Round up. La filière de l’avocatier en pleine croissance

Avec un record de 40.000 tonnes exportées en 2023, la filière de l’avocat maintient un développement constant, appelé à s’accélérer grâce à une meilleure grille tarifaire et à l’amélioration des techniques de production. Le point avec Abdellah Elyamlahi, président de Morocco Avocado Association.

Round up. La filière de l’avocatier en pleine croissance

Le 4 avril 2023 à 11h57

Modifié 4 avril 2023 à 14h53

Avec un record de 40.000 tonnes exportées en 2023, la filière de l’avocat maintient un développement constant, appelé à s’accélérer grâce à une meilleure grille tarifaire et à l’amélioration des techniques de production. Le point avec Abdellah Elyamlahi, président de Morocco Avocado Association.

Depuis 2018, la filière de l’avocatier au Maroc va chaque année de record en record en termes d’exportation. Néanmoins, les producteurs exportateurs d’avocats marocains font face à une concurrence internationale acharnée, notamment par les tarifs. Un axe de progression capital, au même titre que l’amélioration des techniques de production, afin d’ouvrir la voie vers les lucratifs marchés chinois et américains. 

L'avocatier a fait son apparition au Maroc au mitan des années 1980, dans le périmètre agricole du Loukkous, avant de s’étendre depuis Larache jusqu’au Gharb. "De Larache jusqu’à Kénitra, en passant par Moulay Bousselham", précise à Médias24 Abdellah Elyamlahi.

Le président de l’Association marocaine des exportateurs d’avocats, plus communément appelée Morocco Avocado Association (MAVA), fait le point sur les perspectives d’une filière à haute valeur ajoutée, mais dont la consommation d’eau est importante, voire excessive selon une partie de l'opinion. 

7.000 hectares cultivés 

L’avocatier est une plante qui cultive les particularités. Arbre fruitier hermaphrodite, elle nécessite toutefois le concours des pollinisateurs car il ne peut pas s’auto-polliniser. Récoltés entre octobre et mars, les avocats sont cultivés quatre à cinq mois plus tôt, dans des régions aux températures comprises entre 12,8 et 28,3 degrés.

Cette espèce d’origine tropicale s’adapte parfaitement à des climats subtropicaux à hivers doux, notamment dans les périmètres agricoles du Loukkos et du Gharb. Il faut généralement 4 à 8 semaines pour que la graine plantée au sol germe. 

Après quelque temps, les premières feuilles poussent. S’ensuit la floraison jusqu’à l'obtention du fruit à récolter. "Dès 2018, c’est-à-dire depuis que la filière de l’avocat pèse dans le paysage agricole national, notamment en termes d’exportations, la superficie cultivée a doublé, passant de 3.500 à 7.000 ha", assure Abdellah Elyamlahi. 

Un record de 43.000 tonnes d’avocat exportés 

Mécaniquement, la production a également augmenté de manière importante, puisqu’elle a atteint 43.000 tonnes en 2023 (3.000 tonnes dédiées au marché national), contre 25.000 tonnes en 2018, en particulier vers les pays de l’Union européenne (80%) et la Russie (20%). La Hass est la principale variété cultivée, en plus des variétés vertes, Zutano, Bacon et Fuerte

Le rendement par hectare est théoriquement compris entre 5 et 30 tonnes. "Cela dépend de l’entretien de chaque agriculteur", estime Abdellah Elyamlahi. "Les exploitants qui atteignent un rendement de 30 tonnes/hectare s’offrent généralement les services d’ingénieurs agricoles qui suivent de très près le cycle de production des avocatiers, au niveau de la taille, pour maintenir l’exposition au soleil des fleurs et des fruits". Sur la base des hypothèses ci-dessus (43.000 T. produites sur une superficie de 7.000 hectares), le rendement moyen est de 6 tonnes à l'hectare au Maroc.

"L’apport en engrais est aussi important avant et après la floraison pour booster la production des fruits et avoir un tonnage grâce à la fertigation. Autrement, il y a le risque d’avoir des fruits de petite taille", ajoute notre interlocuteur.  

Entre 4.000 et 5.000 m3 d'eau par hectare 

En termes d’irrigation, deux systèmes sont privilégiés. Le goutte-à-goutte et par cuvette. S’agissant du goutte-à-goutte, "il est utilisé entre deux et trois heures par jour", affirme le président de Morocco Avocado Association. "Quand il pleut, nous arrêtons le système d’irrigation", assure-t-il, avant de préciser que l’irrigation d’un hectare d’avocatier au goutte-à-goutte est comprise entre 4.000 et 5.000 m3, soit 4 à 5 millions de litres. C'est donc l'équivalent de 35 millions de m3 pour les 7.000 hectares (superficie maximum annoncée).

Que représente cette quantité d'eau en termes concrets ? La métropole casablancaise consomme 612.000 m3/jour. Si l'on en croit ces chiffres, toute la culture d'avocat au Maroc représente 57 jours de consommation d'eau à Casablanca. C'est donc comme si le Maroc exportait près de deux mois de consommation d'eau de la métropole.

Dans le cas de l’irrigation par cuvette, chaque plant d’avocat a besoin de 23 périodes d’irrigation, à raison de 40 litres par période. C’est l’équivalent de 920 litres par plant, d’après la Direction provinciale de l’Agriculture de Chefchaouen. Soit plus de 3.000 m3 par hectare. 

"La nature des terres sur lesquelles sont plantés les avocatiers est sablonneuse", assure Abdellah Elyamlahi. "L’eau ne stagne pas pour ensuite s’évaporer. Elle est plutôt drainée en profondeur vers les nappes phréatiques, une fois que l’arbre a reçu les apports qu’il nécessite", poursuit-il, précisant que ces ressources en eau sont issues des nappes phréatiques, tandis que "certaines fermes sont alimentées en eau par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE)".

En outre, les avocats sont cultivés dans des périmètres agricoles relevant de bassins hydrauliques (Loukkos, Sebou) la situation hydrique  n'est pas préoccupante.

Une grille tarifaire à améliorer

Actuellement, la croissance de la filière de l’avocat au Maroc est sur de bons rails. L’avocat d’origine marocaine est de plus en plus apprécié dans l’Union européenne et en Russie. "Nous avons également entamé des démarches en collaboration avec l’ONSSA afin d’obtenir l’autorisation d’exporter aux Etats-Unis et en Chine. Mais la procédure est toujours en cours d'examen", indique notre interlocuteur.  

"Le marché chinois présente d’intéressantes perspectives", reprend-il. "Les producteurs d’avocats d’Amérique du Sud ont déjà commencé à y exporter après avoir mis en place un protocole sanitaire." Toutefois, dans ce marché ultra-concurrentiel, le Maroc est quelque peu à la traîne. En cause, un manque de compétitivité au niveau du prix. Pour inverser la tendance, il faudra produire davantage.

"L’avocat d’origine marocaine est vendu en moyenne à 20 euros le kilo. Les petits calibres sont proposés au prix de 1,20 euro et les grands calibres à 4 euros. Mais en comparaison avec la Guinée ou le Pérou, notre grille tarifaire n’est pas assez compétitive", déplore Abdellah Elyamlahi. "Nous avons récemment envoyé quelques conteneurs vers les pays du Golfe. Les retours ont été positifs concernant le produit, mais le prix que nous proposons est encore trop élevé."

L’autre axe de progression réside dans l’amélioration de la qualité du fruit, sa brillance, sa verdure, mais aussi les techniques de récolte pour éviter les pertes, car cette étape cruciale est parfois menée d’une manière archaïque qui endommage les fruits. 

Quant à la suspension des subventions à l’irrigation des avocatiers, elle ne risque pas de freiner la croissance de la filière. D’une part, car elle intervient alors que celle-ci est assurée pour les cinq prochaines années et, d’autre part, "parce que les investisseurs qui misent sur cette culture ont largement les moyens de se passer des subventions".

Le bilan hydrique de cette culture

Au final, l'avocat utilise l'eau de la nappe phréatique, soit l'équivalent d'environ 58 jours de consommation d'eau de la métropole casablancaise, si l'on considère que la superficie est de 7.000 hectares.

Ajoutons que les mesures d'économie, de gestion de l'eau et d'adaptation du débit de Casablanca ont permis d'économiser 30.000 m3/jour dans cette ville; sur cette base, la consommation de la culture de l'avocat équivaut à 1.167 jours d'économie d'eau dans la métropole.

Sur la base d'un prix de vente de 2 euros par kilo et 40.000 tonnes exportées, la recette globale, brute puisqu'incluant les coûts, les frais d'approche, est actuellement de 80 millions d'euros.

Il faudrait effectuer des calculs plus précis au sujet des coûts, des marges, des bénéfices et des emplois, pour pouvoir tirer une conclusion au sujet de l'intérêt économique et la pertinence de cette culture.

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