Révélations sur le recentrage de l’activité de Sound Energy au Maroc

Après les déclarations du président de la société anglaise faisant état d’un recentrage de ses activités au Maroc, Médias24 a sollicité un expert proche du dossier. Selon lui, Sound Energy et son partenaire Afriquia Gaz vont créer, à terme, le premier écosystème de transport de méthane liquide qui sera destiné aux besoins énergétiques du marché industriel marocain.

Révélations sur le recentrage de l’activité de Sound Energy au Maroc

Le 27 octobre 2021 à 21h06

Modifié 28 octobre 2021 à 11h31

Après les déclarations du président de la société anglaise faisant état d’un recentrage de ses activités au Maroc, Médias24 a sollicité un expert proche du dossier. Selon lui, Sound Energy et son partenaire Afriquia Gaz vont créer, à terme, le premier écosystème de transport de méthane liquide qui sera destiné aux besoins énergétiques du marché industriel marocain.

Quelques jours avant la fin des livraisons algériennes de gaz via le gazoduc Maghreb Europe, et après la déclaration du patron de Sound Energy (SE) de recentrer tous les projets de sa société dans le Royaume, aucun interlocuteur de l’ONHYM ou de SE n’a accepté de commenter la décision algérienne ni d’expliquer en quoi consisterait le recentrage marocain des activités de la société d’exploration.

Après insistance, Médias24 a pu recueillir, sous couvert d’anonymat, les confidences d’un expert proche de ce dossier portant notamment sur son projet de liquéfaction du gaz découvert à Tendrara, en collaboration avec le groupe Afriquia Gaz censé fournir des clients industriels.

Un partenariat destiné à fournir rapidement l’industrie marocaine en gaz

« Pendant longtemps, l’État a parlé de fournir l’industrie en gaz et aujourd’hui, la société anglaise et son partenaire marocain vont enfin pouvoir le faire à une échelle en ligne avec les besoins de l’industrie nationale.

Sachant que la demande industrielle en gaz ne représente que quelques centaines de millions de mètres cubes, il lui a fallu trouver une solution pour permettre au tissu marocain d’accéder rapidement à ce gaz, au lieu d’attendre encore plusieurs années.

C’est la raison pour laquelle Sound Energy a signé un contrat avec un distributeur marocain et préfère pour l’instant recentrer son activité sur cet objectif au lieu de se disperser sur d’autres projets d’exploration. »

La demande croissante des industriels attirera d’autres sociétés étrangères d’exploration

« Sa priorité est de produire le gaz découvert à Tendrara avant de fournir cette énergie aux industriels pour rendre leurs plateformes plus compétitives, et surtout croître ce qui permettra à SE de prendre plus de risques en termes d’exploration gazière pour réaliser éventuellement d’autres découvertes au Maroc.

En effet, pour une société étrangère d’exploration gazière, la grande question est de savoir s’il existe un marché local capable de soutenir les risques financiers pris en cas de découverte.

C’est tout le problème de ces sociétés, car cela fait vingt ans que l’État marocain dit que les clients sont présents et, aujourd’hui, les marchés financiers commencent à se demander si c’est la vérité ou pas. »

« Même sans la SAMIR ni OCP, il y a un vrai potentiel de clientèle industrielle »

« Ce qui est important aujourd’hui pour Sound Energy est de prouver que, hormis le discours politique qui veut vendre la destination, il y a un vrai potentiel économique au Maroc au niveau de la partie aval, c’est-à-dire la commercialisation du gaz auprès des plateformes industrielles.

En effet, pour tous les acteurs miniers comme Sound Energy ou d’autres, il est plus que nécessaire de disposer d’un portefeuille de clients suffisant pour pouvoir écouler le gaz découvert en amont.

D’autant plus que pendant des années, l’Etat a promis que la société de raffinage « La Samir » aurait besoin d’au moins un milliard de mètres cubes et, au final, cette société est en faillite.

Sachant qu’au titre de l’accord pétrolier signé avec l’ONHYM, Sound Energy n’a pas le droit d’exporter le gaz découvert au Maroc, à moins de tomber sur des gisements énormes comme ceux du Qatar, qui dépassent largement les besoins locaux, il y avait jusque-là un vrai problème d’écoulement intérieur. »

« Sound Energy va se concentrer sur l’exploitation commerciale de son gisement de Tendrara »

« Aujourd’hui, au lieu de continuer à faire de l’exploration, SE a décidé de recentrer son activité en exploitant commercialement son gisement de Tendrara, qui est à ce jour le seul à avoir été découvert au Maroc grâce à des fonds à 100% privés », révèle notre interlocuteur.

Sur le volume des réserves prouvées qui ont été découvertes à Tendrara par Sound Energy, l’expert parle de 11 milliards de mètres cubes, soit plus d’un siècle de fourniture à son client Afriquia Gaz.

« Un premier contrat signé avec Afriquia Gaz pourrait fournir du gaz pendant l’équivalent d’un siècle »

« En effet, le premier contrat de Gaz to Industrie signé avec ce distributeur marocain correspond à environ une production pour une consommation annuelle de 100 millions de mètres cubes pendant dix ans, soit au total un milliard de m3 de gaz pour cette période.

Au final, si la société anglaise reste à ce niveau de production annuelle, elle pourra fournir l’industrie marocaine pendant plus d’un siècle (110 ans), mais sachant que ce n’est que le tout début de l’aventure, la consommation va certainement évoluer et l’objectif de SE est de faire grossir ce marché.

Cela dit, il faut préciser qu’aujourd’hui le marché industriel consomme presque zéro m3, et c’est d’ailleurs une des causes du manque de compétitivité d’un certain nombre d’industriels marocains face à leurs homologues turcs ou espagnols.

Il faut donc espérer que le projet de SE va débloquer les choses et démontrer qu’il y a un potentiel, car son objectif n’est pas de se cantonner à fournir 100 millions de m3 par an pendant un siècle, mais plutôt d’arriver à des chiffres beaucoup plus importants pour assurer le développement de l’industrie.

En fait, SE, qui n’est qu’une partie du puzzle du futur écosystème gazier, produit de l’énergie pour fournir un tissu industriel qui va créer de l’emploi, de la valeur ajoutée et, in fine, faire croître le PIB. »

« Le méthane de SE remplacera des énergies plus polluantes »

« Si les industriels veulent aujourd’hui du méthane, qui sera produit par Sound Energy, c’est parce que son pouvoir calorifique par kilogramme est plus élevé que celui du butane ou du propane, et qu’il a l’empreinte environnementale la plus faible.

Sachant qu’il n’existe pas d’infrastructures pour liquéfier, puis transporter ce type de gaz, les industriels n’utilisent pour l’instant – du plus au moins polluant – que du pet-coke (charbon de pétrole), du fuel lourd ou léger, du propane, ou enfin du GPL qui est un mélange de propane et de butane. »

« L’arrêt du gazoduc GME impactera surtout l’approvisionnement des centrales électriques »

« Le seul méthane qui était utilisé au Maroc par deux centrales électriques provenait, à titre de droit de passage sur son territoire, du gazoduc GME qui transportait du méthane algérien pour fournir les plateformes espagnoles et portugaises.

En fait, 99% de la consommation totale en gaz du Maroc, qui représente chaque année entre 500 millions et 1 milliard de m3 de gaz ne servait qu’à fabriquer de l’électricité, et c’est la raison pour laquelle l’arrêt du GME n’aura pas d’impact sur l’industrie, mais sur les centrales électriques. »

« L’Algérie a aussi fermé le GME pour empêcher le développement industriel du Maroc »

« Cependant comme l’Algérie a appris que le Maroc voulait en utiliser une partie pour aider les plateformes industrielles, notre voisin a de manière sournoise décidé de fermer le robinet pour ne pas aider l’économie marocaine à se développer avec son gaz et mettre un coup de frein au développement industriel du Royaume.

Pendant vingt ans, le Maroc s’est contenté d’utiliser le gaz algérien pour fournir les centrales électriques, avec une vocation sociale et pas de développement industriel », analyse l’expert. Il ajoute que si le Maroc veut vraiment décoller en termes de développement industriel, il devra suivre l’exemple d’un petit pays comme le Portugal qui consomme 6 milliards de m3/an, dont 60% pour l’industrie.

Interrogé sur les prochaines étapes du projet de SE, notre source déclare que le gisement découvert va permettre pour la première fois de l’histoire du Maroc de répondre à sa demande industrielle, et prédit que d’autres sociétés étrangères viendront à leur tour explorer des gisements de gaz et le revendre.

« Le projet de liquéfaction gazière, une première au Maroc et en Afrique en dehors de l’Algérie »

« Il faut d’abord préciser que ce projet qui va constituer une première au Maroc, mais aussi au niveau africain, va largement améliorer la compétitivité des plateformes industrielles avec une énergie moins chère et plus propre ; ce qui présentera un grand intérêt avec la décarbonation bientôt exigée en Europe

De plus, ce premier projet, qui sera certainement suivi d’autres, va consister à extraire du gaz naturel du gisement de Tendrara qui sera traité pour retirer toutes les impuretés, avant d’être liquéfié.

Une liquéfaction nécessaire, car il n’existe pas d’infrastructures comme un gazoduc qui aurait permis de le transporter vers l’ouest du Maroc où sont concentrés l’essentiel des industriels marocains.

En effet, Sound Energy va utiliser la technologie de liquéfaction utilisée au Canada, aux USA, en Argentine, en Chine et dans tous les pays où il y a peu de réseaux de gazoducs. Le gaz gazeux sera transformé en gaz liquide qui sera stocké dans des camions-citernes à une température de -160 degrés.

« Un écosystème qui permettra de créer des champions nationaux »

« Après quoi, les camions vont prendre les routes marocaines de l’est à l’ouest du pays pour desservir les différents clients industriels », explique notre expert. Il estime que la mise en œuvre de ce projet va aider l’économie marocaine à se développer avec la création, à terme, de champions nationaux.

« Si les clients qui fabriquent de la céramique, du verre, des pneus, des automobiles… sont bien au rendez-vous, cela ne manquera pas de créer, comme en Espagne ou en Turquie durant les deux dernières décennies, des champions nationaux qui tireront profit du futur écosystème gazier, dont SE constituera une partie pionnière de l’équation », avance notre source qui n’exclut pas que des constructeurs comme Renault ou Peugeot finissent par se fournir auprès du distributeur Afriquia Gaz.

« Des gros investissements d’infrastructures financés par SE et Afriquia Gaz »

Sur le coût de l’usine de liquéfaction proche du gisement de Tendrara et de la flotte de transport, notre interlocuteur révèle qu’il avoisinera 60 millions de dollars financés par SE et que le parc de dizaines de camions qui demandera un investissement conséquent sera à la charge du partenaire Afriquia Gaz.

« En dehors de ces investissements, il faudra aussi créer des stocks-tampons chez chaque client industriel pour remplacer les bacs de fuel et les citernes de GPL (gaz de pétrole liquéfié à base de butane et propane) par des citernes de GNL (gaz naturel liquéfié) avec des unités de regazéification.

Comme il n’y a pas d’infrastructure appropriée au Maroc, le passage de gaz gazeux à gaz liquide est nécessaire pour le transporter, mais une fois livré au client, il faudra que Afriquia Gaz le retransforme en gaz gazeux », explique notre source, pour qui ce projet permettra de créer à terme un écosystème.

« A terme, le gisement de Tendrara pourra être connecté à une autoroute gazière vers l’ouest »

« C’est la vraie vocation de ce projet, mais il faut espérer que les autorités vont ouvrir les yeux au lieu de mettre en avant de gros projets du type Gaz to Power, de 5 milliards de dollars, qui n’aboutiront peut-être pas.

Ainsi, il vaut mieux commencer par ce petit projet qui permettra de construire progressivement un écosystème pour s’appuyer, à long terme, sur une économie solide, et pas sur l’importation.

Si l’État se décide à investir et à construire des infrastructures de transport gazier, au lieu de continuer à liquéfier dans l’Oriental, le gisement de SE pourra être raccordé au gazoduc GME, qui sera à son tour branché à un autre faisant office d’autoroute vers l’ouest du pays », conclut, très optimiste, notre source, qui pense que les premiers camions de gaz liquéfié commenceront à circuler au Maroc à partir de 2023.

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