Affaire du zellige : premiers détails au sujet de la résolution du différend avec Adidas
Après l’annonce par l’équipementier Adidas de la résolution du différend l'opposant au ministère de la Culture, au sujet de l’appropriation du zellige marocain pour orner le maillot de l'équipe de football algérienne, le ministre Mehdi Bensaïd et un des négociateurs évoquent le dossier.
Au terme de plusieurs réunions tenues en visioconférence avec une commission d’experts du ministère de la Culture, l’équipementier a publié, ce vendredi 14 octobre, un communiqué de presse qui annonce la résolution du problème des maillots de football, tout en exprimant ses regrets.
“Nos arguments ont été entendus par l’équipementier sportif”
Sachant que les termes de l'accord, à la suite des accusations marocaines d’appropriation culturelle, n'ont pas été dévoilés, Médias24 a contacté le ministre Mehdi Bensaïd, ainsi qu’un des négociateurs de la commission d’experts qui a souhaité témoigner anonymement.
“Avant d’en arriver à ce résultat qui conforte notre démarche, il y a eu six rounds de négociations. Nos experts de la Direction du patrimoine et de l’artisanat ont expliqué à leurs interlocuteurs pourquoi les motifs utilisés sur le maillot algérien étaient d’origine marocaine, en leur présentant des arguments historiques et juridiques qui sont d’ailleurs liés à nos critères d’enregistrement à l’Unesco.”
“Une reconnaissance qui constitue une première mondiale”
“Tout en faisant en sorte de ne pas s’attirer les foudres de notre voisin, il faut leur rendre grâce d’avoir été très compréhensifs, et même désolés en reconnaissant avoir fait une erreur envers le Maroc.
“C’est la raison pour laquelle ils ont proposé de publier ce communiqué, qui est une première mondiale pour cette compagnie qui pèse 22 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel. En effet, après avoir réalisé un benchmark international, on s’est rendu compte que c’était la première fois qu’une grande marque reconnaissait sur son site internet avoir fait une telle erreur d’appréciation.
“Pour éviter un éventuel marasme juridique, qui n'est souhaitable pour aucune des deux parties, ils ont choisi de s’excuser et de faire en sorte qu’à l’avenir on puisse travailler ensemble, en citant et en mettant en valeur l’héritage culturel marocain quand il le faudra”, nous explique Bensaid qui n’a pas souhaité, malgré notre insistance, en dire davantage sur l’accord trouvé.
“Un message clair à qui de droit”
Médias24 a donc contacté un des négociateurs de l’accord qui a révélé, sous couvert d’anonymat, que le maillot de l’équipe algérienne ne serait pas vendu dans les boutiques Adidas du Maroc. Il faut dire qu'il n'y a vraiment pas de marché pour ce maillot sur place.
“Etant lié par un contrat avec la Fédération algérienne de football, Adidas ne peut pas le retirer de la circulation, mais il n’y aura pas de campagne de marketing pour le promouvoir, et le plus important est que l’équipementier s’est excusé en laissant entendre que ses motifs étaient d’origine marocaine”, déclare notre source pour qui ces excuses sont “un message clair à qui de droit”.
“C’est au secteur de l’artisanat de demander d’éventuels dédommagements à Adidas”
Concernant le versement d’éventuels dommages et intérêts par l’équipementier allemand aux artisans marocains lésés par l’appropriation des motifs de zellige, notre interlocuteur tient à souligner qu’une telle demande est du ressort du ministère du Tourisme et de l’artisanat.
“Ce n’est pas au ministère de la Culture de présenter une éventuelle demande de dédommagements. En effet, c’est une procédure juridique à part, qui doit être menée par le secteur privé et les artisans qui se sont sentis lésés. Ils doivent, par conséquent, recourir soit à un avocat, soit au ministère de l’Artisanat pour obtenir un soutien juridique qui fasse valoir leurs droits par rapport aux labels déposés par ce ministère”, tient à préciser notre source. Elle rappelle qu'il ne faut pas confondre le volet culturel et le volet artisanal, qui relèvent de deux ministères différents.
Selon cet expert, le plus important est que le ministère puisse, à l’avenir, travailler en bonne intelligence avec l’équipementier à partir du label Maroc et de son savoir-faire, à condition qu'il verse des royalties aux artisans ou à l’Etat marocain.
“Le zellige est marocain comme la pizza est italienne”
“Sachant que nos interlocuteurs ont fait preuve de bonne foi et ont exprimé leur regret, l’idée est de faire en sorte que ce maillot, censé être porté par les joueurs algériens durant la période d’échauffement avant les matchs, soit rapidement limité puis éliminé de leur collection.”
“Nous ne sommes pas en train de mener une guerre culturelle contre nos frères algériens, mais nous voulons simplement envoyer un message à tous les autres pays qui seraient tentés à l’avenir de s’approprier des pans de notre savoir-faire ancestral”, conclut notre source qui exclut tout chauvinisme dans le fait d'affirmer que le zellige est marocain comme la pizza est italienne.
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