Écosystème de batteries de véhicules électriques : la structuration de la chaîne de valeur fait défaut

L’édification d'un écosystème de batteries à haute performance, au niveau national, nécessitera des efforts considérables en termes d’innovation, de recherche et développement et d’investissement. Rachid Yazami, expert de renommée mondiale dans le domaine des batteries en lithium et président du Conseil scientifique de l’Université privée de Fès, est d'avis qu'il est temps de hâter le pas en la matière.

Écosystème de batteries de véhicules électriques : la structuration de la chaîne de valeur fait défaut

Le 18 mai 2023 à 15h39

Modifié 18 mai 2023 à 16h42

L’édification d'un écosystème de batteries à haute performance, au niveau national, nécessitera des efforts considérables en termes d’innovation, de recherche et développement et d’investissement. Rachid Yazami, expert de renommée mondiale dans le domaine des batteries en lithium et président du Conseil scientifique de l’Université privée de Fès, est d'avis qu'il est temps de hâter le pas en la matière.

Les organisateurs du Forum international de la chimie, qui se déroule les 17 et 18 mai à Rabat, ont programmé plusieurs panels, dont un relatif à un sujet capital pour l’économie nationale : la construction d’un écosystème idoine, dédié aux batteries à haute performance au Maroc.

Alors que le Royaume joue pleinement sa partition sur l’échiquier mondial de l’industrie automobile, il compte également faire sa place dans la filière d’avenir de la production de véhicules électriques, et celle des voitures à hydrogène vert. La programmation du panel précité, lors du forum international, est d’autant plus pertinente que la batterie représente, à elle seule, entre 30% et 40% du coût des véhicules électriques.

Un chantier prioritaire mais exigeant

Intissar Benzakour, directrice scientifique du groupe Managem, est formelle : la construction de l’écosystème de production de batteries à haute performance passe par la structuration de l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’approvisionnement en matières premières jusqu’au recyclage.

La responsable au sein de l’entreprise cotée, qui a alerté sur les barrières technologiques élevées dans le domaine de la production de batteries, a mentionné la centralité de la recherche et développement pour les différents niveaux de la chaîne de valeur écosystémique. "L’édification de l’écosystème de batteries à haute performance nécessitera des efforts considérables en termes d’innovation, de recherche et développement et d’investissement", a expliqué la lauréate de l’Ecole nationale de l’industrie minérale de Rabat.

A ce niveau, il importe de préciser que le dernier rapport de l’AIEA a révélé que pour que 100% des véhicules dans le monde puissent rouler à l’électricité ou à l’hydrogène, il faudrait que la capacité actuelle de fabrication des batteries soit multipliée par 88. C’est dire si la marge de croissance et de progression de cette filière, dominée par la Chine, est considérable. Le géant asiatique assure 65% de la production mondiale de batteries en lithium, utilisatrices de cobalt et dont le Royaume est un producteur de référence, en plus de détenir d’autres matières premières utiles pour la production de batteries (phosphates, fluore, graphite, etc.). De l’avis des spécialistes, le cobalt marocain est le plus pur au monde. D’ailleurs, BMW et Renault ont signé des accords avec Managem afin d’assurer leur approvisionnement en la matière.

"Avec les réserves connues de lithium, il est possible de construire plus de 2 milliards de véhicules électriques de plus. En revanche, le même niveau d’abondance de réserves des autres métaux entrant dans la fabrication des batteries est moins certain", a indiqué Rachid Yazami, expert réputé mondialement dans le domaine des batteries en lithium, et président du Conseil scientifique de l’Université privée de Fès (UPF).

Pour des raisons d’efficacité, de cohérence et de mutualisation des ressources, Rachid Yazami et Intissar Benzakour estiment que l’Etat a un rôle fédérateur crucial à jouer - en fixant le cap et les objectifs - dans l’émergence de l’écosystème susmentionné. L'inventeur marocain a lancé un appel urgent. "Il faut y aller maintenant avant qu'il ne soit trop tard. Aujourd’hui, le Maroc dispose d’une technologie permettant de recharger les batteries en moins de dix minutes. Notre pays a la capacité d’exporter des véhicules électriques, accompagnés de leur système de recharge", a alerté le scientifique.

Une taille critique avérée

"Le Maroc produit autour de 700.000 véhicules par an, avec une part de 90% dédiée à l’export, notamment le marché européen d'où seront bannies, dès 2035, les voitures à moteur thermique. Donc le sujet de la batterie est un enjeu de taille pour le Maroc. Et ce, eu égard au chiffre d’affaires généré par les exportations de véhicules (plus de 10 MM d’euros en 2022 et 12 MM d’euros projetés en 2023)", a assuré Mohamed Bachiri, président de la Commission Innovation et développement industriel de la CGEM et directeur de Renault Maroc.

Le membre influent du patronat marocain recommande de lancer progressivement l’écosystème de la batterie, tout en suggérant un inventaire national des ressources minières dites "critiques", plus particulièrement celles entrant dans la production de batteries dédiées aux voitures propres. Selon le patron de Renault Maroc, cette mesure permettrait à l’industrie de la chimie (située en amont de la production de batteries) de se positionner sur ces matières premières.

"En 2030, entre 4 et 5 millions de véhicules électriques seront vendus en Europe ; ce qui suppose un essor conséquent de l’écosystème de la batterie, en l’occurrence la production d’énergie verte, les bornes de recharge, les panneaux solaires, etc.", a souligné l’industriel.

Bachiri a évoqué plusieurs leviers de nature à faciliter la construction de l’écosystème de la batterie haute performance au Maroc. Il s’agit, entre autres, du développement du savoir-faire local via des alliances avec des partenaires étrangers, de la souveraineté au niveau des matières premières, de l’essor des énergies renouvelables, du développement des capacités de stockage d’énergies vertes et de recyclage des matières premières dangereuses (cobalt). En guise de conclusion, l’ancien directeur général de la Somaca a indiqué que le Maroc avait la taille critique pour disposer d'une gigafactory spécialisée dans la production - en très gros volume - de batteries pour voitures électriques et autres dispositifs.

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