Recrutement des enseignants : réactions mitigées des associations de parents d’élèves
Les nouveaux critères de sélection des enseignants, en particulier la fixation d’une limite d’âge lors des concours de recrutement, font des remous depuis leur annonce. Les associations de parents d’élèves sont, elles, partagées à ce sujet. Elles estiment que l’idée d’améliorer la qualité de l’enseignement est bonne, mais que l’âge n’a jamais été un critère d’évaluation des compétences.
Depuis l’annonce des nouveaux critères de sélection des enseignants aux concours de recrutement, les réactions des syndicats, d’anciens responsables et de politiques s’enchaînent pour les dénoncer. Qu’en pensent les parents d’élèves ?
"Une arme à double tranchant"
Jointes par Médias24, deux des associations de parents d’élèves les plus représentatives se disent favorables à l’idée qui sous-tend cette mesure soudaine, à savoir l’amélioration de la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage, en mettant les élèves au premier plan. Toutefois, les moyens déployés pour y parvenir - en particulier la fixation de l’âge maximum pour participer aux concours de recrutement à 30 ans, au lieu de 40 ou 45 ans - restent discutables, selon nos interlocuteurs.
Mohamed Berrazouk, vice-président de la Fédération nationale des associations des parents d’élèves (FNAPEM), estime que cette décision "est une arme à double tranchant".
"Il est vrai que cette mesure permettra, comme l’affirme le ministère, d’améliorer la qualité de l’enseignement dans nos établissements, d’avoir des enseignants plus performants et une meilleure formation pour nos élèves. Mais à mon sens, instaurer une mesure aussi forte subitement n’est pas approprié."
"La limitation d’âge de participation aux concours de recrutement va priver de nombreuses personnes, âgées de plus de 30 ans, d’accéder au métier de l’enseignement."
"Certes, après près de deux ans de formation, une personne âgée de 40 ou 45 ans serait moins performante qu’un jeune entre 18 et 30 ans", estime encore Mohamed Berrazouk.
En effet, sur ce point, Chakib Benmoussa, ministre de l’Éducation nationale, nous a confié lors d’un entretien que selon les constats de l’administration et de plusieurs AREFs (Académies régionales d’éducation et de formation), les plus jeunes sont plus réceptifs à la formation et deviennent des enseignants plus efficaces. Les futurs candidats devront en effet recevoir une formation spécifique de 21 mois pour devenir enseignants.
"Il est également vrai qu’un âge limite de 30 ans est un compromis raisonnable", ajoute M. Berrazouk. "La majorité des élèves obtiennent leur baccalauréat à l’âge de 18 ou 20 ans, et leur licence trois ans ou quatre ans après." En effet, les candidats recrutés par le ministère seront titulaires d’une licence. Ils sont supposés être âgés de 22 à 24 ans et recevoir une formation complémentaire pour devenir enseignants.
"Se pose aussi la problématique de l’écart d’âge entre les enseignants et les élèves, en particulier au primaire", poursuit le vice-président de la FNAPEM. "Un jeune de 30 ans saurait mieux se comporter avec des enfants de 6, 7 ou 8 ans, contrairement à une personne de plus de 40 ou 45 ans. Mais à mon avis, le ministère aurait dû s’y prendre de manière progressive."
"Il aurait pu, par exemple, mettre en œuvre ces modifications de manière graduelle et diminuer de 5 ans, chaque année, l’âge limite de participation aux concours de recrutement, jusqu’à parvenir aux 30 ans fixés subitement cette année. La décision aurait probablement été acceptée plus facilement par les jeunes en quête d'emploi."
M. Berrazouk de conclure : "Des solutions alternatives devraient être mises en place par le gouvernement pour fournir des postes d’emploi à toutes les personnes âgées de plus de 30 ans, qui ne pourront plus participer aux concours de recrutement, ni dans l’enseignement ni dans d’autres secteurs tels que la justice semble-t-il. Que deviendront-elles ?"
"L’âge n’a jamais été un critère pour évaluer les compétences"
Même son de cloche auprès de Saïd Kachani, président de la Confédération nationale des associations des parents d’élèves au Maroc (CNAPEM), également joint par Médias24. "L’amélioration de la qualité de l’enseignement passe essentiellement par l’amélioration du niveau de formation des enseignants", souligne-t-il.
"Il est donc essentiel d’avoir des professeurs avec une bonne formation et des compétences en matière de gestion des salles de classe, permettant à nos élèves de profiter d’un apprentissage de qualité."
"Mis à part la limitation de l’âge à 30 ans, nous sommes favorables à toutes les autres mesures instaurées par le nouveau ministre, dont l’objectif est de réformer le secteur. Il s’agit notamment de l’examen des parcours scolaires de chaque candidat afin de renforcer la sélectivité du concours, le fait de ne garder que les meilleurs candidats avec de bonnes formations académique et pédagogique, ou encore d’encourager les longs parcours de formation, renforçant ainsi la professionnalisation du métier. Par ailleurs, si les enseignants ont de l’expérience, ce serait un atout."
"Pour ce qui est de l’âge, nous estimons que cela n’a jamais été un critère d’évaluation des compétences. On peut très bien avoir un enseignant de 60 ans, avec une bonne capacité d’enseigner et de transmettre l’information. L’accent ne devrait donc pas être mis sur l’âge, à mon sens, mais plutôt sur les autres mesures qui sont plus importantes. Cette décision de limiter l’âge de participation aux concours ne fera que créer un problème social."
"Mais d’un autre côté, on ne peut pas recueillir tout le monde dans le secteur. Ce métier doit être pratiqué par amour et par intérêt, et pas seulement pour être payé. Il doit être pratiqué par des personnes capables d’apporter une valeur ajoutée aux élèves et au secteur", conclut M. Kachani.
En effet, le choix d’une carrière d’enseignement ne doit pas être fait par défaut. Notons que par ces modifications, le ministère de l’Éducation nationale a pour objectif d’améliorer la qualité de l’enseignement, en recrutant les meilleurs profils, bien formés, efficaces et réceptifs aux outils pédagogiques. Au total, 15.000 nouveaux enseignants seront recrutés au titre de l’année 2022.
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