Dégâts agricoles du séisme : l’éclairage de Mohammed Sadiki
Parallèlement à la reconstruction physique des logements, la reconstitution agricole dans les zones sinistrées par le séisme. Beaucoup de pertes qui ont touché le capital (le cheptel), le petite et moyenne hydrauliques, les châteaux d'eau, les unités de valorisation... Tour d'horizon avec le ministre de l'agriculture qui entame une visite sur le terrain.
Les dégâts du séisme n'ont épargné aucun domaine et aucun secteur. Et comme tout ce qui a été impacté par cette tragédie, le secteur de l'agriculture a été fortement touché, comme nous l'explique Mohammed Sadiki, ministre de l'agriculture dans un échange avec Médias24, ce lundi 25 septembre à Rabat. Et d'ailleurs, il est impossible d'envisager une reconstruction sans penser à l'ensemble du système agro-pastoral prédominant dans le Haut-Atlas. Reloger c'est bien. Reconstruire c'est mieux. Mais il est vital de remettre l'économie, et donc l'agriculture et les liens sociaux, en marche.
"Face à une telle tragédie, la réaction de notre pays a été exemplaire, sous les orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Sur instructions royales, les premiers jours étaient réservés aux intervention d'urgence pour secourir et aider les sinistrés rapidement. Et puis deux ou trois jours après, les services de tous les ministères du gouvernement étaient prêts à intervenir", nous explique le ministre.
"Il y a donc eu une coordination interministérielle sous la houlette du chef du gouvernement pour justement assurer la cohérence d’ensemble et définir les priorités. Pour le secteur agricole, nous avons dès le départ commencé à évaluer l’impact sur les infrastructures agricoles et sur les producteurs également, que ce soit la production animale ou végétale et bien sûr en coordination avec les commissions locales du ministère de l’Intérieur", poursuit le ministre qui, à la fin de notre échange, s'apprêtait avec ses équipes à prendre la route pour Marrakech pour une visite de terrain au niveau des provinces d’Al Haouz et Chichaoua, ce mardi 26 septembre.
L’objectif de cette visite est de constater de visu les dégâts enregistrés suite au séisme qu’a connu la région, au niveau de différentes unités de valorisation agricoles, de seguias et de routes rurales, dont le ministre nous donne déjà un premier aperçu, certes qualitatif car l'opération de recensement (dégâts matériels, pertes animales, plantations impactées…) entamée il y a quelques jours se poursuit.
Il y a eu des dégâts sur les canaux d’irrigation. D’ailleurs actuellement, de l’eau est perdue. Nous avons aussi perdu beaucoup de points d’eau comme les puits ou les châteaux d’eau
Comment le séisme a touché l'activité agricole
"Quand on évoque le domaine agricole, plusieurs composantes sont prises en compte. La première correspond aux infrastructures agricoles de manière globale où trois éléments sont examinés", nous explique le ministre.
"Il y a d’abord tout ce qui est en relation avec l’accès aux exploitations agricoles et au désenclavement. C’est une zone montagneuse où il y a eu des éboulements de terre et les terrasses agricoles ont été détruites, tout comme certaines pistes agricoles et rurales", détaille-t-il.
Ensuite, il y a les infrastructures hydro-agricoles, "la petite et moyenne hydrauliques (PMH), dans les montagnes, il y a eu des dégâts sur les séguias (les canaux d’irrigation). Il y a d’ailleurs actuellement de l’eau qui est perdue. Nous avons également perdu plusieurs points d’eau comme les puits ou les châteaux d’eau pour l'abreuvement du cheptel. Et ça c'est un volet très urgent et important à réhabiliter".
Pour le troisième et dernier volet cité par le ministre, il s'agit des unités de valorisation des produits agricoles et les locaux des producteurs, notamment les coopératives. "Si on prend l’exemple de l’huile d’olive, nous avons construit beaucoup d'unités de trituration pour les coopératives. Idem pour les unités de valorisation des amandes et celles d'autres productions. Dans ce sens, il y a aussi certains locaux de coopératives qui ont été touchés", nous confie Sadiki.
"Ces unités ont subi des dégâts. Il faut les reconstruire ou les réhabiliter pour celles qui ont résisté. Il y a également des entrepôts frigorifiques qui ont été touchés. Donc l’ensemble de ces locaux doit être reconstruit rapidement car c’est une activité économique importante.
L'urgence est de remettre en état les petites structures autour des souks
Mohamed Sadiki évoque dans cet échange également l’infrastructure économique, notamment les marchés hebdomadaires dédiés au cheptel et aux fruits et légumes."Ils sont importants car ce sont des relais où se déroule toute l’activité économique du milieu rural. Ce sont des marchés situés dans l’arrière-pays et qui assurent la connexion avec le système économique national".
Les abattoirs ont également été touchés, nous révèle le ministre. "Ce sont de petites structures, autour des souks. Nous avions un programme pour les mettre à niveau, mais aujourd’hui, il s’agit d’abord de les remettre en état pour qu’elles soient fonctionnelles car l’activité économique des filières animales est très importante dans les régions touchées".
De surcroît, le séisme a également impacté des hangars, des étables et plusieurs abris pour le cheptel qui ont été détruits.
Mission : reconstitution du capital de production
Le séisme a fait des victimes au niveau des animaux, surtout le cheptel. "Il y a eu des pertes de cheptel. Il se trouvaient dans des "Zribates" (étables, ndlr). Il s’agit notamment des ovins, des bovins, des caprins et même les camélidés dans la région de Ouarzazate et Taroudant. Les ruches ont également été touchées", nous détaille-t-il.
"Nous sommes dans la phase de recensement mais notre souhait est d'aller au-delà de la restauration des pertes. Notre objectif est d’appuyer les éleveurs car de toutes façons, il fallait la développer.
Ce qui est important actuellement, c'est la reconstitution du capital de production pour la relance des filières. "C’est certainement l’action la plus urgente à faire car il va falloir permettre aux éleveurs de reprendre leur activité économique".
L'Etat fournira l'alimentation de bétail pendant 5 à 6 mois
"Evidemment, en attendant que l’activité économique reprenne et se développe, il faut absolument appuyer la production animale à travers des aliments. Ce ne sont pas des aliments subventionnés. Mais pour les sinistrés, l’Etat leur fournira de l'aliment pendant 5 à 6 mois, le temps que la pluie arrive et qu’ils aient des parcours pour leurs cheptels", révèle le ministre.
L’objectif est de nourrir le cheptel qui est toujours en vie.
Il y a également des plantations qui ont été perdues. Le ministre assure qu'il y aura un effort pour "les restaurer en plus de développer des projets d’agriculture solidaire dans ces régions mais aussi les intensifier".
"Cela concerne pratiquement toutes les provinces touchées par le séisme et ça comprend également le renforcement des coopératives et la diversification des activités génératrices de revenus".
Ce qui sera fait dans le domaine forestier
Le domaine forestier n'est pas en reste. Selon le ministre, "il s’agit d’abord de réhabiliter les bassins versants car certains ouvrages forestiers ont été perturbés. Il faut aussi planter et apporter de nouvelles espèces résistantes à la sécheresse dans ces zones".
Il y a aussi le parc de Toubkal qui a été impacté. "Il va falloir le réhabiliter, le moderniser et le développer pour améliorer l’activité touristique dans cette zone car elle est génératrice de revenus d’une grande partie de la population qui vit autour".
Enfin, et "c’est une activité que nous avons déjà commencée à travers le service des eaux et forêts, nous avons commencé à distribuer le bois de chauffe pour les populations et aussi des types de four qui sont efficaces en termes de bois", avance notre interlocuteur.
"Dès qu’on aura terminé l’opération de recensement des dégâts, nous détaillerons les enveloppes par action et par projet", promet le ministre.
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