à l’image de celle récemment survenue dans l’Oriental. En conséquence, le volume d’eau retenu dans les barrages a nettement évolué. 

- Quelles sont les mesures adoptées pour réduire les effets de l’envasement et de l’évaporation au niveau des barrages ? 

- L’envasement est un phénomène dont on ne peut pas se débarrasser. Mais on peut en réduire l’effet via des opérations de surélévation des barrages. En plus, des équipements techniques sont installés pour évacuer les apports solides de la retenue d’eau afin qu’ils poursuivent leurs cours et ne s’arrêtent pas dans la retenue d’eau. En amont du barrage, des opérations de reboisement sont nécessaires pour réduire l’érosion. 

Concernant l’évaporation des eaux, c’est un phénomène qui a en effet augmenté ces dernières années. Mais c’est un phénomène naturel auquel il est difficile d’apporter une solution. D’ailleurs, le niveau des retenues est en baisse ; pas seulement parce que l’on consomme plus d’eau, mais parce que l’évaporation des eaux est plus importante.   

- Les retenues d’eau artificielle empêchent souvent la migration des espèces aquatiques...

- C’est un aspect que nous prenons en compte lors de l’aménagement d’un barrage, notamment à travers l’installation d’échelles à poisson dans les barrages récents. Ce dispositif permet aux poissons de poursuivre leur migration malgré le barrage qui se dresse. Le problème, c’est que les oueds du Maroc sont quelque peu asséchés. Normalement, ces échelles à poissons sont installées par défaut au niveau international. 

- Le développement social et économique des localités qui accueillent les barrages en aval est mis en avant. Qu’en est-il des localités en amont ? 

- Les zones en amont des barrages sont émergées par les eaux de la retenue. Nous essayons donc de déplacer ces populations, tandis que pour les habitants sur les berges des barrages, nous essayons d’améliorer leur situation à travers notamment des pistes de désenclavement et le réaménagement des infrastructures publiques (mosquées, écoles) avec un développement d’activité socio-culturelle de toute la zone d’action. 

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Chady Chaabi
Le 5 octobre 2023 à 19h10

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