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Eau potable, irrigation : situation critique, voici ce qu'a dit Nizar Baraka en Conseil de gouvernement

Le ministre de l’Équipement et de l’eau a fait le point, ce vendredi 16 septembre en Conseil de gouvernement, sur la situation hydrique au Maroc. Voici ce qu’il faut retenir de sa présentation.

Eau potable, irrigation : situation critique, voici ce qu'a dit Nizar Baraka en Conseil de gouvernement

Le 16 septembre 2022 à 19h55

Modifié 18 septembre 2022 à 17h41

Le ministre de l’Équipement et de l’eau a fait le point, ce vendredi 16 septembre en Conseil de gouvernement, sur la situation hydrique au Maroc. Voici ce qu’il faut retenir de sa présentation.

  • Seulement 50 jours d'approvisionnement restant en eau potable pour le Grand Marrakech.
  • Les bassins hydrauliques de la Moulouya et d'Oum Er-Rbia sont dans une situation critique.
  • Le barrage Hassan Ad-Dakhil tire son épingle du jeu.

Le volume des ressources hydriques continue de diminuer au Maroc. Pour assurer l’approvisionnement en eau potable, le ministère puise dans les retenues des barrages agricoles, mais aussi dans les nappes souterraines, dont le niveau a baissé.

Bassins hydrauliques : la Moulouya et l’Oum Er-Rbia dans une situation critique

Dans sa présentation, dont Médias24 dispose copie, Nizar Baraka a souligné que les apports en eau ont enregistré une baisse estimée à 85% en moyenne dans la totalité des bassins hydrauliques du Royaume, et ce, depuis le 1er septembre 2021 jusqu’au 31 août 2022. Cette baisse atteint 92% à Bouregreg et 89% au Loukkos, à Sebou et à Souss-Massa.

Une situation principalement causée par la baisse des précipitations, allant de 20% dans le bassin Guir-Ziz-Ghriss à 54% dans les bassins de Souss-Massa et de la Moulouya. La situation devient même alarmante dans ce dernier, ainsi qu’à Oum Er-Rbia, avec des taux de remplissage respectifs de 8,8% et 6,8%.

Notons que la Moulouya couvre quasi totalement la région administrative de l’Oriental (provinces de Nador, Figuig, Jerada, préfecture d’Oujda-Angad, Berkane-Taourirt). Elle couvre aussi partiellement les régions de Meknès-Tafilalet (province de Khénifra), Taza-Al Hoceima-Taounate (province de Taza) et Fès Boulemane (province de Boulemane).

Quant au bassin d’Oum Er-Rbia, il alimente en particulier Beni-Mellal, Khouribga, Azilal, El Jadida, El Kelâa des Sraghna et Safi.

Le niveau des nappes phréatiques a baissé de plus de 3 mètres

Baraka a également souligné une baisse du niveau des nappes phréatiques,  entre 3 m et 6,85 m.

Les nappes concernées sont celles du Souss, Errachidia, Tadla, Berrechid, El Haouz, Saiss et Angad, mais en particulier celles de Jbel Lahmer (-6,04 m) et de Zagora (-6,85 m).

Cette situation, explique-t-il, résulte de la surexploitation des eaux souterraines, qui sont dédiées à l’irrigation et à l’approvisionnement en eau potable.

L’approvisionnement de l’axe Rabat-Casa Nord assuré jusqu’en juin 2023

Nizar Baraka est également revenu sur la situation des plus importants barrages du Royaume, alimentant les grandes villes.

Commençant par le barrage Mohamed Ben Abdellah, qui alimente l’axe Rabat-Casablanca Nord, et plus précisément les villes de Rabat, Salé, Témara, Skhirate, Bouznika, Mohammédia, Benslimane et Casablanca Nord, le ministre a fait savoir que ses réserves sont passées de 535 millions de m3 en septembre 2021, à 265 Mm3 le 14 septembre. Une quantité qui permettra d’assurer l’approvisionnement en eau jusqu’au mois de juin 2023, affirme Baraka.

Baraka confirme les informations dévoilées par Médias24 dans un article précédent, relatives à la diminution des réserves du barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah, qui s’est accélérée depuis juin. Un recul qui s’explique en partie par le déficit hydrique, mais principalement par le projet d’interconnexion avec Casablanca-Sud, augmentant la demande et la pression sur les réserves de ce barrage.

D’après ladite présentation, la sensibilisation des citoyens, par le ministère et d’autres organismes concernés par la problématique de l’eau, à la rationalisation de l’usage de cette ressource, l’amélioration du rendement des réseaux de distribution, ainsi que l’utilisation des eaux usées traitées dans l’arrosage des espaces verts et des golfs, ont permis d’économiser 15% des ressources de ce barrage.

Pour poursuivre l’approvisionnement en eau de cet axe, le ministre appelle notamment à l’accélération de la réalisation de la tranche urgente de l’interconnexion des bassins de Sebou et Bouregreg, avec un débit de 15 m3 par seconde.

Situation critique du barrage Al Massira

Les villes d’El Jadida, Safi, Sidi Bennour, El Youssoufia, Berrechid, Settat, Marrakech, Benguerir, Casablanca-Sud et d’autres régions avoisinantes sont, pour leur part, alimentées par le barrage Al Massira, dont les réserves sont passées de 264 Mm3 début septembre 2021 à 96,7 Mm3 au 14 septembre 2022.  Celles-ci permettront l’approvisionnement en eau du périmètre cité jusqu’au 15 novembre 2022.

Pour faire face à cette situation, le ministre appelle au :

– renforcement des contrôles afin d’interdire le pompage illégal sur ce périmètre ;

– renforcement de l’alimentation du barrage Al Massira à partir de Bin El Ouidane (60 Mm3) ;

– la mise en service de l’interconnexion entre les réseaux alimentant Casablanca (45 Mm3) ;

l’accélération du projet de dessalement de l’eau de mer à Casablanca, dont le démarrage des travaux est prévu en 2023 ;

– l’accélération de la réalisation des stations de dessalement de Safi et d’El Jadida par OCP, dont le démarrage des travaux est prévu respectivement courant 2022 et durant le premier trimestre 2023.

Comme mesures d’urgence sur ce périmètre, le ministère a arrêté l’approvisionnement des régions de Doukkala, Tassaout et Tadla en eau d’irrigation, où le besoin est estimé à 2.175 Mm3. Il a également procédé au transfert d’eau vers la ville de Marrakech, à partir du barrage Moulay Youssef (49 Mm3), au renforcement des contrôles quant à l’usage de l’eau, et au transfert de 100 Mm3 d’eau à partir du barrage Bin El Ouidane vers Al Massira.

À peine 50 jours d’approvisionnement assurés dans le Grand Marrakech

Au niveau du Grand Marrakech, qui englobe notamment les villes de Tamansourt, Loudaya, Esaada, Tameslouht, Ait Ourir, Sidi Ben Abdellah Khiat et Tahanaout, le besoin en eau est estimé à 80 Mm3, selon le ministère de l’eau.

Les réserves des barrages alimentant ce périmètre sont actuellement de 30 Mm3, contre 130 Mm3 en septembre 2021, permettant l’approvisionnement en eau jusqu’au 10 novembre 2022 (soit 50 jours seulement).

La situation devient donc alarmante. C’est pourquoi le ministère appelle à renforcer l’approvisionnement du Grand Marrakech à partir des barrages Moulay Youssef et Al Massira, à exploiter les eaux souterraines selon le programme établi par les producteurs et distributeurs d’eau potable, mais aussi à renforcer le contrôle sur les canaux de la Rocade et de la Tassaout.

Différentes mesures ont par ailleurs été entreprises par le ministère pour approvisionner le Grand Marrakech en eau potable ; notamment la réalisation de trous d’eau, l’interconnexion entre les différents réseaux de distribution de la ville, ainsi qu’un audit auprès des cent établissements publics et semi-publics les plus consommateurs d’eau.

Mobilisation des eaux souterraines dans l’Oriental

Pour ce qui est de la région de l’Oriental, le ministère a mobilisé les eaux souterraines pour alimenter des villes d’Oujda, Laâyoune, Taourirt et Guercif en eau potable.

Depuis février 2022, il a également alimenté certaines villes à partir de stations de pompage dédiées à l’irrigation. Dans le détail, il s’agit des villes de :

– Nador et Driouch, qui sont alimentées depuis la station Ouled Settout, à raison de 1.100 l/s ;

– Berkane et Ras El Ma, qui le sont à partir de la station de pompage Moulay Ali, à raison de 400 l/s. 

Le ministère a également procédé à l’acquisition d’unités mobiles pour la déminéralisation de l’eau saumâtre à Berkane, Nador et Driouch.

Nizar Baraka a par ailleurs noté qu’en septembre 2021 les réserves du barrage Mohammed V et Machraâ Hamadi, alimentant la région, étaient d’à peine 40 Mm3.

Le barrage Hassan Ad-Dakhil tire son épingle du jeu

Les réserves du barrage Hassan Ad-Dakhil, alimentant la région d’Errachidia-Tafilalet (plus précisément les villes d’Oufous, Arfoud, Al Jorf, Rissani, et Merzouga), se sont quant à elles améliorées.

Alors qu’elles s’élevaient à 45 Mm3 au mois de septembre 2021, elles ont augmenté à 61,7 Mm3 au 14 septembre 2022. Cela est du à l’amélioration des retenues du bassin hydraulique de Guir-Ziz-Ghriss.

Pour maintenir cette situation favorable, le ministère appelle à poursuivre l’équipement des puits et trous d’eau, afin d’exploiter les eaux souterraines mobilisées, mais aussi à mobiliser des eaux souterraines supplémentaires, à travers des trous d’exploration (147 l/s).

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