Round-up. Comment le Maroc conduit sa transition énergétique
Le gouvernement poursuit un programme de développement, accompagné d’un important arsenal de réformes législatives.
La stratégie du Maroc pour accomplir sa transition énergétique se base sur plusieurs chantiers qui ont déjà été amorcés et vont se poursuivre dans les années à venir, tels que la décarbonation de son économie, l’intégration des énergies renouvelables et du gaz naturel dans le système électrique national, l’efficacité énergétique, l’interconnexion des marchés régionaux et intercontinentaux, etc.
Ces chantiers se traduisent dans les faits par plusieurs projets réalisés ou en cours de concrétisation, et par un important programme de réforme législatif.
Ces projets ont été présentés par Abderraouf Benabboub, directeur de l’énergie au ministère de la Transition énergétique et du développement durable, lors de la conférence organisée jeudi 23 juin à Marrakech par l’Autorité nationale de régulation de l’électricité (ANRE), dans le cadre de l’assemblée générale et de la réunion des présidents de l’Association des régulateurs méditerranéens de l’énergie (MEDREG).
La décarbonation de l’économie nationale
Le Maroc a l’ambition de décarboner ses produits et services, en permettant aux opérateurs économiques d’avoir accès à l’énergie verte, pour des raisons écologiques, certes, mais aussi économiques, en recherchant un coût de l’énergie compétitif pour son industrie et en relevant le défi de la taxe carbone bientôt instaurée par l’Union européenne.
Afin d’assurer l’accès des industriels marocains à l’énergie renouvelable, il y a eu la publication de l’arrêté relatif aux enveloppes annuelles pour l’injection d’énergie électrique produite à partir des sources renouvelables dans le réseau électrique de moyenne tension.
D’autre part, pour accompagner les industriels qui veulent justifier de l’origine verte de l’électricité utilisée, le ministère envisage de lancer une étude relative à la mise en place d’un système de certification. Les termes de référence de cette étude sont en cours de finalisation avec l’ensemble des parties prenantes, a annoncé Abderraouf Benabboub.
Enfin, des conventions ont été signées avec le ministère de l’Industrie et du commerce pour garantir l’accès de plusieurs zones industrielles à l’énergie renouvelable, tandis qu’un nouveau cadre réglementaire relatif à l’autoproduction de l’énergie électrique est en cours de discussion au Parlement.
L’intégration massive des énergies renouvelables dans le système électrique national
Le Maroc a l’ambition de dépasser la barre des 52% d’énergies renouvelables dans son mix énergétique à l’horizon 2030. Il est même prévu d’atteindre cet objectif dès 2025. Actuellement, le taux est de 38%.
Ainsi, la capacité électrique de sources renouvelables est passée de 1.969 MW en 2009 à 4.067 MW à fin 2021. Elle est constituée à 20% d’énergie solaire, à 36% d’énergie éolienne, à 32% d’énergie hydraulique et à 11% de stations de transfert d’énergie par pompage (STEP). La capacité électrique globale, elle, est passée de 6.127 MW en 2009 à 10.743 MW à fin 2021.
Afin de renforcer l’attractivité du secteur aux investisseurs et de simplifier les procédures d’octroi des autorisations et d’accès à l’information, des amendements ont été apportés à la loi 13-09 relative aux énergies renouvelables.
D’autre part, et afin d’assurer la fiabilité et la flexibilité nécessaire au système électrique national, le Maroc prévoit de développer des moyens de flexibilité, tels que les STEP, les moyens de stockage et les cycles combinés ouverts ou fermés qui utilisent le gaz.
L’intégration du gaz naturel comme élément important de la transition énergétique
En effet, même si l’électricité produite à partir du gaz naturel n’a rien de renouvelable, le Maroc la juge nécessaire pour réussir la transition énergétique, notamment pour pallier l’intermittence des énergies renouvelables.
Le directeur de l’énergie au ministère ne manque pas de rappeler que l’Union européenne, dans son projet de taxonomie verte, qualifie le gaz naturel d’énergie de transition, en raison de son "potentiel de contribution à la décarbonation de l’économie".
Dans ses efforts pour intégrer le gaz naturel comme élément de flexibilité du système électrique national, le Maroc œuvre pour accéder au marché international du gaz naturel pour la première fois, comme l’a confirmé Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable, lundi 20 juin au Parlement, révélant qu’un contrat d’achat allait être signé au cours de la semaine après avoir reçu des dizaines d’offres.
L’interconnexion régionale des marchés de l’électricité
L’autre chantier important est celui de l’intégration des réseaux et des marchés de l’électricité au niveau régional. Un mémorandum d’entente pour renforcer l’interconnexion avec l’Espagne a été signé en février 2019, afin d’ajouter une troisième ligne de 700 MW entre les deux pays.
Le projet, qui va coûter environ 158 millions d’euros, utilisera une variante technique qui permettra d’augmenter la capacité d’échange à 1.550 MW, fait savoir Abderraouf Benabboub.
Un autre projet d’interconnexion entre le Maroc et le Portugal, à hauteur de 1.000 MW, est en cours d’étude de faisabilité. Son coût est estimé à environ 735 millions d’euros.
Un projet d’interconnexion entre le Maroc et la Mauritanie est également en perspective, comme le projet de marché arabe commun de l’électricité, que le Maroc a ratifié dans le cadre de la commission ministérielle arabe de l’électricité.
L’intégration de ces marchés de l’électricité permettra de palier les insuffisances des marchés en besoin et d’utiliser l’offre des marchés qui sont en surcapacité. La souveraineté énergétique passe aussi par la multiplication des choix et des sources d’énergie.
L’efficacité énergétique, l’un des piliers de la transition énergétique
Par ailleurs, l’Etat a adopté de nouvelles orientations en matière d’efficacité énergétique, notamment en l’intégrant comme un impératif dans tout nouvel investissement, toutes les dépenses publiques et tout projet bénéficiant d’un soutien étatique.
Le ministère œuvre également pour la structuration et la professionnalisation du secteur, et pour le renforcement des capacités financières et institutionnelles des programmes liés à l’efficacité énergétique.
Côté réalisations, un programme de mise à niveau énergétique d’établissements publics a été achevé, avec un bilan de 500 bâtiments relevant du ministère de la Justice, 1.500 écoles et établissements relevant du ministère de l’Education nationale, 3.000 mosquées et 130 établissements sociaux dans les zones rurales.
En outre, afin de promouvoir la mobilité électrique, un programme de réalisation d’un réseau national de 100 bornes de recharge iSmart pour véhicules électriques est prévu dans plusieurs villes.
Le calendrier des réformes législatives
Après l’adoption de la loi 40-19 modifiant et complétant la loi 13.09, à la Chambre des représentants, le tour est désormais à la loi 82-21 relative à l’autoproduction de l’énergie électrique, en cours de discussion au Parlement.
Le transfert des opérations relatives aux énergies renouvelables de l’ONEE à l’agence MASEN se poursuit. La majorité des projets ont été transférés. D’autres vont suivre pour finaliser la transition, assure Abderraouf Benabboub.
Un projet de loi relatif aux verbalisateurs complétant la loi 40.09 relative à l’ONEE est en cours de préparation, comme celui relatif à la distribution de l’eau potable, de l’électricité et de l’assainissement liquide, et aux modalités de création et de gestion des sociétés régionales multiservices (SRM). La réforme en prévoit douze, à raison d’une pour chaque région.
Quant à la loi 48-15 relative à la régulation du secteur de l’électricité et à la création de l’Autorité nationale de régulation de l’électricité (ANRE), récemment adoptée par le Parlement, elle devra attendre des décrets d’application en cours de préparation.
Un autre projet de décret d’application de la loi 36-16 relatif au suivi des projets développés dans le cadre de la loi 13-09 relative aux énergies renouvelables, est aussi en cours de préparation.
Par ailleurs, l’ANRE a récemment publié le règlement technique pour le Grid code (code réseau), pour le raccordement, l’accès et l’utilisation des réseaux électriques. Abderraouf Benabboub rapporte que celui sur la distribution, en cours de finalisation, tente de régler des problématiques liées à l’interférence entre les gestionnaires de réseau de distribution et le gestionnaire du réseau de transport. Le décret pourra être publié une fois qu’un accord sera trouvé.
Enfin, un autre chantier important est celui de la séparation comptable au niveau du gestionnaire de réseau de transport (ONEE). Cela donnera la possibilité au régulateur (ANRE) de mieux définir les tarifs d’utilisation des réseaux et permettra à l’ONEE d’assurer sa fonction stratégique de modernisation du réseau de transport.
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