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Santé

Manque d’équipements, d’organisation et de RH : l’hôpital de Driouch n'est pas un cas isolé

Désorganisation des circuits de consultation, mauvaise gestion des attentes, manque de ressources humaines et équipements en panne... La visite surprise à l’hôpital provincial de Driouch a déclenché la colère du ministre de la Santé, qui a exigé des interventions à plusieurs niveaux au plus vite. Récit et interrogations.

Manque d’équipements, d’organisation et de RH : l’hôpital de Driouch n'est pas un cas isolé
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Le 8 juillet 2023 à 15h15 | Modifié 10 juillet 2023 à 9h07

Manque d’équipements, d’organisation et de ressources humaines. C’est de cette manière que l’on peut décrire l’offre de soins dans la province de Driouch, relevant de la région de l’Oriental. C’est en tous les cas ce qui apparaît dans une série de vidéos montrant le ministre de la Santé et de la protection sociale, Khalid Ait Taleb, lors d’une visite surprise effectuée le mardi 4 juillet à l’hôpital provincial de Driouch sur instructions royales.

Des constats alarmants

La visite de plusieurs services de cette structure, ouverte il y a moins de deux ans, a démontré une désorganisation des circuits de consultations. Par exemple, un bébé de deux mois, en situation d'urgence, attendait son tour au même titre que les autres patients adultes.

De plus, la gestion des données de santé manque de clarté. Les professionnels de cet hôpital ont encore recours à la prise de notes manuelle alors que plusieurs chantiers de digitalisation du secteur de la santé sont lancés par le ministère dans le cadre de la réforme du secteur, mais aussi de la généralisation de la protection sociale.

Manque d’équipements, d’organisation et de RH : l’hôpital de Driouch n'est pas un cas isolé

Le ministre a également été confronté à un manque de personnel de santé et d’équipements, ce qui contraint les patients, souvent âgés, à attendre plusieurs heures avant de consulter. Le seul scanner de cet hôpital tombe souvent en panne et sa réparation nécessite beaucoup de temps. Les patients sont de ce fait obligés de se déplacer vers d’autres structures de la région.

La lecture des clichés de radiologie pose également problème, vu le manque de ressources humaines aptes à le faire. Ces derniers doivent donc être transférés vers d’autres structures de la région, notamment celles d’Oujda par exemple, pour être examinés. Par ailleurs, selon des responsables interrogés par ATK, certains médecins des autres structures refusent de lire ces images.

Ces constats ont déclenché la colère du ministre, qui a exigé que plusieurs problématiques, comme celles ayant trait à la réalisation et à la lecture des scanners, soient réglées durant le mois de juillet.

"Les problématiques relatives au scanner ne doivent plus se poser. La lecture des examens se fait aujourd’hui par internet. A partir de la prochaine semaine (de juillet, NDLR), personne ne devra plus attendre", a-t-il souligné auprès de l’un des médecins de la structure.

Manque d’équipements, d’organisation et de RH : l’hôpital de Driouch n'est pas un cas isolé

Au sujet de la maintenance du scanner, les responsables de l’hôpital provincial expliquent qu’il s’agit d’un problème d’appels d’offres. "Le scanner tombe souvent en panne. Nous lançons des marchés pour le réparer mais la procédure est longue". D’après les mêmes sources, "ces pannes interviennent suite à des coupures d’électricité au niveau de la province".

"La gestion d’un hôpital ne doit pas reposer sur un marché", fustige le ministre. "C’est aux ressources humaines de trouver des solutions. Un scanner est normalement accompagné d’un stabilisateur lorsqu’il est livré. Pourquoi ce n’est pas le cas du présent scanner? Cela doit être réglé à partir de la semaine prochaine. Le stabilisateur de ce scanner doit être déposé par la société concernée".

En ce qui concerne l’absence de radiologues pour réaliser des échographies, comme relevé par des patients sur place, le ministre a exigé la présence d’un médecin sur place au moins deux fois par semaine, soulignant qu’un "programme bien détaillé pour tous les services doit être mis en place à partir du mois de juillet".

Pour ce qui est de la gestion de l’attente, "elle ne peut pas se faire de cette manière. Le flux doit changer. Il doit y avoir deux circuits, un pour les adultes et un autre pour les enfants. De plus, nous devons agir rapidement pour traiter les cas urgents, notamment d’enfants. S’il faut prendre une décision, il faut le faire rapidement", a conclu le ministre.

Renforcement de l’offre de soins à Driouch

Une convention de partenariat a été signée, mardi 4 juillet, visant à combler le manque de personnel médical généraliste et spécialisé, ainsi que d’infirmiers, en dotant les établissements de santé de ressources humaines qualifiées.

Les signataires de cette convention − le ministère de la Santé et de la protection sociale, la préfecture de la province de Driouch, le Conseil provincial de Driouch et la direction régionale de la Santé et de la protection sociale − se sont engagés à renforcer les centres de santé et les hôpitaux de la région de Driouch en créant 90 postes d’emploi (20 médecins, dont 10 spécialistes, 50 infirmiers et techniciens de santé et 20 cadres et techniciens). De plus, 15 postes seront créés dans le cadre d’un partenariat avec le Conseil provincial.

Rappelons que le Centre hospitalier provincial visité par le ministre a été mis en service en janvier 2022. Cet hôpital a été réalisé sur une superficie de près de 18 ha, pour une enveloppe globale de 238 millions de dirhams (MDH).

Cette structure hospitalière se compose de plusieurs services médicaux et administratifs, à savoir les urgences, les unités hospitalières extérieures et d’explorations fonctionnelles, un hôpital de jour et une unité de natalité, de réanimation, de stérilisation et de radiologie, un complexe chirurgical, un laboratoire, un service d’hémodialyse, un centre de kinésithérapie, une pharmacie et d’autres dépendances portant sur la chirurgie, la médecine et la santé de la mère et de l’enfant.

L'offre actuelle de soins à Dirouch

A en croire les chiffres officiels du ministère de la Santé pour 2022 (ci-dessous), la province de Driouch souffre d’un réel déficit de ressources humaines, d’équipements et de structures de soins. La province compte plus de 192.000 habitants, dont plus de 126.000 dans le milieu rural. Les ratios de prestations de santé y sont faibles, mais pas plus que dans le reste du Maroc, à savoir :

- Un établissement de soins de santé primaire pour chaque 5.826 habitants ;

- Un lit d’hôpital public pour 1.086 habitants ;

- Un médecin du public ou du privé pour 3.259 habitants ;

- Un infirmier public pour 874 habitants.

Pour ce qui est des infrastructures sanitaires, la province est dotée de 33 établissements de soins de santé primaire de différents niveaux, dans le secteur public et privé. Elle compte également neuf modules d’accouchement regroupant 33 lits dans le secteur public, un hôpital provincial de plus de 150 lits et un centre d’hémodialyse.

En terme d’équipement, la province dispose à peine d’une unité de mammographie, de trois installations radiologiques pour examens standards, d’un scanographe et de 59 générateurs d’hémodialyse.

Une réalité qui touche une majorité des structures sanitaires rurales

La visite impromptue du ministre de la Santé à l'hôpital de Driouch, sur instructions du Roi, ne doit pas se suffire à régler ponctuellement un problème dans une province, en passant un savon à tous les responsables locaux puis en signant une convention pour améliorer l'équipement et les ressources humaines. En effet:

-le niveau d'équipement de chaque structure doit être connu à la base, cela ne doit pas être une découverte sur place. Et de ce fait ses besoins intégrés dans une planification nationale.

-les problèmes doivent être réglés d'une manière structurelle et générale, pas ponctuelle, ni localisée. Sinon, il faudrait cloner le ministre et l'envoyer tous les jours en tournée de contrôle.

-il y a manifestement un problème de gouvernance du secteur et des structures hospitalières. En effet, à aucun moment, on n'entend le ministre reprocher un manque de respect des règlements ou une violation des procédures. Découvrant un problème de pannes répétées du scanner et les difficultés que pose la procédure de passation des marchés, il doit immédiatement se dire que ce problème est probablement général et changer les procédures pour toutes les structures.

-absence de médecins pourtant affectés à Driouch? refus d'interpréter les clichés radiologiques? La vraie question est la suivante: où est l'inspection? Où sont les procédures?

-idem pour la gestion des files d'attente. Il faut rédiger des procédures pour toutes les structures.

Les interrogations ci-dessus ne sont évidemment pas exhaustives. Et à aucun moment on n'a entendu le ministre reprocher à ses interlocuteurs le non respect ou la violation des procédures.

La réforme de la santé publique pour fournir des prestations d'un certain niveau dans tout le Maroc est un palier historique et une ambition nationale. Elle ne réussira que par une gouvernance nationale précise, performante et généralisée.

Lorsqu'il y a eu le Covid, beaucoup de situations ont été gérées de cette manière, oralement, à toute heure du jour ou de la nuit. D'autres ont fait l'objet de circulaires. C'était une situation de guerre contre le virus. le Maroc s'en était bien sorti. Maintenant, il s'agit de construire un système autoentretenu, avec ses garde fous et ses guidelines. C'est une autre approche.

Malheureusement, la situation sanitaire à Driouch n’est pas un cas isolé, selon les témoignages réguliers des Marocains sur les réseaux sociaux, en particulier dans les endroits reculés du milieu rural. Il s’agit d’une réalité qui touche de nombreuses autres structures. Aujourd'hui, c'est la réussite de la réforme de la santé et celle de la protection sociale qui sont en jeu.

> Cliquez ICI pour consulter l’offre de soins détaillée dans la province de Driouch

En chiffres, le personnel de santé et les équipements dans la province de Driouch (2022)

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Le 8 juillet 2023 à 15h15

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