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Critiquée par l'Occident, la présidente de Tanzanie en visite en Russie

Critiquée par l'Occident, la présidente de Tanzanie en visite en Russie
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Le 3 juin 2026 à 2h52

La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan, dont la réputation en Occident est ternie par la répression sanglante lors de son élection à l'automne, entame mercredi une visite d'Etat de trois jours en Russie auprès de Vladimir Poutine.

La Russie, critiquée pour ses multiples exactions depuis son invasion de l'Ukraine en 2022, avait été l'un des premiers pays à féliciter Mme Hassan pour son succès électoral du 29 octobre, obtenu officiellement avec quelque 98% des suffrages.

La Tanzanie avait été secouée l'automne dernier par plusieurs journées de chaos, marquées par des violences policières, après les scrutins législatif et présidentiel jugés frauduleux par des observateurs internationaux.

Entre 1.000 et 2.000 manifestants hostiles au pouvoir avaient été tués par les forces de sécurité, selon des sources diplomatiques. Une commission d'enquête mise en place par le pouvoir, dont l'opposition dénonce l'absence d'indépendance et d'impartialité, a pour sa part recensé en avril 518 morts et 2.390 blessés.

A la suite de ces violences, les États-Unis avaient annoncé vouloir revoir leurs relations avec la Tanzanie. La semaine dernière, Washington a sanctionné un haut responsable de la police pour des actes de torture commis sur deux défenseurs des droits humains.

"Que le mot +démocratie+ ne vienne pas salir nos pays ni leurs traditions et coutumes", avait répliqué Samia Suluhu Hassan début mai.

"La démocratie n'a pas de formule fixe. La démocratie en Occident est différente de la nôtre ici", avait-elle poursuivi, appelant à "battre à coups de bâton" la jeunesse "irrespectueuse" pour la "remettre dans le droit chemin".

La cheffe de l'Etat se tourne vers la Russie et entame mercredi un déplacement qualifié d'"historique" par ce pays d'Afrique australe.

La dernière - et seule - visite officielle d'un président tanzanien à Moscou remontait à octobre 1969, lorsque le premier dirigeant post-indépendance et chantre d'un socialisme africain, Julius Nyerere, s'était rendu dans la capitale de l'URSS.

- Russie "opportuniste" -

La visite de Mme Hassan vise à renforcer la "longue relation diplomatique, politique et économique" entre les deux pays et à promouvoir "une Tanzanie pacifique, stable politiquement et accueillante pour les investisseurs", explique un communiqué du gouvernement tanzanien.

Les échanges commerciaux entre les deux pays, plutôt restreints, s'élèvent actuellement à environ 307 millions de dollars par an (264 millions d'euros), selon la Tanzanie, bien loin des 5 milliards de dollars (4,3 milliards d'euros) annuels provenant du commerce bilatéral avec la Chine par exemple.

Le seul projet concret entre les deux nations reste le développement d'une mine d'uranium par la Russie. Mais les discussions traînent depuis plus de dix ans.

Un Conseil d'affaires Russie-Tanzanie a toutefois été créé en janvier. Le mois dernier, la compagnie aérienne publique Air Tanzania a annoncé le lancement d'ici fin 2026 de vols entre la capitale économique Dar es Salaam et Moscou.

La venue de Mme Hassan à Moscou peut permettre à la Tanzanie de "se diversifier, notamment économiquement", estime un universitaire tanzanien contacté par l'AFP.

"De son côté, la Russie a besoin de soutien avec le contexte de guerre en Ukraine, même si c'est simplement pour s'assurer un vote d'abstention supplémentaire aux Nations unies", ajoute-t-il tout en requérant l'anonymat par crainte de représailles. Un indice du climat régnant en Tanzanie.

"La Russie est opportuniste, cette visite ne lui coûte et ne lui rapporte pas grand-chose, mais elle profite d'une administration (tanzanienne) affaiblie", affirme de son côté Fergus Kell, chercheur du centre de réflexion britannique Chatham House.

La Russie, critiquée par de nombreuses ONG pour son recours à la désinformation en ligne, s'invite depuis 2024 dans les médias tanzaniens en proposant des formations journalistiques dispensées par la chaîne russe RT.

Jugée comme un outil de propagande russe, RT est interdite de diffusion dans l'Union européenne ainsi qu'au Royaume-Uni et au Canada.

L'ouverture d'un bureau du média d'Etat Sputnik est également prévu prochainement à Dar es Salaam.

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Le 3 juin 2026 à 2h52

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