Mohamed Serraji, CEO de NTS Technics : « Pourquoi j’ai choisi le Maroc »

NTS Technics a décidé de s'installer au Maroc en 2012. Cet acteur de l'ingénierie multisectorielle prévoit, dans son plan de développement 2022-2025, de monter en charge pour atteindre 300 collaborateurs. Retour sur l’expérience d’un opérateur aéronautique qui bouge.

Mohamed Serraji, CEO de NTS Technics : « Pourquoi j’ai choisi le Maroc »

Le 11 novembre 2021 à 13h09

Modifié 11 novembre 2021 à 16h09

NTS Technics a décidé de s'installer au Maroc en 2012. Cet acteur de l'ingénierie multisectorielle prévoit, dans son plan de développement 2022-2025, de monter en charge pour atteindre 300 collaborateurs. Retour sur l’expérience d’un opérateur aéronautique qui bouge.

NTS Technics inaugure cette rubrique, où nous donnons la parole à des investisseurs qui ont choisi de s’implanter au Maroc.

Cet opérateur global de l’ingénierie, dans les secteurs aérospatial, automobile, ferroviaire et naval, a vu le jour au Canada en 2006. Fondée par Mohamed Serraji qui en est le CEO, la société est désormais pilotée à partir du Maroc, où elle a élu domicile en 2012. Présente sur trois continents, elle accompagne des clients nord-américains, européens et asiatiques.

Diplômé en ingénierie mécanique et armé d’une expérience de plus de trente ans, Mohamed Serraji chapeaute une équipe de 70 collaborateurs, alors qu’elle en comptait seulement 2, il y a dix ans. Le CEO de NTS Technics revient, au cours de cet entretien, sur les ambitions affichées de l’entreprise dans son plan de développement 2022-2025.

Médias24 : Alors que vous étiez déjà un acteur confirmé dans l’aéronautique, l’automobile et le ferroviaire, vous avez étendu votre activité à l’industrie navale en ouvrant, en 2020, un nouveau bureau à Tanger Marina Bay. Comment expliquez-vous le choix d’investir dans un nouveau métier en pleine crise sanitaire mondiale ?

Mohamed Serraji : Dès le départ, j’ai souhaité avoir un portefeuille équilibré avec plusieurs activités, plusieurs secteurs industriels et une présence à l’international. Nous avons pris le temps nécessaire pour assoir chacune des étapes dans notre histoire. Grâce à cette stratégie, nous avons pu absorber la crise du Covid qui a durement touché l’aéronautique, où nous étions engagés sur de nombreux projets.

Nous avons également une politique tournée vers les grands comptes. Ainsi, un de nos principaux clients dans l’automobile nous a permis de passer le cap en doublant ses activités auprès de nous. Cela nous a permis de récupérer le manque à gagner de notre activité aéronautique. En même temps, on s’est dit que c’était le bon moment de se diversifier. Au lieu donc de rester dans l’automobile et l’aéronautique (plus de 50% du chiffre d’affaires), nous avons décidé d’investir dans un autre domaine pour ne pas mettre tous les œufs dans le même panier, en l’occurrence le naval. Il faut rappeler qu’en 2014-2015, nous avions pris la décision d’investir dans l’automobile alors que nous étions seulement dans l’aéronautique.

Nous avons ainsi saisi cette opportunité d’investir dans le naval au Maroc. Il n’y a presque pas d’industrie dans ce secteur dans le pays. Sachant que les même outils utilisés dans l’automobile et l’aéronautique peuvent être extrapolés à l’industrie navale.

– Pourquoi avez-vous choisi de vous installer au Maroc ?

– Pour moi, il était évident que je devais faire quelque chose au Maroc. On s’est installés donc en 2012. À cette époque, Bombardier ne s’était pas encore positionné sur le pays. Nous avions fait partie de l’« Assessment » (évaluation, en français, ndlr) de Bombardier pour le Maroc. Ils nous ont rendu visite. Ils comparaient le Maroc à la Turquie. Et ils ont vu qu’il y avait un savoir-faire et un bassin de compétences dont ils pouvaient bénéficier.

L’installation en 2012 avait ainsi pour principal objectif d’accompagner nos clients nord-américains et européens et de leur proposer une offre « Best Cost ». À cette époque, il n’y avait pas beaucoup d’entreprises présentes dans le secteur aéronautique au Maroc.

– Comment avez-vous vécu l’expérience d’implantation dans le Royaume ?

– J’ai toujours évolué avec au moins trois cultures différentes : nord-américaine, européenne et asiatique, sans oublier bien entendu la nord-africaine. Au Maroc, le retour sur expérience a été très intéressant. Nous avions commencé avec une petite équipe de 2 personnes en 2012. Aujourd’hui, nous sommes 70 personnes. J’ai formé les gens ici. Je suis marocain mais j’ai vécu trente ans au Canada, et j’ai une expérience dans plusieurs pays. Et j’ai vu qu’il y avait un potentiel de développement au Maroc. Il faut juste être patient, former les gens, leur donner les bons outils. En retour, on peut avoir un rendement de très haut niveau, aussi bien en termes de qualité que de prix.

Aujourd’hui, nous sommes le seul fournisseur non asiatique de notre client, un grand fabricant de voitures japonaises. Et la qualité que nous produisons est comparable à celle des fournisseurs japonais. Si ce constructeur automobile travaille avec nous, c’est parce que nous produisons de la très haute qualité, avec un respect des délais de livraison. Les KPI (Key Performance Indicator ; en français, indicateur clé de performance, ndlr) de ce client sont très élevés. Il faut donc avoir une très bonne équipe.

On sert ce client à partir du Maroc avec une qualité japonaise, et constante. Chose qu’il apprécie. Il nous a fait d’ailleurs confiance puisqu’en période de Covid, nous avons continué à le livrer. Pour eux, nous sommes un fournisseur stable, crédible et un business partner pour le long terme. Et aujourd’hui, nous montons en charge avec ce client.

– Comment vous êtes-vous déployés par la suite au Maroc ?

– La diversification géographique a été déterminée par la proximité avec nos clients. Notre présence à Tanger s’est faite pour être au plus près de nos clients dans les industries automobile et navale. Nos bureaux sont, eux, à la Marina. Nous avons choisi Bouznika, parce que c’est proche à la fois de Casablanca et de Rabat. C’est pratique aussi pour se rendre à la zone industrielle de Nouaceur.

– Dans quelle mesure le secteur de l’aéronautique est-il intéressant au Maroc pour une entreprise telle que la vôtre ?

– La plateforme marocaine de l’aéronautique nous a offert un avantage considérable. Au lieu d’avoir un bureau d’études au Canada ou en Europe, qui coûterait très cher, au Maroc, on a pu réduire nos coûts d’opérations presque de moitié, avec la même qualité de savoir-faire et de travail. Et cela nous permet aussi d’être très compétitif.

– Quel regard portez-vous sur l’évolution du secteur de l’aéronautique depuis votre installation ?

– Dans le secteur aéronautique au Maroc, la croissance est à deux chiffres, mise à part la période du Covid. Avant la crise sanitaire, l’installation des entreprises aéronautiques se faisait de manière rapide et incroyable par rapport à d’autres pays. Et pour nous, cela a été stimulant.

Cela nous a offert plusieurs opportunités de travail et de contrats. Pour une société telle que la nôtre, je crois que nous avons fait le bon choix de venir à temps, puisque nous avons bénéficié de toute la croissance de ce secteur depuis dix ans au Maroc.

– Comment avez-vous contribué à cette évolution, notamment en matière d’ingénierie, d’innovation et de R&D?

– On a fait trois innovations de notre initiative. On travaille également sur cette partie innovation à la demande de nos clients, sur contrat pour eux. Par ailleurs, les clients réalisent une grande partie de leur R&D chez eux, mais nous sommes prêts à le faire en local.

Il faut savoir que les dépenses de R&D au Maroc sont encore faibles (0,7% du PIB) sachant que nous avons toutes les compétences pour l’augmenter. Le GIMAS, via la CGEM, demande chaque année, dans les PLF, l’instauration du CIR (crédit impôt recherche). Les travaux de R&D d’aujourd’hui sont les produits industriels de demain.

– Quelles sont les entreprises avec lesquelles vous travaillez ?

– Nous travaillons à 90% pour l’export. Mis à part le constructeur automobile japonais, nous comptons, parmi nos clients, Dassault Aviation, Michelin, Stelia Aerospace, Bombardier pour le transport (train) et l’aviation, Safran…

– Comment se déclinent vos perspectives de développement au Maroc ?

– Nous avons travaillé sur notre plan de croissance au Maroc, et nous lançons notre nouveau projet de développement 2022-2025 pour monter nos effectifs à 300 personnes.

Notre business plan prévoit une croissance équilibrée, principalement dans l’ingénierie automobile, aéronautique et navale. Notre objectif est de quadrupler nos effectifs en trois ans, d’augmenter notre chiffre d’affaires auprès des clients existants, et de gagner de nouveaux clients en Europe et au Japon, que nous sommes en train de démarcher.

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