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Hausse du dollar par rapport au dirham : une nouvelle pression sur le pouvoir d’achat des Marocains

La forte hausse du dollar par rapport à l’euro a entraîné dans son sillage une dépréciation de la monnaie nationale face au billet vert. Au grand dam du consommateur marocain qui devra, en plus de l’inflation qui s’installe, payer encore plus cher pratiquement tout ce que le pays importe de l’étranger.

Hausse du dollar par rapport au dirham : une nouvelle pression sur le pouvoir d’achat des Marocains

Le 11 juillet 2022 à 17h32

Modifié 11 juillet 2022 à 17h32

La forte hausse du dollar par rapport à l’euro a entraîné dans son sillage une dépréciation de la monnaie nationale face au billet vert. Au grand dam du consommateur marocain qui devra, en plus de l’inflation qui s’installe, payer encore plus cher pratiquement tout ce que le pays importe de l’étranger.

Les perturbations de la planète éco en cette année 2022 se poursuivent et apportent chaque jour leur lot de mauvaises nouvelles.

Après la pandémie du Covid, le lock down économique, l’inflation galopante et la hausse des prix des produits énergétiques, des matières premières et des produits alimentaires, voici un nouveau phénomène monétaire qui vient compliquer les choses : la très forte hausse du dollar sur les marchés internationaux.

Le dollar qui se négociait à 0,88 euro en début d’année, il n’y a même pas six mois, est passé en quelques jours à 1,01 euro. Du jamais vu depuis octobre 2002 selon l’historique de données consulté par Médias24 sur le site de l’INSEE.

Notre monnaie nationale, le dirham, dont le cours de référence est toujours calculé sur la base d’un panier de devises, pondéré à hauteur de 60% en euros et 40% en dollars, n’est pas restée insensible à ce mouvement brusque.

Le dollar américain, qui s’achetait et se vendait à moins de 10 dirhams depuis de longues années, vaut désormais 10,16 dirhams selon le cours de référence publié par Bank Al-Maghrib ce vendredi 8 juillet.

« Un effet mécanique », commente le professeur Omar Bakou, économiste spécialisé dans la politique de changes et auteur de deux ouvrages de référence sur le sujet. « Quand le dollar monte par rapport à l’euro, automatiquement le dirham se déprécie par rapport au dollar et s’apprécie par rapport à l’euro. C’est l’effet panier. »

Et cette tendance ne risque pas de s’inverser de sitôt, Omar Bakou évoquant un nouveau cycle dans l’économie mondiale, qui sera caractérisé par un dollar de plus en plus fort. Et donc pour nous, un dirham de plus en plus faible.

Trois éléments expliquent cette nouvelle donne monétaire selon lui :

1- Un effet monétaire dû à la hausse des taux de la FED dans sa volonté énergique de stopper l’inflation.  « Beaucoup de fonds internationaux font des arbitrages en faveur de la zone dollar par rapport à la zone euro. Ce sont des fonds à court terme généralement, qui migrent rapidement suivant les variations des taux entre les USA et l’Europe. Et l’arbitrage se fait actuellement en faveur du dollar où les taux ont augmenté rapidement, rendant les placements en dollars plus attractifs », explique notre expert.

2- L’effet de la hausse des prix des produits énergétiques, le pétrole et le gaz notamment, qui ont un impact direct, selon Omar Bakou, sur les réserves monétaires des Etats-Unis. Il cite l’exemple de l’Arabie Saoudite qui garde une grande partie des recettes tirées des exportations de pétrole en dollars dans les banques américaines. Des recettes qui ont fortement augmenté ces derniers mois avec l’explosion du prix du baril.

3- L’effet de l’incertitude qui plane sur l’économie mondiale, qui renforce de plus en plus le dollar dans son rôle de valeur refuge. Surtout, quand en face, dans la zone Euro, les anticipations ne sont pas optimistes, avec le spectre d’une récession plus importante qui se dessine, et d’une politique monétaire qualifiée par les investisseurs de peu crédible. « Les gens n’ont pas particulièrement confiance en la zone euro où il y a des doutes sur son éclatement, avec cette guerre qui se joue dans ses frontières, ainsi que le risque de récession qui plane sur la zone », précise Omar Bakou.

Les Européens, qui se sont habitués depuis deux décennies à un euro plus fort que le dollar, vivent mal cette situation. Les taux d’intérêts plus élevés venant des Etats-Unis et des perspectives de croissance en décélération avec la guerre en Ukraine ont conduit à une fuite massive des capitaux, qui quittent l’Europe pour se réfugier sous des cieux plus cléments. Les taux d’intérêt américains sont passés de 1% en 2020 à près de 3% en 2022, soit +300% en 24 mois. Au moment où la BCE semble tarder à prendre le taureau par les cornes, se préparant à une petite hausse de son taux directeur en ce mois de juillet, suivie par une seconde hausse en septembre.

Tous ces éléments réunis montrent que ce changement de parité Euro/Dollar n’est pas juste un mouvement spéculatif qui passera rapidement, mais un mouvement de fond appelé à perdurer.

Un trader sur le marché marocain confirme cet état de fait : « La parité EUR/USD est au plus bas depuis près de vingt ans. C’est dû principalement au fait que les investisseurs pricent une récession beaucoup plus importante que ce qui était prévu. La BCE prévoit certes d’augmenter ses taux directeurs en juillet et septembre, mais cette perspective, qui devait impacter à la hausse l’euro, n’a pas eu d’effets. Les inquiétudes sur une récession plus importante en zone euro ont pris le dessus, et il y a une orientation massive vers les valeurs refuge, le dollar à leur tête, surtout après la hausse des taux de la FED. »

Le Maroc paiera ses importations plus cher

Pour le Maroc, cette tendance monétaire n’est pas une bonne nouvelle. Surtout dans un contexte de hausse des prix et de baisse du pouvoir d’achat des consommateurs.

« L’effet sera direct. L’appréciation du dollar par rapport au dirham va aggraver le coût des importations et ajouter une nouvelle pression à la hausse sur les prix dans le marché domestique, notamment sur les produits énergétiques, alimentaires, les produits d’équipements… », note l’économiste Omar Bakou.

Grand importateur en dollars, le Maroc devra ainsi payer ses importations plus cher qu’auparavant. Gasoil, essence, blé, métaux industriels, matières premières… Les prix déjà au plus haut vont encore se renchérir, effet de change oblige. Ce qui impactera directement les dynamiques de la consommation dans le pays.

Omar Bakou signale par ailleurs que les exportateurs vont bénéficier de cette nouvelle donne, notamment le secteur minier (phosphates et autres minerais marocains…), mais au vu de la balance commerciale déficitaire du pays, le jeu ne sera pas à somme nulle, mais négatif dans sa globalité.

En plus donc de l’effet sur les prix, la consommation, un effet négatif sur la balance des paiements du pays, ses réserves en devises, est à prévoir. Mais pas tout de suite, tiennent à préciser notre économiste et notre source du marché.

« Nous sommes dans une période où l’impact de changement de parité ne risque pas d’impacter lourdement la balance des paiements. En période estivale, la balance des paiement se porte toujours mieux que sur le reste de l’année grâce aux entrées de devises venant des MRE et du tourisme », explique Omar Bakou.

Notre source au marché confirme cette analyse, expliquant que depuis l’élargissement de la bande de fluctuation du dirham, l’effet panier n’est pas le seul déterminant de la valeur du dirham, l’effet liquidité étant entré en jeu. « En cette période estivale, il n’y aura pas de tension sur les liquidités. Ce qui peut amortir un peu cette dépréciation du dirham par rapport au dollar, mais pas au point de l’effacer complètement. Il faut rester très vigilant », estime notre trader.

La prudence de Jouahri sauve encore la mise

Et la situation aurait pu être encore plus compliquée si le dirham était totalement livré au marché. Ce qui donne encore une fois raison au wali de Bank Al-Maghrib qui a toujours affiché une certaine prudence dans l’élargissement de la bande de fluctuation du dirham ou le passage à une étape plus évoluée dans la réforme du système de change. Une prudence que le FMI et les institutions internationales ne comprenaient pas, le Maroc remplissant à leurs yeux tous les prérequis pour aller encore plus loin dans la politique de libéralisation du dirham.

Résistant à leurs recommandations insistantes, Jouahri disait tout haut que le Maroc n’était pas encore prêt et expliquait que le pays ne pouvait pas s’aventurer sur cette voie en ces moments d’incertitudes économiques. Et les faits lui ont donné raison…

« Ce qui se passe montre que le moment n’était pas du tout en faveur d’un élargissement de la bande de fluctuation du dirham. Car le dirham risquait de se déprécier fortement face à l’envolée du dollar et aggraver davantage le phénomène de la cherté des prix et de la baisse du pouvoir d’achat, tout en générant un mouvement spéculatif sur le marché national. Heureusement que la bande de fluctuation du dirham est encore limitée à 5% (+2,5 à la hausse et -2,5% à la baisse). Il y a un mois et demi déjà, le dirham l’a frôlée à la baisse. Et reste encore proche de la bande basse, même s’il ne l’a pas encore touchée en raison de l’effet de liquidité notamment », souligne Omar Bakou.

Avec ce mouvement de fond mondial et le retour du « dollar Roi », le dirham reste donc relativement protégé contre les fluctuations erratiques. Mais les opérateurs économiques et les Marocains en général devront désormais s’accoutumer à cette nouvelle situation, où le dollar restera fort, avec une valeur élevée pour au moins quelques années de plus…

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