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Le GAFI fera sa visite de terrain au Maroc du 18 au 20 janvier 

Ces trois journées seront décisives pour le Royaume qui pourra sortir de la liste grise du GAFI dès la plénière de février, si le rapport des évaluateurs est concluant. Voici comment se prépare cette visite de terrain, ce que les experts du GAFI veulent observer et l’importance stratégique pour le pays de quitter cette liste.

Le GAFI fera sa visite de terrain au Maroc du 18 au 20 janvier 

Le 29 novembre 2022 à 20h04

Modifié 29 novembre 2022 à 20h14

Ces trois journées seront décisives pour le Royaume qui pourra sortir de la liste grise du GAFI dès la plénière de février, si le rapport des évaluateurs est concluant. Voici comment se prépare cette visite de terrain, ce que les experts du GAFI veulent observer et l’importance stratégique pour le pays de quitter cette liste.

Dans sa plénière d’octobre 2022, le Groupe d’action financière (GAFI) a déclaré que le Maroc avait achevé son plan d’action dans la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive.

Mais a maintenu le pays dans sa liste grise, en attendant une visite de terrain de ses experts pour vérifier le degré d’efficacité et la bonne application des mesures mises en place par Rabat.

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Contacté par Médias24, le porte-parole du GAFI nous confirme que cette visite se prépare de telle sorte que le rapport d’évaluation soit remis lors de la plénière qui aura lieu en février.

Une plénière décisive où le Maroc pourra être maintenu dans la liste grise, ou en sortir pour faire partie des pays qui se conforment à 100% aux normes de lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive.

Selon le porte-parole du GAFI, les experts qui suivent le cas du Royaume entreprennent actuellement un exercice de cadrage préliminaire pour déterminer les domaines d’intérêt de la visite sur place.

Des discussions "franches" vont avoir lieu à Rabat, selon le porte-parole du GAFI

"Les éléments pris en compte sont le type de menaces, de vulnérabilités et de risques, le type d’économie, la taille du secteur financier et d’autres secteurs, la stabilité et l’engagement politique, l’État de droit et le niveau de maturité du système du pays pour lutter contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive", nous explique le porte-parole du GAFI.

Dans cette phase, les échanges avec les autorités marocaines sont réguliers et vont se poursuivre même après la visite : "Avant, pendant et après la visite, le pays doit fournir des informations sur l’efficacité de son système dans les onze domaines couverts par la méthodologie du GAFI (Documents - Financial Action Task Force (FATF))."

Et d’ajouter que "le succès et l’intégrité du processus dépendent des discussions franches et impartiales entre l’équipe d’évaluation et les agences et institutions gouvernementales impliquées".

Une source proche du dossier du côté marocain nous confirme également la programmation de cette visite qui aura lieu du 18 au 20 janvier 2023.

"C’est une action ordinaire que le GAFI entreprend avec tous les pays qui achèvent leur plan d’action. Pour l’instant, les discussions et les évaluations ont porté sur la réglementation, les systèmes d’information mis en place, l’actualisation des lois et des normes… Cette visite permettra aux experts du GAFI de vérifier l’efficacité de toutes les mesures prises et ce que nous leur avons communiqué sur le papier et lors des face-à-face", explique notre source.

Du gouvernement au bijoutier du coin… Les enquêteurs vont balayer large

Le programme de ces trois jours est pour le moins chargé, car les évaluateurs du GAFI vont aller à la rencontre de tous les acteurs concernés par le sujet, du plus haut niveau institutionnel, en passant par les ministères et les départements concernés, pour finir par des enquêtes auprès des "personnes assujetties", comme les bureaux de change, les bijoutiers, les notaires, les adoul, les marchands d’art, les experts comptables…

"Les trois jours seront très denses. C’est une enquête de terrain. Les experts du GAFI ne viennent pas pour refaire le travail de vérification de la conformité de la réglementation, mais pour évaluer l’efficacité des mesures mises en place par le Maroc. Si on leur dit par exemple que le Maroc a introduit une nouvelle réglementation dans un domaine, ou mis en place un système d’information pour tel ou tel type de transactions, ils viennent vérifier si le système est bien opérationnel, si les personnes concernées connaissent ce système, l’utilisent réellement… Notre plan d’action a permis d’adresser les 11 critères couverts par la méthode du GAFI. La visite leur permettra de voir si tout cela est bien appliqué par l’ensemble des acteurs."

Selon notre source marocaine, l’ensemble des acteurs concernés sont mobilisés pour la réussite de cette visite. "Il y a un travail très lourd qui est mené. La visite doit être irréprochable. Le chef du gouvernement a déjà sensibilisé tous les départements concernés sur l’importance d’assurer toutes les bonnes conditions pour que cette visite soit concluante. L’ANRF (Autorité nationale du renseignement financier) coordonne avec l’ensemble des acteurs pour assurer tous les besoins opérationnels, logistiques, pour que la visite des experts du GAFI se passe dans les meilleures conditions."

Cette mobilisation générale pour sortir de la liste grise du GAFI dès février 2023 reflète l’importance stratégique du sujet. La conformité aux normes de lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive n’est pas un luxe, ni une simple procédure pour embellir l’image du pays : elle est devenue un facteur important dans les échanges économiques et financiers avec le reste du monde.

Une condition sine qua non pour négocier avec les bailleurs de fonds

Abdellatif Jouhari avait d'ailleurs signalé, lors de la conférence de presse qui a suivi le dernier conseil de Bank Al-Maghrib, que le Maroc attendait sa sortie de la liste grise avant d’entamer des discussions avec le FMI à propos d’une nouvelle ligne de financement.

"Aujourd’hui, tous les bailleurs de fonds regardent ce critère de conformité aux normes du GAFI. C’est devenu une condition sine qua non pour discuter de tous types de financement, qu’ils soient institutionnels ou même privés. Même les fonds souverains et les fonds d’investissement ont intégré ce critère dans leur évaluation", signale notre source marocaine.

Au-delà de cette question stratégique de pouvoir lever des fonds à l’international, la sortie de la liste grise du GAFI permettra également au Maroc de sortir de celle de l’Union européenne.

"L’Union européenne se base sur les classifications du GAFI pour évaluer la conformité de ses partenaires aux normes anti-blanchiment et de financement du terrorisme. Aujourd’hui, nous sommes dans la liste grise de l’UE, ce qui a beaucoup de conséquences sur des sujets qui vont du financement aux simples opérations de transfert de devises, car la loi anti-blanchiment de l’UE exige une vigilance accrue dans les transactions avec les pays qui ne sont pas conformes avec les normes du GAFI", explique notre source.

Le maintien du Maroc dans la liste grise du GAFI a donc une série de conséquences assez contraignantes. D’où l’importance de ces trois jours que passeront les experts du GAFI dans le Royaume. Un sans-faute est attendu. Car, comme nous le précise notre source, si les experts du GAFI estiment que nous ne sommes pas efficaces, ne serait-ce que sur un seul point, le rapport ne sera pas concluant et il faudra attendre la prochaine plénière pour espérer sortir de la liste des pays sous surveillance accrue.

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