Apiculture. 900.000 ruches vont bénéficier de mesures de lutte contre la varroase
Le lancement imminent de la campagne nationale de lutte contre la varroase, maladie causée par l’acarien varroa destructor, lève le voile sur la fragilité des colonies d’abeilles au Maroc, déjà affaiblies par les changements climatiques.
À cause de la sécheresse et des précipitations désordonnées, certaines espèces de plantes fleurissent plus tôt ou plus tard dans l’année. Ce timing ne correspond plus à l’organisation annuelle des abeilles. Par conséquent, elles n’ont plus de quoi se nourrir, s’affaiblissent et deviennent incapables de résister à la rudesse de leur environnement.
Pour aider les abeilles à survivre, le ministère de l’Agriculture, en collaboration avec l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), a mis en place plusieurs mesures. Elles ont été annoncées ce jeudi 7 octobre par Mustapha Baitas, porte-parole du gouvernement, à l’issue du Conseil de gouvernement.
D’une enveloppe budgétaire de 150 MDH, un programme de formation et d’encadrement des apiculteurs est prévu, au même titre que l’implantation d’abeilles dans les ruches des apiculteurs qui ont été victimes du syndrome de disparition d’abeilles.
Si les dates de lancement de ces deux actions n’ont encore été indiquées, la campagne nationale de lutte contre la varroase est quant à elle imminente. D’une enveloppe budgétaire de 30 MDH, elle concernera 900.000 ruches.
Il n’en faudra pas moins pour éviter la prolifération du varroa destructor. Cet acarien parasite de l’abeille porte bien son nom. “Avec le changement climatique, c’est l’une des deux principales causes de la disparition des colonies d’abeilles”, déplore un apiculteur de la région d’Azilal.
Un intrus fatal pour la reine
“Le varroa s’accroche à l’abeille comme un pou. Il suce son sang, l’affaiblit et lui transmet des virus et des bactéries”, explique notre interlocuteur. Pis, une fois qu’il accède à la ruche, le varroa peut la décimer en totalité.
En effet, si ce ravageur s’accroche à l’abeille, on peut également “le trouver dans les cellules du couvain de l’abeille”, indique l’apiculteur. “La reproduction des varroas se déroule dans le couvain, lorsque les abeilles sont affaiblies par la malnutrition après la récolte du miel, mais aussi pendant les périodes de sécheresses”, poursuit-il.
Concrètement, la femelle fondatrice se place dans une cellule occupée par une larve d’abeille juste avant le moment de l’operculation, quand les abeilles utilisent une pellicule de cire pour fermer les alvéoles pleines de miel.
En se laissant ainsi enfermer, la femelle fondatrice pond plusieurs œufs. “Elle met en danger la reine, les mâles et les ouvrières”, souligne notre interlocuteur. “Car les œufs qu’elle pond grandissent et se reproduisent de façon exponentielle.”
Au regard de ce processus, nul besoin de rappeler l’importance de la campagne nationale de lutte contre la varroase. Elle repose sur plusieurs étapes :
- le recensement et l’identification des ruches ;
- les prélèvements pour s’assurer de la bonne santé des abeilles et l’absence de varroase ;
- la délimitation des zones de séquestration et d’observation en cas de détection d’un foyer ;
- le traitement, ou si nécessaire, la destruction des foyers ;
- la levée des mesures sanitaires appliquées.
Délimitation du périmètre infecté
D’après l’arrêté du ministre de l’Agriculture et de la réforme agraire n°1612-89 du 18 safar 1410 (20 septembre 1989), définissant les mesures à prendre pour lutter contre la varroase des abeilles, la première étape réside dans le recensement et l’identification des ruches. Ce recensement est obligatoire pour tous les apiculteurs.
Les ruchers sont soumis à des visites sanitaires annuelles des services vétérinaires. Afin de leur faciliter la tâche, les apiculteurs sont tenus de déclarer, avant la fin de chaque année, l’emplacement de leurs ruchers aux autorités locales et aux services vétérinaires concernés.
L’étape du recensement est indispensable. Elle permet aux services vétérinaires d’effectuer des prélèvements pour le dépistage de la varroase. Les bulletins d’analyse sont adressés aux services vétérinaires et à l’apiculteur.
Si le bulletin d’analyse fait mention d’un foyer de varroase, le gouverneur de la province concernée établit un arrêté déclarant l’infection et délimitant l’étendue du périmètre infecté. Ce périmètre englobe deux zones :
- une zone de séquestration qui comprend le rucher dans lequel la maladie a été déclarée ;
- une zone d’observation qui comprend le territoire situé à la périphérie de la zone de séquestration, délimité par un rayon de 20 kilomètres.
Destruction et traitement curatif
Une fois ces zones définies, les ruchers, dont 30% des ruches montrent des symptômes cliniques apparents de la varroase, notamment de fortes mortalités, sont immédiatement détruits par le feu et le matériel annexé désinfecté.
De plus, quand un foyer de varroase autre que celui de la zone de séquestration est dépisté dans la zone d’observation, l’ensemble des ruches comprises dans la zone de séquestration sont incinérées. Idem pour toute colonie sauvage se trouvant dans les zones de séquestration et d’observation.
En guise de compensation, les apiculteurs dont les ruchers sont détruits reçoivent une indemnité de 400 dirhams pour chaque ruche moderne et de 150 dirhams pour une ruche traditionnelle.
Au cas où la prolifération de la varroase n’a toujours pas atteint un point de non-retour, un traitement curatif est mis en place. Deux types de traitement sont appliqués : l’un à base de produits naturels ; l’autre à base de produits chimiques. Ce dernier est privilégié dans le cadre de la campagne nationale de lutte contre la varroase.
S’agissant de la lutte naturelle, “elle se base sur de l’huile d’ail ou encore du cidre de pomme. Mais ce traitement doit être appliqué avant que la maladie ne se répande, sinon il devient inefficace”, souligne un apiculteur de la région de Béni Mellal.
Face à l’efficacité aléatoire des traitements à base de produits naturels, l’ONSSA traite les ruches situées dans la zone de séquestration à l’aide de produits agréés par la direction de l’élevage et sous la responsabilité du vétérinaire inspecteur.
La méthode d’application des deux traitements consiste en un dégouttement par injection à l’aide d’une seringue, entre les cadres occupés de la ruche.
Levée des mesures trois ans après l’infection
Les ruches traitées sont soumises à des visites sanitaires régulières pour évaluer l’efficacité du traitement. En cas d’éradication de la varroase de la zone de séquestration, la levée des mesures sanitaires appliquées est prononcée par le gouverneur, sur proposition du directeur de l’élevage, trois ans à compter du dernier cas de varroase dépisté dans ladite zone.
La longueur de la procédure a pour objectif d’éviter d’autres contaminations à cause de la transhumance des ruches. “Quand on déplace une ruche vers une autre zone pour que les abeilles puissent butiner d’autres espèces de fleurs, le risque qu’elle soit contaminée par la varroase à partir d’une ruche non traitée est important”, prévient l’apiculteur de la région d’Azilal.
C’est la raison pour laquelle les déplacements des ruches peuvent être effectués sous réserve des certificats sanitaires établis après visite du rucher par le vétérinaire inspecteur, dans les 15 jours précédant le déplacement.
Ce certificat comprend plusieurs renseignements (adresse, nombres de ruches, numéro de codification) et atteste que le rucher de provenance est indemne de varroase.
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