Nadia Fettah Alaoui : “L'économie marocaine est résiliente et l'État continuera à investir“
C'est un message d'optimisme que Nadia Fettah Alaoui a voulu adresser à la communauté des affaires, à l'occasion de l'étape de Tanger des Régionales de l'investissement, une tournée organisée par la Banque populaire. La ministre de l'Economie et des finances y a exposé les orientations du gouvernement en termes d'investissement.
- Malgré les prévisions d'une faible croissance, l'économie marocaine a montré sa résilience.
- Le Maroc conserve la confiance des partenaires internationaux.
- L'investissement public se poursuivra dans le chantier des secteurs sociaux.
- Fonds Mohammed VI pour l'investissement : un grand travail a été réalisé en back-office, aucune visibilité sur la date de lancement.
Face au discours ambiant pessimiste sur fond de difficultés économiques au niveau mondial, Nadia Fettah Alaoui tient à rassurer les opérateurs quant à la résilience de l’économie marocaine et à l’engagement de l’Etat d’investir dans les secteurs sociaux et dans la compétitivité des entreprises.
La ministre de l’Economie et des finances a rappelé les chiffres du FMI. Ceux-ci font état d’un ralentissement de la croissance mondiale, qui devrait tomber à 3,2% en 2022, contre 6,2% en 2021. Le Maroc n’échappe pas à cette tendance puisque le taux de croissance pour 2022 est actuellement estimé entre 1% et 1,5%, alors que la loi de Finances a été élaborée pour un taux de croissance de 3,2%.
Pour Nadia Fettah Alaoui, il n’est pas question que les difficultés actuelles hypothèquent l’avenir et les choix sociaux du pays. “Tout le monde est d’accord sur le constat. Le Maroc a des fragilités dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’enseignement supérieur. C’est le moment de les rétablir. Il ne faut pas passer dessus.”
“Toutefois, il faudra préserver les équilibres. Il faut trouver les bonnes solutions et rester dans les limites du raisonnable”, a-t-elle ajouté.
L'économie marocaine, résiliente, conserve la confiance des partenaires internationaux
“La séquence d’événements mondiaux qui caractérisent la crise actuelle a fait prendre conscience du danger de la dépendance vis-à-vis de l’étranger. En période de crise, c’est le chacun pour soi qui prévaut”, a souligné la ministre.
Elle estime que le Maroc a montré une certaine résilience face à cette situation, qui confirme la pertinence des choix faits par l’Etat, notamment en termes de diversification de l’économie, d’investissement dans les infrastructures et de force du secteur financier.
“À part l’agriculture, tous les secteurs ont repris ; c’est ce qui permet d’avoir la croissance de 1% prévue. La crise de l’agriculture causée par la sécheresse a détruit beaucoup d’emplois, dont une partie a été reprise par des industries comme le textile qui en a beaucoup créé”, a déclaré Nadia Fettah Alaoui.
Elle considère que le Maroc dispose aujourd’hui de bons fondamentaux en matière industrielle, qu’il s’agit désormais d’accélérer.
Le Maroc a aussi montré une certaine capacité à dialoguer en interne. “Pendant la crise, les parties prenantes ont pu discuter, relativement sereinement, qu’ils soient gouvernement, syndicats, banques, institutions publiques, etc. C’est un atout majeur de notre pays.”
Tous ces éléments font que le Maroc garde la reconnaissance et la confiance des institutions internationales.
“Pendant cette crise, l’Etat s’est montré présent à travers le soutien à l’économie et aux ménages. Dans l’agriculture, 10 milliards de dirhams ont été mobilisés, pas entièrement sur le budget de l’Etat, mais qui ont permis de sauver les cultures printanières.”
“Dans le tourisme, le choix a été fait de les soutenir dès le départ, afin de préserver les emplois et de conserver le capital humain. C’est passé également par le soutien à l’investissement dans la rénovation et dans les infrastructures.”
La ministre a également révélé que l’aide octroyée aux professionnels du transport public et de marchandise a coûté à l’Etat près de 2,5 milliards de dirhams ; un chiffre qui devrait doubler dans les prochains mois.
Cela a été rendu possible en partie grâce à une hausse des recettes de l’Etat de 15% par rapport à l’an dernier, contre une hausse des dépenses de 12%.
Le gouvernement gardera le cap en matière d'investissement public
Nadia Fettah Alaoui en a profité pour annoncer que le gouvernement n’avait aucune intention de réduire le rythme des investissements publics, qui sont en augmentation par rapport à 2021. Elle a toutefois insisté sur la nécessité que ces investissements aient un impact de manière à créer un effet de ruissellement sur l’économie.
La volonté d’inverser le ratio de l’investissement entre public et privé (les deux tiers pour le public), à travers la nouvelle Charte de l’investissement, ne va pas se faire au détriment de l'investissement public. Ce sera plutôt à l’investissement privé d’accélérer sa croissance pour atteindre cet objectif, a-t-elle précisé.
“L'Etat continuera à investir dans ses missions régaliennes, dans le développement des infrastructures, pour préparer les conditions de compétitivité et régler les problèmes majeures comme celui de l'eau.” Néanmoins, le Maroc devrait, selon la ministre, associer de plus en plus de partenaires privés mondiaux expérimentés et qualitatifs sur les grands projets, mais également les PME marocaines au niveau des territoires.
Le Fonds Mohammed VI pour l'investissement, une volonté de structuration pour assurer un bon départ
Interrogée sur l’avancement du projet de création du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, Nadia Fettah Alaoui a confié que “beaucoup de travail a été fait en back-office pour structurer le projet”.
Elle a annoncé que ce sera un fonds souverain marocain, sous forme de holding. Le ministère travaille actuellement à composer un advisory board qui se tiendra aux côtés du conseil d’administration, afin de le doter de l’expertise et du réseau nécessaire à la réussite d’un tel chantier.
Le ministère s’oriente également vers la création de fonds thématiques sectoriels, auxquels devra contribuer le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, notamment dans les secteurs du tourisme et de l’agriculture qui auront besoin d’un traitement spécifique.
Pour les autres secteurs comme les infrastructures, l’écologie et le digital, le fonds veut créer les conditions nécessaires pour pouvoir amorcer l’activité, notamment en identifiant les expertises métier nécessaires, qui devront juger de la pertinence des investissements et assurer un accompagnement aux entreprises.
L’objectif est de disposer d'un portefeuille diversifié, qui arrive à intégrer les chaînes de valeur. C’est la raison pour laquelle les institutionnels et le secteur privé ont été associés à la démarche. Les institutions de financement internationales ne sont pas en reste, puisqu’elles y accordent un grand intérêt, a indiqué la ministre.
Toutefois, elle a refusé de communiquer un calendrier concernant l’opérationnalisation du fonds.
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