Le Maroc a-t-il réexporté en Europe du pétrole importé de Russie en janvier 2023 ?
C'est la thèse développée par le "Wall Street Journal". En janvier 2023, selon les chiffres qu'il a publiés, les importations marocaines de diesel russe ont atteint 2 millions de barils contre 600.000 barils pour l'ensemble de l'année 2021.
Boycottée par les pays européens où l'interdiction des importations de produits pétroliers raffinés russes est entrée en vigueur ce mois-ci, la Russie s'est tournée vers de nouveaux marchés, en l'occurrence les marchés nord-africains, écrit The Wall Street Journal.
Le Maroc parmi les pays nord-africains ayant pris le relais
Les importations marocaines de diesel russe, qui couvraient à peine 600.000 barils pour l'ensemble de 2021, se sont élevées à 2 millions de barils rien qu'en janvier 2023, selon The Wall Street Journal. Le Maroc réceptionnera pas moins de 1,2 million de barils supplémentaires en ce mois de février, selon les données fournies par Kepler (entreprise de Data Intelligence qui développe des solutions de transparence dans le domaine des matières premières), citées par The Wall Street Journal.
Le Royaume n'est pas le seul pays nord-africain concerné par la hausse des importations de diesel russe. Cette tendance a également été observée au niveau des importations algériennes, égyptiennes et tunisiennes de diesel russe.
La Tunisie, à titre d'exemple, a fait récemment massivement appel aux combustibles russes, notamment le diesel, le gasoil, l'essence et le naphta, alors qu'elle n'a importé pratiquement aucun produit pétrolier russe en 2021.
En janvier 2023, la Tunisie a importé pas moins de 2,8 millions de barils de produits pétroliers russes et devrait importer 3,1 millions de barils supplémentaires ce mois-ci, poursuit la même source.
Augmentation des exportations marocaines de produits raffinés
L'augmentation des importations par la Tunisie et le Maroc a coïncidé avec une augmentation de leurs propres exportations de produits raffinés, fait observer The Wall Street Journal, redoutant le fait que les cargaisons russes soient mélangées avec d'autres produits pétroliers, puis réexportées par les deux pays maghrébins.
Le Maroc, qui n'a jamais enregistré d'exportations importantes de diesel, a expédié le mois dernier une cargaison de 280.000 barils de diesel vers les îles Canaries et une autre cargaison de 270.000 barils vers la Turquie, ce qui a coïncidé avec l'afflux de diesel russe au Maroc, poursuit la même source.
"L'origine de ces cargaisons de diesel n'a pas pu être déterminée. Les ministères chargés du pétrole au Maroc et en Tunisie se sont abstenus de commenter", souligne-t-on.
Les quantités importées par les pays d'Afrique du Nord sont trop importantes pour eux, a déclaré à The Wall Street Journal Viktor Katona, analyste pétrolier senior chez Kepler, qui s'attend à ce que certains produits russes reviennent en Europe.
"Croyez-moi, nous n'assistons pas à une renaissance du raffinage maghrébin", a-t-il déclaré.
Si la tendance se poursuit, cela pourrait également nuire à l'objectif de l'Occident de priver Moscou de revenus pour sa guerre en Ukraine, selon les analystes cités par The Wall Street Journal.
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