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Reportage. À Afourer, les dernières précipitations suscitent l'optimisme des agriculteurs

Après un été périlleux pour les exploitations agricoles, les récentes précipitations enregistrées à Afourer et sur la majeure partie de la région Beni Mellal Khenifra ont sauvé les cultures arboricoles du dépérissement. Cet épisode pluvieux aura également pour effet d'humidifier et d’assouplir la terre, à l’approche de la prochaine campagne céréalière.

Reportage. À Afourer, les dernières précipitations suscitent l'optimisme des agriculteurs

Le 27 septembre 2022 à 16h56

Modifié 28 septembre 2022 à 9h44

Après un été périlleux pour les exploitations agricoles, les récentes précipitations enregistrées à Afourer et sur la majeure partie de la région Beni Mellal Khenifra ont sauvé les cultures arboricoles du dépérissement. Cet épisode pluvieux aura également pour effet d'humidifier et d’assouplir la terre, à l’approche de la prochaine campagne céréalière.

Le sol à Afourer a rarement eu aussi soif qu'en cet été 2022. L’humidité a particulièrement été faible dans cette ville de la plaine de Tadla, distante d’une vingtaine de kilomètres de Béni Mellal.

Comme partout ailleurs dans la région de Béni Mellal, les arbres fruitiers (oliviers, grenadiers, citronniers...) et les cultures céréalières (maïs, céréales...) y sont abondants. Mais le manque de pluie y est également persistant depuis l’hiver dernier.

Selon les indications que nous avons déjà publiées, la baisse des précipitations dans le bassin hydraulique d’Oum Er Rbia, dont relève Afourer, est estimée cette année à 53 millions de m3. Le phénomène a été aggravé par les multiples épisodes caniculaires estivaux, qui ont fini d’assécher les terres agricoles et mis en danger les cultures arboricoles.

Sans surprise, les pluies enregistrées (11 mm) à Afourar, du dimanche 25 au lundi 26 septembre, étaient attendues avec fébrilité. “Nous n’avons plus connu pareilles précipitations depuis près d’un an. Les arbres fruitiers en avaient besoin urgemment”, témoigne un producteur de clémentines. Dans d'autres zones de la même région comme Azilal, le même épisode pluvieux s'est traduit par 34 mm de pluie, selon des relevés que nous avons consultés sur des plateformes internationales.

Perte de rendement et assèchement des arbres

Comme bon nombre d’exploitations arboricoles à Afourer, les clémentiniers de cet agriculteur n’ont pas été épargnés par les conditions climatiques extrêmes. “Un producteur de mandarines a perdu la quasi-totalité de ses arbres”, affirme-t-il, précisant que pour sa part, il prévoit une baisse drastique de rendement.

Lorsque l’eau est abondante et les précipitations régulières, les 2.216 clémentiniers entretenus par notre interlocuteur, sur une superficie de 2,7 hectares, “pouvaient avoir un rendement d’environ 100 tonnes. Cette année, je m’attends à une production inférieure à 30 tonnes”.

D’autant que le système d’irrigation au goutte à goutte qui serpente son verger, au pied des clémentiniers, ne lui a été d’aucun secours. “La terre était tellement assoiffée, et les températures caniculaires, que l’irrigation au goutte à goutte n’avait quasiment aucun effet sur les arbres. L’eau s'évapore avant d’atteindre les racines”, se désole notre interlocuteur.

“Et puis le système ne fonctionnait plus, car notre puits de 25 mètres s’est asséché”, ajoute-t-il. “Le temps de forer un second, d'une profondeur de 45 mètres pour atteindre l'eau, les arbres étaient quasiment morts.”

La réduction des rendements n’est pas l’unique incidence d'un climat sec sur les arbres fruitiers. On peut également citer le dépérissement des pousses, la diminution de la taille et du poids des fruits, ainsi que des répercussions négatives sur la qualité gustative.

Tarissement des réserves du barrage et de la nappe du Tadla

Afin de permettre aux arbres fruitiers de survivre et de poursuivre leur développement au cours des périodes de sécheresse, l’apport en eau est essentiel, à raison de 40 litres par semaine.

Face au manque de ressources hydriques souterraines, conséquence de la diminution du niveau de la nappe phréatique du Tadla, les ressources hydriques du barrage de Bine El Ouidane représentent, en temps normal, une alternative crédible.

Afourer est la première ville en aval de l'édifice qui se situe à une quarantaine de kilomètres, derrière les montagnes recouvertes par un intense brouillard, en cette matinée du lundi 26 septembre. D'ailleurs, les exploitations agricoles de la ville sont longées par des canaux censés y acheminer l'eau du barrage.

Or, seule une eau brunâtre stagne dans ces canaux en ciment. Une vision désespérante due au taux de remplissage du barrage de Bin El Ouidane qui est au plus bas (10,5 %), avec des réserves estimées à 126,5 millions de mètres cubes, sur une capacité de stockage de 1,2 milliard de m3.

Le tarissement des ressources de la retenue d’eau artificielle la plus proche, conjugué à la diminution du niveau piézométrique de la nappe phréatique de Tadla, conduit certains agriculteurs à faire appel à des camions citernes de 4 tonnes (4.000 litres), au prix de 70 DH/t.

Mais la majorité des arboriculteurs, qui n'en ont pas les moyens, sont devenus dépendants des précipitations, à défaut d’exploiter des ressources souterraines où il n'y a quasiment plus d'eau.

Des arbres à la vigueur et aux couleurs retrouvées

Bien que tardives, les dernières pluies sont bénéfiques pour les exploitations agricoles d'Afourer, qu'elles soient en bour ou irriguées. “Il est vrai que ces précipitations ne vont pas empêcher la flambée des prix de l'huile d'olive, car les arbres n'ont pas donné suffisamment de fruits à cause de la sécheresse”, déplore un oléicuteur.

Ce dernier précise qu'un kilogramme d'olives coûte actuellement 10 DH, contre 6 à 7 DH l'année dernière. Un montant auquel il faut ajouter 2 DH/kilo, correspondant au prix de la cueillette et de sa transformation en un or vert qui n’aura jamais aussi bien porté son nom.

“Mais les oliviers ont tout de même tiré avantage des récentes pluies, puisque les olives vont absorber de l'eau et deviendront plus juteuses. En plus, les arbres ont retrouvé de la vigueur et des couleurs en vue de la prochaine campagne oléicole”, rassure-t-il.

Par ailleurs, du fait de l'aridité du climat, “la poussière a tendance à se poser sur le feuillage des arbres, les empêchant ainsi de respirer et de se développer. Dans cette situation, le fruit peut exploser, se couper en deux ou bien pourrir”, décrit un producteur de grenades.

“Les dernières précipitations ont débarrassé le feuillage de la poussière et permis aux arbres de respirer”, se réjouit notre interlocuteur qui concède toutefois que le rendement de ses cultures risque d'être affecté.

Encourager l'ensemencement des céréales

À Afourer, les exploitations d'arbres fruitiers sont souvent adjacentes aux cultures céréalières. Coincé entre deux rangées d'oliviers, le champ d’une plante peu commune dans le paysage agricole local attire notre attention. Pour y accéder, il faut traverser un sol boueux. Du jamais vu depuis près d'un an.

En s'en approchant, on remarque qu'elle s'élève vers le ciel tout comme le maïs. Mais le sorgho, une céréale fourragère originaire d’Afrique du Sud-Est, ne produit pas d'épis à la différence du maïs. 

Plus robuste et plus résistant, le sorgho a aussi souffert cet été, mais beaucoup moins que son cousin éloigné sud-américain. Il est présenté comme une culture d’avenir, plus adaptée au dérèglement climatique. Ses atouts : consommer 40% d’eau en moins et mieux tolérer la chaleur.

Cela dit, sa progression est encore timide dans la région, “à cause de ses valeurs nutritionnelles inférieures à celles d'autres céréales fourragères destinées à engraisser les bêtes”, soutient un autre exploitant agricole, également éleveur de bétail.

Ici comme ailleurs dans la plaine du Tadla, les cultures de maïs et de blé prennent donc toujours le pas sur le sorgho. Cependant, la dernière campagne céréalière, inférieure aux attentes, fait hésiter plus d'un agriculteur.

“Les producteurs de céréales sont réticents à l'idée d'ensemencer cette année, car ils craignent des récoltes à perte comme lors de la précédente campagne”, souligne un producteur de maïs dont la dernière récolte n'a pas atteint 40 tonnes à l'hectare, en deçà de la moyenne de 55 t/ha. “En plus, la sécheresse a rendu les terrains agricoles très durs et difficiles à travailler”, argue-t-il.

“Les dernières précipitations vont donc non seulement rendre la terre plus souple pour l'ensemensage et les travaux du sol, mais aussi encourager les agriculteurs à miser sur les cultures céréalières, surtout si des précipitations similaires tombent lors des dix premiers jours d'octobre.”

En revanche, s'agissant de la betterave sucrière, qui fait également la renommée de la région, les agriculteurs que nous avons sondés sont unanimes : “Ce n'est plus une priorité. Cette culture demande d'importantes ressources hydriques (6.500 m3/ha ) qui manquent cruellement.”

Le prix du bétail en hausse malgré la disponibilité fourragère

À l'instar de la région de Béni Mellal-Khénifra, l'élevage de bétail est l'une des activités agricoles prisées à Afourer, ville dont les parcours naturels ont été les premiers à être impactés par le retard des pluies. En raison de l'indisponibilité des prairies où le cheptel peut se nourrir, les éleveurs sont obligés d'acheter un fourrage toujours plus cher.

“Actuellement, le fourrage coûte entre 400 DH et 450 DH/quintal”, nous indique l'éleveur d'ovins interrogé. Résultat, “les bêtes sont vendues au rabais parce que les éleveurs n'ont plus les moyens de les nourrir”.

Fort heureusement, l'effet de la pluie s'est fait sentir en particulier sur la luzerne fourragère. “Avant, elle était toute sèche et fade. Au lendemain des précipitations, elle a pris une couleur verte éclatante”, nous montre l'exploitant de clémentines, dont la terre est adossée à un champ de luzerne.

Mais est-ce une bonne nouvelle pour autant ? “Le prix du cheptel risque d'augmenter”, répond l'éleveur de bétail. Et d'argumenter : “Cette pluie suscitera l'espoir des éleveurs quant à la disponibilité de fourrage à bas prix. Dès lors, le coût de vente du cheptel risque d'exploser car la demande sera importante.”

Décidément, les récentes précipitations enregistrées à Afourer n'offrent pas que des avantages. Néanmoins, leur rareté est encore plus problématique. Une chose est sûre, le prochain épisode pluvieux est attendu avec impatience.

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