Météorite “boomerang” dénichée au Maroc : une découverte intéressante mais pas concluante, selon Hasnaa Chennaoui
Des scientifiques ont récemment révélé qu’une météorite découverte il y a quelques années au Maroc pourrait être la première météorite connue d’origine terrestre, autrement dit une météorite "boomerang". Le point avec Hasnaa Chennaoui Aoudjehane, professeure à la faculté des sciences de Aïn Chock et présidente de la Fondation Attarik pour les sciences des météorites et de la planétologie.
"Northwest Africa 13188" (NWA 13188), une pierre dont la couleur est d’un brun rougeâtre, découverte il y a quelques années dans le Sahara marocain, pourrait être la première météorite connue d’origine terrestre, a rapporté le magazine français Geo, citant les conclusions d’une étude à laquelle ont récemment pris part des scientifiques.
"Après avoir été délogé de notre planète par un impact d’astéroïde, ce spécimen remarquable aurait passé quelques années en orbite. La roche aurait ensuite quitté le voisinage de la Terre avant de revenir sur la planète bleue plusieurs milliers d’années après. Le phénomène est d’autant plus surprenant que celle-ci est restée intacte", précise-t-on.
"Une roche particulière"
"Nous avons affaire, sans le moindre doute, à une roche particulière", assure auprès de Médias24 Hasnaa Chennaoui Aoudjehane, professeure à la faculté des sciences de Aïn Chock, au département de géologie, et présidente de la Fondation Attarik pour les sciences des météorites et de la planétologie.
"Cette roche a été découverte au Maroc en 2018. Elle est particulière. Les résultats des premières analyses de minéraux ont en effet démontré qu’elle présente toutes les caractéristiques d’une roche terrestre. Toutefois, la roche dispose d’une sorte de 'croûte de fusion', que nous retrouvons habituellement dans les météorites", explique Hasnaa Chennaoui Aoudjehane.
"La découverte a été évoquée dans le résumé d’une étude, présenté lors de la conférence Goldschmidt 2023 à Lyon − plus grande conférence de géochimie au monde. Un autre résumé, traitant du même sujet, a été présenté en août 2022 lors du Congrès annuel de la Meteoritical Society à Glasgow", précise-t-elle.
Une découverte intéressante mais pas encore concluante...
"Bien que l’équipe de recherche qui chapeaute cette trouvaille soit composée de grands spécialistes crédibles, la découverte est néanmoins à considérer avec précaution compte tenu de l’absence de preuves solides et d’arguments tangibles. D’ailleurs, ils précisent bien dans leurs résumés qu’il n’y a plus d’investigations à mener", nuance Hasnaa Chennaoui Aoudjehane.
"Certes, tout le monde s’accorde sur le fait que cette roche a une origine terrestre et possède une sorte de 'croûte de fusion'. Mais il est tout de même difficile d’imaginer un événement qui puisse éjecter une roche terrestre pour qu’elle traverse toutes les couches de l’atmosphère et se maintienne en orbite jusqu’à ce qu’elle retombe sur Terre. Nous n’avons pas d’enregistrements sur Terre d’un tel événement qui pourrait expliquer cette éjection, comme un volcan ou un cratère d’impact exceptionnellement violents", poursuit-elle.
"Cette découverte n’est donc toujours pas officiellement reconnue par la communauté scientifique tant qu’il n’y a pas d’article scientifique avec un comité de lecture qui soit publié dans ce sens. Elle demeure néanmoins très intéressante puisqu’il n’existe, à l’heure actuelle, aucune météorite d’origine terrestre qui soit potentiellement identifiée comme telle par les scientifiques."
La découverte démontre cependant la richesse et l’intérêt pour les météorites découvertes au Maroc, numériquement importantes et d’un intérêt scientifique inégalé, conclut Hasnaa Chennaoui Aoudjehane.
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