EnR. Obaïd Amrane : “Avec de la visibilité, l’écosystème industriel peut dorénavant s’organiser”

2023 promet d’être une année charnière pour le secteur des énergies renouvelables. Entre les réformes menées sur les plans réglementaire et législatif et les impératifs marchés, le privé est appelé à jouer un rôle plus important. Dans cet entretien, Obaïd Amrane, président du Cluster EnR, décortique les enjeux du secteur.

Obaïd Amrane, président du Cluster EnR.

EnR. Obaïd Amrane : “Avec de la visibilité, l’écosystème industriel peut dorénavant s’organiser”

Le 23 février 2023 à 12h04

Modifié 23 février 2023 à 13h11

2023 promet d’être une année charnière pour le secteur des énergies renouvelables. Entre les réformes menées sur les plans réglementaire et législatif et les impératifs marchés, le privé est appelé à jouer un rôle plus important. Dans cet entretien, Obaïd Amrane, président du Cluster EnR, décortique les enjeux du secteur.

Depuis juillet 2022, le Cluster solaire a cédé la place au Cluster EnR. Plus qu’un changement d’appellation, il s’agit d’un élargissement de l’activité du Cluster dans l’objectif de contribuer à l’accélération de la transition énergétique du pays en encourageant l’émergence d’un écosystème industriel à même d’appuyer cette transition.

Et ce ne sont pas les enjeux qui manquent : décarbonation, compétitivité, changement climatique, innovation, sécurité énergétique...

Le Cluster EnR a tenu son deuxième conseil d’administration depuis sa transformation, ce mardi 21 février. L’occasion de revenir avec son président, Obaïd Amrane, sur le secteur, ses nouveautés, ainsi que sur la feuille de route du Cluster pour 2023.

La filière a accueilli avec beaucoup d’enthousiasme les récentes annonces sur la relance du projet de Midelt, les adjudications sur les projets de la loi 13-09 et les projets des opérateurs nationaux sur la décarbonation.

Médias24 : Mardi dernier s’est tenu le conseil d’administration du Cluster EnR, entre autres pour valider la feuille de route 2023. Quelles sont les priorités du Cluster pour cette année ?

Obaïd Amrane : Il s’agit de la deuxième réunion de son conseil d’administration depuis sa transformation. La première remonte à juillet dernier. Pour rappel, le Cluster est une initiative partenariale entre le secteur privé et le secteur public, avec pour objectif principal l’accompagnement de l’émergence et du développement d’une filière solaire compétitive au Maroc.

Grâce aux diverses concrétisations et forts d’un succès appréciable, les membres de la filière ont décidé en juin 2022 d’élargir son périmètre d’intervention à l’ensemble des énergies renouvelables, des technologies propres et à l’efficacité énergétique, avec l’ambition de contribuer à la valorisation du potentiel EnR du Royaume et à la consolidation de sa valeur ajoutée. La plateforme que constitue aujourd’hui le Cluster compte plus de 200 membres, intervenant sur l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur.

Comme mentionné dans votre question, cette année marque effectivement le début d’un nouveau mandat plus large, plus global, qui permettra sans nul doute d’optimiser les synergies et les savoirs accumulés au sein de la filière pour adresser les enjeux de la transition énergétique et les opportunités à capter par l’économie nationale. Il s’agit donc de renforcer le rôle du Cluster EnR comme catalyseur du développement durable, à travers l’élargissement du marché adressable par ses membres, avec l’ambition d’intégrer le tissu productif marocain dans le processus de décarbonation des nouvelles chaînes de valeur mondiales.

Il s’agira également, sur le plan institutionnel, de poursuivre le rôle de médiation et d’interlocuteur privilégié des sphères publiques et privées et d’appui aux initiatives entrepreneuriales et industrielles dans les énergies renouvelables et leurs applications sur l’ensemble des segments du secteur.

- 2023 promet d’être l’année de la pleine libéralisation du secteur des EnR avec l’adoption d’importants textes législatifs. Pensez-vous que le potentiel marocain dans les EnR sera pleinement déployé ?

- Je souhaiterais préciser avant tout qu’en tant que secteur privé, la filière a accueilli avec beaucoup d’enthousiasme les récentes annonces sur la relance du projet de Midelt, les adjudications sur les projets de la loi 13-09 portés par le ministère de la Transition énergétique et du développement durable et l’agence Masen, sans oublier les projets des opérateurs nationaux sur la décarbonation, à l’instar de ceux annoncés dans le plan d’investissement de l’OCP.

Avec cette visibilité, l’écosystème industriel peut dorénavant s’organiser pour tirer au maximum profit de la dynamique du secteur. Et c’est là que le Cluster EnR a un rôle à jouer. Sa démarche, aujourd’hui éprouvée, lui permet d’offrir aux acteurs économiques de la filière une plateforme pour échanger et proposer des offres de valeurs compétitives aux donneurs d’ordres.

S’agissant du cadre législatif et réglementaire, nous suivons avec beaucoup d’attention les évolutions récentes. Nous pensons que la dynamique de la réforme du secteur répond aux attentes et devrait se maintenir pour accompagner les évolutions et enjeux de cette filière.

Maintenant, si vous faites référence au potentiel du secteur, celui-ci est indéniable et peut constituer un enjeu de développement économique et sociétal majeur pour notre pays. L’appréhender requiert à mon sens l’élargissement de sa gouvernance.

Les dimensions territoriales, les enjeux du développement industriel national, la question de la souveraineté énergétique, les impacts sur la compétitivité, l’attractivité et l’intégration dans notre espace régional sont autant d’éléments qui auront un impact de plus en plus important à l’avenir.

Les considérer, en amont, dans la réflexion de la mobilisation du potentiel EnR n’est certainement pas neutre.

La notion d’empreinte carbone sera à l’avenir un déterminant commercial non négligeable.

- Nous sommes face à un enjeu important de décarbonation de notre outil productif pour se préparer à l’entrée en vigueur de la taxe carbone instauré par l’Union européenne. Pensez-vous que le Maroc sera prêt à temps ? A-t-on toutes les cartes en main ?

- Cela est une illustration de ce que l’on disait auparavant. L’Union européenne compte en effet instaurer une taxe carbone. Cela peut constituer un défi pour nos industries exportatrices, qui est aussi important que les changements dans les exigences de la clientèle de notre premier partenaire commercial. La notion d’empreinte carbone sera à l’avenir un déterminant commercial non négligeable.

La décarbonation de l’industrie marocaine, principalement à travers le recours aux EnR, est donc un impératif. Le Royaume a d’ailleurs accordé une place particulière à ce volet dans le Plan de relance industrielle adopté par le ministère de l’Industrie et du commerce.

Cependant, j’aimerais souligner à ce niveau l’opportunité qu’ont les acteurs de la filière industrielle EnR à capter non seulement la demande interne, mais aussi celle qui peut être adressée au Royaume, notamment dans le cadre du redéploiement des chaînes de valeur mondiales.

Et c’est là le véritable enjeu ! Le Maroc dispose d’atouts indéniables pour le développement d’une industrie compétitive : la stabilité politique, le potentiel énergétique, un engagement institutionnel fort en faveur des EnR, le coût et la qualification de la main d’œuvre, le positionnement géographique, etc. S’organiser pour faire valoir ces atouts est la clé !

L’enjeu principal est de réussir à faire du Royaume une destination pour les nouvelles activités industrielles électro-intensives ayant recours aux EnR comme source d’énergie.

- Que manque-t-il aujourd’hui pour mettre en place un véritable écosystème industriel autour des énergies renouvelables ?

- L’enjeu principal selon moi n’est pas tant de verdir nos industries, car c’est tout à fait à notre portée. Il s’agit en réalité de réussir à faire du Royaume une destination pour les nouvelles activités industrielles électro-intensives ayant recours aux EnR comme source d’énergie dans le cadre de la décarbonation et de la relocalisation des chaînes de valeurs qui accompagneront la mise en œuvre des exigences liées à la transition énergétique.

Nous avons en face de nous une fenêtre d’opportunités que nous devons saisir, et nous ne sommes pas seuls ! Il y a une véritable compétition mondiale pour réussir à capter ce qui correspond à une réelle révolution industrielle.

Grâce au leadership et à la clairvoyance de Sa Majesté le Roi, que Dieu L’assiste, le Maroc a été pionnier dans ce secteur. Fort de ses réalisations, il peut prétendre aujourd’hui à jouer un rôle majeur en préservant son avance par de nouvelles concrétisations. L’appel du Souverain à la formalisation d’une offre Maroc pour l’hydrogène est une illustration supplémentaire de ce momentum.

- Le Cluster a justement parmi ses missions de contribuer à créer cet écosystème industriel. Qu’est-ce qui a été réalisé ou sera réalisé dans ce sens ?

- Le Cluster EnR est un des acteurs de cette filière. Il contribue modestement à cette dynamique avec les moyens dont il dispose.

Concernant les réalisations, le Cluster EnR a réussi à créer un écosystème complet avec près de 200 adhérents sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Il a également accompagné à ce jour plus de 650 startups et projets verts sur l’ensemble du territoire. Aussi, depuis sa création, le Cluster EnR a eu un réel impact socio-économique et environnemental.

Pour ce nouveau mandat, le Cluster ambitionne de renforcer son action et son impact socio-économique et environnemental sur son écosystème, surtout suite à son élargissement de périmètre. Il s’agit d’adopter une démarche intégrée et multi-technologies (solaire, éolien, efficacité énergétique, économie circulaire, dessalement, systèmes intelligents appliques aux EnR, etc.) permettant de répondre aux évolutions et à la maturité de la filière.

Cette approche permettra également au Cluster d’accueillir de nouveaux membres dans les nouvelles filières et de maximiser davantage les synergies, surtout avec la dernière catégorie "Banques et fonds d’investissements", éléments clés pour le financement de la transition.

Le soutien à l’innovation et à la promotion de l’entreprenariat vert est également une de nos missions clés. Concernant ce volet, notre stratégie est de créer des antennes régionales afin de contribuer au développement durable des territoires, tout en renforçant notre action au niveau de notre incubateur vert à Casablanca, afin de maximiser la création d’emplois verts et le développement de solutions propres.

- Jusqu’à présent, faute d’un cadre législatif adéquat, le privé n’a pas pu jouer pleinement son rôle pour le développement des EnR. L’essentiel des projets est porté par le public. Aujourd’hui, comment le privé peut-il aider à accélérer le développement du secteur ? Tous les prérequis sont-ils désormais réunis ?

- Je ne partage pas tout à fait votre point de vue. La production d’énergie verte est essentiellement portée par des acteurs privés aujourd’hui. Les acteurs publics interviennent essentiellement comme sponsors. Finalement, un relai entre les besoins du Royaume et l’industriel privé.

En effet, les entreprises locales ont acquis une expertise pointue en termes d’ingénierie, de structuration, de développement et de maintenance de projet. Cette montée en compétences a permis d’attirer des industriels privés, d’obtenir des financements de marché pour les projets et une bonne répartition des risques entre acteurs privés et publics.

Le secteur énergétique, grâce à ses opérateurs locaux, illustre des partenariats public-privé réussis. Cette expertise sera certainement à considérer et à valoriser dans l’incubation et le développement de projets relevant des secteurs naissants, comme l’hydrogène vert et ses premières applications.

Le succès du secteur de l’hydrogène ne devrait pas être mesuré par les capacités EnR installées ou par la quantité d’hydrogène produite, mais par le niveau de la valeur ajoutée que le secteur apportera au Royaume.

- L’hydrogène vert est également l’un des sujets actuels majeurs. Le potentiel marocain est indéniable. Selon vous, quand pourrons-nous voir les premiers projets aboutir ? Que changera l’intégration de l’hydrogène vert dans notre mix énergétique ?

- Il y a une unanimité aujourd’hui entre tous les experts et les acteurs institutionnels du secteur sur le fait que le Maroc a un potentiel indéniable en la matière, et plus généralement dans les secteurs à forte intensité électrique.

Il est utile de rappeler à ce niveau que 70% des investissements liés à la réduction des émissions de carbone dans le cadre de la transition énergétique se feront par l’électrification des procédés industriels grâce aux énergies renouvelables.

L’hydrogène vert en fait partie. Nous avons la chance d’avoir un acteur mondial de référence concernant l’un de ses usages les plus prometteurs, l’ammoniac en l’occurrence. Les projets d’investissement annoncés par cet opérateur ouvrent de belles perspectives pour le développement de la filière.

Sur le reste du potentiel évoqué plus tôt, il sera nécessaire d’adopter une démarche spécifique d’incubation et de développement de projets pour construire la maturité et saisir le momentum des opportunités à venir sur ce secteur, au profit du développement et de la croissance de notre pays.

Le succès de ce secteur ne devrait pas être mesuré par les capacités EnR installées ou par la quantité d’hydrogène produite, mais par le niveau de la valeur ajoutée que le secteur apportera au Royaume. Accompagner cette dynamique fait partie du nouveau mandat du Cluster EnR.

- Par ailleurs, le Cluster EnR s’assigne comme mission de diffuser la culture de l’innovation et de l’entreprenariat à tous les niveaux de la chaîne de valeur des technologies vertes. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement dans ce domaine ?

- Comme évoqué précédemment, l’un des objectifs premiers du Cluster EnR est d’insuffler un vent nouveau d’innovation et d’appui aux initiatives entrepreneuriales et industrielles dans les énergies renouvelables.

Si l’on parle de réalisations de 2022, le Cluster a participé aux financements de projets – dans le cadre des programmes "Innov Idea" et "Innov Start", plus d’une quarantaine de projets ont été financés à travers notamment des prêts d’honneur. Dans le cadre du Green Business Incubator, vingt startups innovantes ont été accompagnées – en l’occurrence, l’accompagnement des jeunes à l’insertion dans les métiers verts et à la création d’activités génératrices de revenus. Plusieurs séminaires ont également été organisés et des publications réalisées.

Par ailleurs, le Cluster s’est fixé une feuille de route ambitieuse pour 2023. Parmi les axes majeurs pour l’amélioration du partage d’information et de renforcement de la culture de l’innovation, je peux citer, d’une part, la volonté de mobiliser la diaspora à travers la création d’une task force en partenariat avec la CGEM, et la mise en place d’une plateforme digitale Diaspora, et d’autre part, le renforcement de la présence locale du Cluster à travers le lancement, entre autres, des nouvelles éditions des caravanes durables régionales.

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