img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
NATION

De l’ONEE à Nador West Med, l’État actionnaire change de méthode

Dix-huit mois après l’entrée en vigueur de la politique actionnariale de l’État, l’ANGSPE revendique un pilotage plus serré de 57 établissements et entreprises publics. Derrière les grands offices, les ports, la LGV ou les zones industrielles, l’enjeu est désormais de distinguer clairement ce qui relève du service public, de la performance financière et de la souveraineté économique.

Abdellatif Zaghnoun présentant la nouvelle méthode de pilotage de l’État actionnaire au Maroc
N.K.
Le 8 juin 2026 à 11h07 | Modifié 8 juin 2026 à 11h51

Depuis son entrée en vigueur effective en janvier 2025, la politique actionnariale de l’État tente de s'imposer comme la nouvelle boussole d'un secteur public marocain longtemps critiqué pour son inertie. Si l'ambition est actée, ses 18 mois de mise en œuvre ont avant tout servi à stabiliser une nouvelle doctrine : celle d’un État qui délaisse sa posture d’actionnaire passif pour endosser un rôle de stratège, présenté comme plus lucide mais aussi plus exigeant vis-à-vis de son portefeuille.

Ce virage, impulsé par les orientations royales de 2020, ne se résume pas à une simple mise en conformité administrative. Selon Abdellatif Zaghnoun, la période a marqué la fin d'une phase de transition critique. "Nous avons dépassé le stade du concept théorique", a-t-il affirmé lors de son passage dans l'émission Nabd El 3omk, tout en rappelant que la mise en place de l’ANGSPE a nécessité de partir de "zéro" en 2022 pour bâtir les outils de pilotage aujourd'hui opérationnels sur 57 établissements et entreprises publics (EEP).

Entre service public et rentabilité : l’épineuse équation des grands offices

L’un des défis les plus scrutés de cette réforme réside dans l’arbitrage permanent entre les impératifs de rentabilité économique et les missions sociales historiques de l’État. L'ANGSPE revendique une avancée stratégique qui consiste à clarifier le modèle économique des grands offices, au premier rang desquels l’Office national de l’Électricité et de l’Eau potable (ONEE).

Selon Abdellatif Zaghnoun, un office en difficulté financière ne serait pas nécessairement le signe d’un échec managérial, mais souvent la conséquence d’un contrat social assumé. Le patron de l’Agence rappelle que la plupart de ces entités ont été créées pour assurer des missions dont la rentabilité est par nature "différée dans le temps". Il cite notamment le Programme d'électrification rurale globale (PERG) qui, depuis 1996, a mobilisé plus de 25 milliards de DH. "C’est un investissement colossal qui ne vise pas le profit immédiat, mais le service au citoyen", précise-t-il.

Alors que les coûts mondiaux des combustibles, notamment le charbon et le fuel, ont connu des pics de volatilité ces dernières années, l’État a maintenu un gel des tarifs pour protéger le pouvoir d'achat. L’enjeu de la réforme, sous l’égide de l’ANGSPE, a donc été de sortir de cette confusion comptable. En isolant précisément les coûts liés aux missions de service public de ceux de la gestion commerciale pure, l’État actionnaire dispose désormais d'une visibilité inédite.

Si cette "isolation comptable" permet de moderniser les infrastructures sans reporter la charge sur le consommateur, elle pose aussi la question de la pérennité du financement de ces missions sociales. L’ANGSPE présente ce modèle comme un gage de transparence qui faisait défaut il y a encore trois ans, mais le véritable test pour l'État sera sa capacité à équilibrer, sur le long terme, ces deux impératifs sans fragiliser les bilans des offices.

Héritage du privé et rigueur publique : vers une gouvernance de « performance »

En juin 2026, l’Agence présente un bilan quasi finalisé de la restructuration des organes de décision de son portefeuille. L’objectif affiché est de hisser la gestion des entreprises publiques aux standards internationaux du privé, tout en préservant leur finalité d’intérêt général.

Cette transformation repose sur trois piliers que l'Agence tente d'ancrer dans la durée :

- La professionnalisation des conseils d’administration : la montée en puissance des administrateurs indépendants n'est plus une simple recommandation, mais une règle de composition. Selon Abdellatif Zaghnoun, ce changement vise à instaurer un véritable contre-pouvoir capable de "challenger" le management. Cette architecture est complétée par la généralisation de comités spécialisés (audit et risques, stratégie et investissement, gouvernance), censés entrer dans "l'épaisseur" des dossiers pour éclairer les décisions stratégiques.

- Le saut qualitatif de la transparence financière : l’ANGSPE revendique une avancée technique majeure avec la consolidation des comptes de l’État actionnaire selon les normes internationales IFRS. Alors que les comptes de 2024 ont déjà été livrés, l’exercice 2025 est actuellement en phase de certification. Pour l'Agence, il ne s'agit pas seulement de technique comptable, mais d’adopter "le langage financier international" pour rassurer les bailleurs de fonds et les investisseurs.

- La culture du résultat par le contrat : la relation entre l’État et les dirigeants des EEP est désormais médiée par des "contrats-programmes" de nouvelle génération. Basés sur des indicateurs de performance (KPI) rigoureux, ces contrats visent à transformer la "reddition de comptes" en un processus automatique et mesurable. Chaque dirham public investi est, en théorie, scruté sous l’angle de son impact réel.

Infrastructures et souveraineté : quand la stratégie territoriale devient concrète

Au-delà des réformes de gouvernance, l’action de l’ANGSPE se mesure à l’aune de projets structurants qui constituent des écosystèmes intégrés visant à fixer la richesse et l’emploi dans les régions.

- Nador West Med : le hub de l’Oriental. À l’approche de la fin des travaux prévue pour fin 2026, ce complexe portuaire et industriel entre dans sa phase critique. Le projet s’articule avec de nouvelles infrastructures autoroutières et ferroviaires pour désenclaver l’Oriental (Nador, Oujda, Berkane, Taourirt). L’ANGSPE souligne l’importance des zones logistiques et énergétiques adjacentes, couplées à des programmes de formation pour les jeunes locaux, afin de transformer ce hub en un véritable bassin d’emploi pérenne.

- LGV et pôles de compétitivité : le chantier de l’extension de la ligne à grande vitesse vers Marrakech modifie déjà la donne économique. L’Agence met en avant la synergie avec le développement industriel : les zones de Benguérir (près de 200 hectares) et de Sidi Bouathmane sont conçues comme des relais de croissance pour freiner l'exode rural. L'idée défendue est celle d'un "effet d'entraînement" où la vitesse de transport sert de catalyseur à l'activité manufacturière et logistique régionale.

La mue juridique : vers une souplesse de gestion irréversible

Un autre volet concerne la transformation statutaire du portefeuille. Le passage du statut d’établissement public (EP) à celui de société anonyme (SA) est désormais présenté comme un processus irréversible.

Après les précurseurs comme l’ONHYM (hydrocarbures et mines) et l’ANP (ports), le mouvement s’est étendu à d’autres piliers tels que l’ONDA et l’OFPPT. Pour l’ANGSPE, cette mutation vise à offrir à ces entités l'agilité managériale nécessaire pour lever des fonds sur les marchés et nouer des partenariats stratégiques, tout en restant sous le contrôle souverain de l'État actionnaire.

Abdellatif Zaghnoun place enfin le capital humain au centre de la réussite du projet. Il évoque un "esprit patriotique de performance" qui semble avoir infusé les rangs des cadres et agents du secteur public. "La technologie et les processus ne sont que des outils. C’est l’adhésion des hommes qui transforme l’essai", conclut-il avec optimisme.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
N.K.
Le 8 juin 2026 à 11h07

à lire aussi

L’ancien conseiller américain John Bolton accepte de plaider coupable dans une affaire de documents classifiés
Quoi de neuf

Article : L’ancien conseiller américain John Bolton accepte de plaider coupable dans une affaire de documents classifiés

Inculpé en octobre 2025 de 18 chefs liés à la conservation non autorisée d’informations relevant de la sécurité nationale, l’ex-responsable américain a conclu un accord prévoyant une reconnaissance de culpabilité sur un seul chef et le paiement d’une amende de 2,25 millions de dollars, sous réserve de validation par un juge fédéral.

Impôts : le juge rappelle à la DGI les droits du contribuable redressé
DROIT

Article : Impôts : le juge rappelle à la DGI les droits du contribuable redressé

Saisi par un contribuable redressé après la revente d’une parcelle agricole, le tribunal administratif de Marrakech a annulé un rappel d’impôt sur les profits fonciers. En cause, l'administration n'a pas apporté la preuve que le contribuable avait été régulièrement notifié des rectifications envisagées ni qu'il avait été en mesure de présenter ses observations. Ce qu’il faut retenir.

Casablanca Broadcast Days attend plus d’un millier de visiteurs les 9 et 10 juin
Communication d'entreprise

Article : Casablanca Broadcast Days attend plus d’un millier de visiteurs les 9 et 10 juin

Pour sa 10e édition, le salon réunit une cinquantaine d’exposants, dont Sony, Canon, Shure, Sennheiser ou encore Blackmagic. L’événement veut placer les technologies audiovisuelles au cœur des grands chantiers du Maroc à l’horizon 2030, de la Coupe du monde aux infrastructures de transport et d’événementiel.

Le HCP révise à la hausse la croissance marocaine, à 4,9% en 2025
ECONOMIE

Article : Le HCP révise à la hausse la croissance marocaine, à 4,9% en 2025

L’estimation fondée sur les comptes trimestriels tablait encore sur 4,6%. Le rebond agricole (+8,2%) et l’investissement brut (+16,3%) ont porté l’activité, malgré le ralentissement des secteurs non agricoles et de la consommation des ménages.

À Rabat, le nouvel ambassadeur de France défend une “méthode franco-marocaine”
DIPLOMATIE

Article : À Rabat, le nouvel ambassadeur de France défend une “méthode franco-marocaine”

Au lendemain de la remise de ses lettres de créance, Philippe Lalliot a réservé sa première prise de parole publique au Forum de Paris sur la paix, organisé à l’UM6P. Devant un parterre diplomatique, il a lié défense du droit international, coopération sur l’eau et préparation des prochaines échéances bilatérales autour d’un programme de près de 350 millions d’euros.

Baccalauréat 2026 : plus de 4.000 cas de fraude détectés, en hausse de 49 %
Quoi de neuf

Article : Baccalauréat 2026 : plus de 4.000 cas de fraude détectés, en hausse de 49 %

Le ministère de l’Éducation nationale attribue cette progression à la généralisation du dispositif électronique de détection et à la vigilance accrue des équipes de surveillance. Les dossiers relevés seront soumis aux commissions régionales compétentes, tandis que les résultats sont attendus le 17 juin.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité