Orphelin du Fonds Innov Invest, l’écosystème startup en attente d’une version 2.0 améliorée
La fin du programme Innov Invest a créé un vide dans l'accompagnement et le financement des startups marocaines. Les acteurs de l'écosystème attendent avec impatience le lancement de la nouvelle version, attendue pour le premier semestre 2023, tout en ayant des recommandations pour l'améliorer.
Contacté par Médias24, Mehdi Alaoui, fondateur de l’accélérateur La Startup Station, estime que le fonds Innov Invest a été le meilleur programme de soutien aux startups déployé au Maroc à ce jour, ayant généré une véritable dynamique dans l’écosystème. Mais voilà, ce dispositif, qui a accompagné et financé 450 projets au Maroc, a pris fin le 31 décembre 2021, laissant un vide au sein de l’écosystème des startups.
Le programme Innov Invest a eu un réel impact sur l'écosystème entrepreneurial marocain, "il y a un avant et un après Innov Invest", selon Fatima Zahra El Khalifa, qui est à la tête du cluster EnR, une autre structure d'accompagnement qui proposait les produits du programme.
Jointe par Médias24, elle insiste que le pré-amorçage, financé par Innov Invest, est essentiel pour les startups, notamment pour le prototypage, la validation du business modèle et l'accès au marché. Elle souligne qu'il n'y a pas d'autre financement pour le pré-amorçage au Maroc.
Une nouvelle version du fonds Innov Invest est en préparation et devrait être lancée prochainement. Selon une source proche du dossier, elle devrait être lancée au plus tard en juin 2023. En attendant, les acteurs de l’écosystème mesurent le poids de ce programme dans l’éclosion des startups au Maroc.
En l’absence d’Innov Invest, les incubateurs ont cherché des alternatives
D’après Mehdi Alaoui, la demande des entrepreneurs pour les produits du fonds Innov Invest est toujours forte. Les incubateurs se sont cependant tournés vers d’autres programmes soutenus par des bailleurs de fonds étrangers. A titre d’exemple, la Startup Station a été partenaire de l’Union européenne et de l’Agence française de développement (AFD) sur des programmes spécifiques.
Des réseaux de business angels, comme Angels for Africa, ont également pris le relais. Constitué de 70 investisseurs, ce dernier finance cinq à dix projets chaque année avec des tickets allant de 300.000 DH à 1 MDH. La mise peut être doublée par le concours de leur partenaire African Business Angels Network (ABAN). Angels for Africa a également été partenaire de l’émission télévisée "Qui va investir dans mon projet", diffusé sur la chaîne 2M.
Selon Mehdi Alaoui, grâce au programme Innov Invest, la Startup Station a accompagné 64 startups en cinq ans. Ces entreprises ont généré un chiffre d’affaires cumulé de 100 millions de dirhams et créé 600 emplois. Parmi elles, 14 ont levé des fonds et six brevets ont été déposés.
Le cluster EnR pour sa part continue de travailler avec les nouvelles startups qui l'intègrent en attendant le lancement de la nouvelle version du programme. Fatima-Zahra El Khalifa confirme que l'engouement pour le programme ne faiblit pas et que beaucoup de startups sont en attente des financements.
Le cluster EnR, une association à but non lucratif, finance ses prestations pour les startups incubées grâce aux cotisations des membres. Les primes d'accompagnement de Tamwilcom étaient appréciées, mais le cluster a également cherché à lever des fonds ailleurs pour continuer ses programmes, affirme sa directrice générale.
Pour sa deuxième version d’Innov Invest, privilégier la qualité à la quantité
Mehdi Alaoui considère que l’important n’est pas le nombre de startups accompagnées et financées, mais plutôt la qualité de l’accompagnement et le montant du financement. Il plaide pour moins de startups, bénéficiant chacune d’un financement plus conséquent.
Parmi les difficultés rencontrées, la procédure de financement a été longue et bureaucratique, s’étalant parfois jusqu’à neuf mois. Mehdi Alaoui préconise de digitaliser entièrement la procédure, soulignant que La Startup Station a déjà développé une plateforme pour la digitalisation du processus, qui pourrait être utilisé également par Tamwilcom, le gestionnaire du fonds Innov Invest.
Il pointe également l’importance de la transparence pour la bonne santé de l’écosystème. Il estime qu’il faut clarifier le business model des incubateurs et leur gestion des programmes comme Innov Invest, afin d’éviter que les entrepreneurs pensent que les incubateurs se font de l’argent sur le dos.
El Khalifa également insiste sur l'importance des solutions de financement d'Innov Invest pour la viabilité des structures d'accompagnement et la promotion de l'entrepreneuriat. Elle reconnaît qu'Innov Invest a créé une véritable dynamique entrepreneuriale, mais estime qu'il est crucial d'apporter davantage de soutien aux structures d'accompagnement, surtout celles à but non lucratif.
"Avec un soutien accru, le cluster EnR pourrait doubler le nombre de startups accompagnées par an, passant de 15-20 à 30-40. La nouvelle version d'Innov Invest, attendue prochainement, gagnerait à prendre en compte ces enjeux pour continuer à soutenir l'écosystème entrepreneurial marocain", conclut-elle.
Une autre source du domaine qui a souhaité parler sous couvert d’anonymat affirme que la gestion d’un dossier prend un an à deux ans et demi au niveau de l’incubateur, en plus de l’effort d’audit. "Tout cela a un coût. L’incubateur ne prend que 7.500 DH en frais d’administration sur chaque dossier. Je peux vous dire qu’il ne gagne pas d’argent sur le fonds Innov Invest. Si l’on ne fournit pas les moyens adéquats de réaliser un bon accompagnement, soit l’incubateur va finir perdant, soit il ne va pas bien faire son travail", estime-t-elle. Cette même source suggère de relever les dotations du produit "Innov Idea" de 200.000 DH à 500.000 DH.
Rappelons que le fonds Innov Invest a été lancé en 2017 avec une enveloppe de 500 millions de dirhams, financée par un prêt de la Banque mondiale, afin d’apporter des solutions de financement aux startups que le financement classique par les banques jugeait trop risqué et qui n’étaient pas suffisamment desservies par le capital-risque marocain.
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