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Casablanca. Ces démolitions qui menacent de faire tomber tout un pan de l’industrie marocaine du marbre

À Lissasfa et dans d’autres secteurs de la région casablancaise, des unités de marbre autorisées depuis plus de vingt ans sont rattrapées par la reconfiguration urbaine de la métropole. Faute de solution de relocalisation immédiate, les démolitions engagées par les autorités exposent les entreprises concernées à une rupture brutale d’activité, avec des marchés publics à honorer, des fournisseurs à payer et plusieurs centaines d’emplois en suspens. Désormais, les marbriers redoutent qu’une opération d’aménagement ne se transforme en crise industrielle.

Casablanca. Ces démolitions qui menacent de faire tomber tout un pan de l’industrie marocaine du marbre
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Le 5 mai 2026 à 15h02 | Modifié 5 mai 2026 à 15h58

Une dizaine d'entreprises spécialisées dans le marbre, dans la région de Casablanca, ont récemment fait l’objet d'une série d'opérations de démolition. Ces démolitions s’inscrivent dans le cadre du méga-chantier ouvert par les autorités pour la reconfiguration urbaine de la capitale économique.

 

Des décisions de démolition et de retrait d'autorisations, prises par les autorités communales, ont créé une situation d’incertitude pour les entreprises restantes, qui attendent de connaître leur sort dans les prochaines semaines.

Situées dans le secteur de Lissasfa sur des axes historiquement consacrés à cette activité, ces entreprises ne disposent, à ce jour, d’aucune alternative viable pour délocaliser leur activité à court terme.

Pour les professionnels du secteur, faute de solution de relocalisation, cette situation précipite inévitablement ces entreprises vers la faillite. Elles sont confrontées à des engagements financiers importants envers leurs fournisseurs et leurs clients, sans compter l'impact social majeur sur plusieurs centaines de salariés.

Interrogé par nos soins, Mbarek El Baraka, directeur de l'association ASCALE des professionnels et entrepreneurs du marbre, granit et porcelaine au Maroc, qui regroupe plus de 140 entreprises, revient sur cette crise qui frappe les marbriers de Casablanca.

Une crise sans précédent pour la profession

"En tant qu'association, nous avons pris la responsabilité d'encadrer les professionnels en priorité et de relayer leurs revendications auprès des autorités et des instances compétentes. Or, le problème auquel nous faisons face aujourd'hui est de grande ampleur. Plusieurs professionnels se voient retirer leurs autorisations et leurs unités sont détruites", déclare Mbarek El Baraka.

Notre interlocuteur insiste sur un point essentiel : il ne s'agit pas d'unités informelles. "Ceux qui subissent ces démolitions sont des entreprises à part entière, en règle, disposant de l'ensemble de leurs documents et autorisations communales d'exploitation. De A à Z, elles s'acquittent de leurs impôts et de leurs charges, et génèrent un chiffre d'affaires considérable", précise-t-il.

Le problème est avant tout d'ordre urbanistique. Il tient au fait que la vocation urbaine actuelle de la zone n'est pas compatible avec l'activité de ces unités. La rénovation urbaine en cours vise à traiter les usages jugés non conformes, afin de rendre l'espace urbain plus organisé, plus fonctionnel et mieux adapté aux nouveaux besoins de la ville.

Autorisées à s'implanter dans ces zones il y a plus de vingt ans, ces unités marbrières se retrouvent aujourd'hui sans solution de relocalisation. Par conséquent, faute d’alternative, les entreprises qui choisiront de poursuivre leur activité n'auront d'autre choix que de rechercher un foncier industriel devenu à la fois rare et coûteux, ou de se réimplanter dans une autre zone où leur activité n'est pas autorisée. Une solution qui, en réalité, ne ferait que reporter le problème sans le résoudre.

À ce jour, aucune alternative concrète ne leur est proposée. Les professionnels, réunis au sein de l'association, ne réclament pourtant aucune faveur, mais simplement une zone autorisée leur permettant de poursuivre leur activité dans la légalité. Sans accompagnement, la délocalisation vers les quartiers industriels reste difficilement envisageable, compte tenu des prix actuels du foncier industriel à Casablanca et de la nécessité de disposer d'au moins 5.000 m² pour pouvoir exercer ce type d'activité.

Au-delà de la démolition elle-même, ce sont surtout ses conséquences en chaîne qui inquiètent les opérateurs. "La majorité d'entre nous est engagée sur des marchés publics. Si mon entreprise est détruite, comment puis-je honorer mes livraisons envers l'État ? L'administration ne cherchera pas à comprendre et appliquera le contrat à la lettre. Je me retrouverai alors avec des pénalités de retard impossibles à payer", alerte Mbarek El Baraka.

À ces engagements contractuels s'ajoutent les obligations envers les fournisseurs et les clients privés, ainsi que la masse salariale de plusieurs centaines d'employés dont le sort se joue à très court terme.

Face à cette impasse, l'association qui fédère ces entreprises plaide pour l'octroi d'un délai et la suspension de ces démolitions qui compromettent la viabilité des sociétés concernées.

"Nous ne refusons pas la relocalisation, bien au contraire. Nous demandons uniquement qu'un délai nous soit accordé jusqu'à ce qu'une alternative soit disponible. À défaut, nous appelons les autorités à collaborer avec nous pour identifier de nouveaux terrains. Il est important de souligner que nous sommes prêts à acquérir ces nouveaux espaces par nos propres moyens ; nous ne réclamons aucune gratuité", tient à préciser Mbarek El Baraka.

En attendant, l'association multiplie les démarches institutionnelles. "Nous avons saisi les autorités par écrit à ce sujet, avec pour premier objectif d'obtenir la suspension de ces démolitions".

Solutions proposées, réalité du terrain : le compte à rebours des marbriers

Face à cette situation, le ministère de l'Industrie et du commerce a déjà rencontré les professionnels du secteur et leur a proposé trois zones industrielles, à condition qu'ils s'engagent à les exploiter effectivement. Il s'agit des zones de Aïn Tizgha dans la province de Benslimane, de Moualines El Oued à Tit Mellil, et de Bir Jdid au sud de Casablanca.

Saluées par l'association ASCALE, ces propositions restent toutefois à l'étude au niveau du ministère. Leur aménagement effectif nécessitera encore plusieurs mois, un délai incompatible avec l’urgence à laquelle font face les entreprises actuellement visées par les démolitions.

"Aujourd'hui, nous cherchons à apporter nous-mêmes une solution. Nous prospectons un terrain adéquat que nous achèterions et aménagerions sur nos fonds propres ; cela ne nous pose aucune difficulté. Tout ce que nous demandons, c'est l'appui de la chambre de commerce et d'industrie pour faciliter les démarches administratives et obtenir l'autorisation d'exercer", explique Mbarek El Baraka.

En l'absence d'alternative à court terme, l'association plaide pour l'octroi d'un délai, plutôt que pour des démolitions menées sans solution transitoire, menaçant la survie de pans entiers du secteur.

"Au fond, nous ne demandons pas la lune. Nous voulons simplement qu'on nous facilite l'installation dans une zone industrielle. Et si ces zones ne sont pas prêtes, qu'on nous accorde un délai de grâce en attendant qu'elles le soient. Ou alors, si nous décidons de chercher nous-mêmes un terrain pour y installer nos projets, voire créer notre propre zone industrielle, qu'on nous appuie en accélérant les procédures administratives", ajoute-t-il.

Sur un autre registre, le ministère de l'Industrie et du commerce et l'association ASCALE collaborent, depuis plusieurs années déjà, à promouvoir le made in Morocco dans la filière du marbre. Bien avant l'éclatement de la crise actuelle, les deux parties avaient lancé, dans le cadre d'un partenariat public-privé, le projet du Pôle industriel du marbre Casablanca-Settat.

S'étendant sur 50 hectares, ce pôle devrait accueillir plus de 120 entreprises et générer près de 6.800 emplois, soit le double des effectifs actuellement employés par la filière. Il ambitionne de couvrir toute la chaîne de valeur, de l'extraction en carrière à la commercialisation, en passant par la découpe, le traitement et la fabrication de produits finis. À terme, il permettrait d'approvisionner le marché local et de se positionner à l'export sur le marbre, le granit et le carrelage.

Stratégique tant par son envergure que par sa vocation, le Pôle industriel du marbre Casablanca-Settat apparaît aujourd'hui comme l'issue la plus crédible pour ces entreprises menacées. Mais entre le calendrier du projet et celui des démolitions, l'écart se creuse. Si les opérations se poursuivent au rythme actuel, c'est une part importante des investissements consentis par le secteur qui risque d'être anéantie, avec les très petites entreprises en première ligne.

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