Comment le Maroc implique les usagers dans la gestion des forêts
Pour redonner un second souffle au couvert forestier et impulser un nouvel écosystème vertueux, la stratégie Forêt du Maroc (2020-2030) a pour ambition d’impliquer les usagers des forêts dans la préservation des ressources naturelles dont ils dépendent, notamment à travers des incitations financières et la création d’organismes de développement forestiers.
Le premier axe de la stratégie Forêt du Maroc (2020-2030) porte sur la création d’un nouveau modèle basé sur une approche participative dans la gestion des forêts. Il est vrai que ce type d’approche a été galvaudée ces dernières années tant elle a été présentée comme une solution miracle aux problèmes de plusieurs secteurs économiques.
Toutefois, l’approche participative sur laquelle mise l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, n’a jamais aussi bien porté son nom que dans le cadre du secteur forestier, pourvoyeur d’importantes richesses dont le poids économique annuel est estimé à 17 milliards de dirhams.
La stratégie Forêt du Maroc a pour principal mot d’ordre d’impliquer les populations des zones forestières dans la gestion des ressources qu’elles exploitent. Une approche basée sur la promotion de structures locales, la création d’un corps d’animation sociale et la mise en place d’une protection participative lors des reboisements.
Un partenariat win-win, symbolisé par la création d’un nouveau corps de plus de 500 animateurs territoriaux et plus de 200 organismes de développement forestier (ODF). Il s’agit aussi de la contractualisation avec les usagers de la protection participative des 50.000 hectares d’arbres qui doivent être plantés annuellement.
Des corps d’animation et de médiation
Ce nouveau corps de plus de 500 animateurs territoriaux aura pour mission de jouer un rôle de médiation auprès de la population locale. L’Agence nationale des eaux et forêts précise que 58 animateurs ont été engagés entre 2021 et 2022, dans 60 communes.
Répartis entre 11 zones forestières, ces animateurs ont été formés en vue d’entretenir un dialogue avec la population, de catalyser la participation aux activités forestières et d’assurer la médiation avec les autorités. A la fin de cette année, 20 animateurs supplémentaires auront été formés et engagés.
Pour sa part, la promotion des structures locales se décline à travers la création de 200 organismes forestiers. Leur mission ? Remettre de l’ordre dans l’exploitation des ressources forestières par les usagers. A fin 2022, 31 organismes de ce genre ont vu le jour, en attendant les 25 prévus courant 2023.
La mise en place des organismes de développement forestiers est l’une des priorités des 28 Plans de développement forestiers communaux (PDFC), instaurés par l’ANEF depuis 2020, en attendant les 28 PDFC souhaités fin 2023.
D’importantes incitations financières
Associer la population à la gestion des forêts passe non seulement par la protection de ce patrimoine national, mais aussi par sa réhabilitation. De fait, les usagers des forêts sont associés au choix des essences qui seront plantés dans leurs massifs forestiers dans le cadre du programme national de reforestation.
Pour préserver les arbres centenaires ou les plants nouvellement plantés, une interdiction de toutes actions pastorales est actuellement imposée sur 90.000 hectares, avec l’objectif d’atteindre 300.000 hectares à l’horizon 2030.
Afin de pallier le manque à gagner, une compensation financière de l’ordre de 250 DH par an et par hectare était accordée aux populations concernées. Dans le cas de l’arganeraie, ce montant atteint 350 DH. Depuis le lancement de la stratégie Forêt du Maroc, le montant de ces compensations atteint respectivement 1.000 DH/an/ha et 1.100 DH/an/ha.
Pour bénéficier de ces aides financières, les bergers sont tenus d’adhérer à des associations pastorales. A fin 2022, le pays comptait 198 associations pastorales et 17.000 adhérents. De fait, la même année, la somme de la compensation financière était d’environ 17 MDH/ha/an.
Des coopératives forestières pour une meilleure valorisation
Le développement de l’économie forestière se traduit également par la création de coopératives forestières, dans l’optique d’assurer une meilleure valorisation des produits forestiers, à l’image du bois, des plantes aromatiques et médicinales, mais encore du caroubier et de l’arganier.
Si en 2023, 40 contrats de partenariat seront signés, entre 2020 et 2022, 100 contrats ont été paraphés par l’ANEF et différentes coopératives de valorisation. Ce processus a nécessité 40 MDH en vue d’assurer un revenu mensuel (2.000 DH) pour tout adhérent d’une coopérative forestière. En 2022, 250 organismes de ce genre existent dans le pays, dont 25 prenant la forme de groupement d’intérêt économique (15.000 adhérents).
Par ailleurs, des aides aux zones forestières dont les écosystèmes sont fragiles sont programmés dans la feuille de route définie par la stratégie Forêt du Maroc. Il s’agit notamment de fournir des plants aux usagers forestiers qui relèvent desdites zones. Jusqu’en décembre 2022, 760.00 plants d’arbres et 13.000 ruches ont été distribués.
Cette opération, qui aura coûté 21 MDH, sera suivie d’une seconde, cette année, prévoyant la distribution de 460.000 plants et 12.000 ruches. A cela s’ajouteront 10.000 fours chauffants, en plus des 15.000 fours distribués dans le cadre du Programme national de lutte contre la vague de froid.
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