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Le mariage par reconnaissance de dette, l'autre forme du mariage de mineures

L'émission '45 minutes', diffusée dans la soirée du dimanche 17 juillet sur la chaîne Al Oula, a mis en lumière une forme peu connue bien que répandue du mariage des mineures. Cette union illégale dite "mariage par contrat", aux répercussions néfastes sur les jeunes filles, est fondée sur une reconnaissance de dette signée entre le père et le futur mari.

Le mariage par reconnaissance de dette, l'autre forme du mariage de mineures
(Archives MAP)
Rédaction Medias24
Le 19 juillet 2022 à 11h43 | Modifié 19 juillet 2022 à 11h43

Le mariage par contrat est l'une des manifestations du mariage de mineures les moins médiatisées. "Environ 12.000 mariages de mineures sont encore recensés chaque année au Maroc, parmi lesquels un nombre difficile à recenser de mariages par contrat", révèle à Médias24, Yassine Omari, rédacteur en chef et présentateur de l'émission '45 minutes'. L'édition, diffusée ce dimanche 17 juillet sur la chaîne Al Aoula, s'est penchée sur ce fléau qui sévit principalement dans les régions rurales et précaires.

Le mariage par contrat prend la forme "d'une reconnaissance de dette dont le montant peut varier. Elle est signée entre le mari et le père avant d'être légalisée", explique Hafida Chahra, militante, au cours de l'émission. "En cas de divorce, le mari doit rembourser au père le montant de la dette ou du chèque bancaire, qui représente une garantie", précise la coordinatrice de l'Association des jeunes avocats à Khémisset.

Les raisons de ce phénomène, très répandu dans les zones rurales d'Oulmès et de Tiddas, sont multiples, et notamment d'ordre social. "Les filles mineures sont confrontées à des croyances sociales machistes, selon lesquelles une fille doit se marier avant d'atteindre les 18 ou 20 ans", déplorent à l'unisson plusieurs intervenants dans l'émission '45 minutes'.

"Nous vivions modestement quand mon père a décidé que je devais me marier. Notre situation précaire l'y a certainement poussé", se souvient l’une des jeunes femmes qui ont accepté de témoigner sous couvert d’anonymat. "Convaincre ces femmes de s'exprimer n’a pas été une mince affaire", nous explique Yassine Omari. "Mais elles ont été convaincues que leurs témoignages pouvaient éviter à d’autres filles de vivre les même malheurs."

Maltraitées, les jeunes filles mineures, mariées de force, préfèrent taire leur souffrance par peur du scandale. Et quand elles ne sont pas victimes de sévices physiques, elles sont tout simplement abandonnées. "Mon père a décidé que je devais me marier à un homme du village après avoir signé un contrat de 40.000 DH, sous la forme d’une reconnaissance de dette", explique l’une des victimes. "Quelques mois plus tard, mon mari m’a abandonnée pour émigrer vers l'Italie."

Sur un plan juridique, cette forme d’union n’a aucune valeur. D’une part, car l'âge légal du mariage est fixé à 18 ans. Et, d’autre part, car aucun contrat de mariage légal n’est signé entre les deux parties, contrairement au dispositions du Code de la famille. L'article 20 stipule en effet que le juge de la famille chargé du mariage peut autoriser le mariage d'un garçon et d'une fille avant l'âge de la capacité matrimoniale, tout en précisant l'intérêt et les motifs justifiant ce mariage.

A l’évidence, le phénomène du mariage de mineures par reconnaissance de dette n'entre dans aucune de ces cases. Il est considéré comme de la traite humaine par l’ensemble des acteurs associatifs sondés lors de la réalisation de l’émission.

Seule note positive, "les autorités ont pris le problème à bras-le-corps pour en diminuer la portée", assure le rédacteur en chef de l’émission '45 minutes'. "Pour preuve, les mariages de mineures recensés au Maroc chaque année ont diminué de 30.000 à 12.000", conclut-il en espérant que l'émission ait un écho suffisant pour que le mariage des mineures ne soit plus qu'un mauvais souvenir.

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Rédaction Medias24
Le 19 juillet 2022 à 11h43

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