Le gouvernement veut lutter contre les inégalités à travers l’indice de Gini

La réduction des inégalités sociales et territoriales compte, parmi les engagements du gouvernement Akhannouch. Retour sur les chiffres du HCP en rapport avec les inégalités, ainsi que les mesures inscrites dans le programme gouvernemental pour y faire face.

Casablanca concentre le plus grand nombre de nouveaux cas à la troisième semaine de la nouvelle vague. Photo MEDIAS24

Le gouvernement veut lutter contre les inégalités à travers l’indice de Gini

Le 17 octobre 2021 à 12h46

Modifié 18 octobre 2021 à 9h05

La réduction des inégalités sociales et territoriales compte, parmi les engagements du gouvernement Akhannouch. Retour sur les chiffres du HCP en rapport avec les inégalités, ainsi que les mesures inscrites dans le programme gouvernemental pour y faire face.

Parmi les 10 engagements du programme gouvernemental, on trouve celui de la réduction des inégalités sociales et territoriales, à moins de 39% au lieu de 46,4% actuellement, selon l’indice de Gini. En réalité, cette ambition est, à notre sens, insuffisante et incomplète. Disons simplement que c’est un premier pas.

L’indice de Gini est utilisé pour mesurer l’inégalité des revenus, au niveau d’une population donnée. Il varie entre 0, indiquant une égalité parfaite (le même revenu pour tous les individus), à 1, indiquant une inégalité parfaite (une seule personne touche la totalité des revenus).

L’indice peut aussi être exprimé en pourcentage de 0% à 100%. Ainsi, le pays le plus égalitaire au monde, selon la banque mondiale, est la Slovénie avec 24,6%. A l’opposé, le pays le plus inégalitaire est l’Afrique du Sud avec 63%. 

L’indice de Gini concerne uniquement les inégalités de revenus. Il ne mesure pas les autres types d’inégalités, telles que le patrimoine. Rien, au Maroc, ne permet de tracer ou connaître les actifs réels et donc de mesurer les différences patrimoniales. Lutter contre les inégalités des revenus, appréhendés à travers la consommation, n’est donc que la partie visible de l’iceberg.

Les chiffres du Maroc

Les chiffres du HCP indiquent que l’indice de Gini au Maroc est resté relativement stable entre 2001 et 2014, autour de 40%. Or, une récente enquête publiée en avril 2021 et qui traite des revenus des ménages en 2019, a fait état d’une hausse de l’indice à 46,4%.

Ceci constitue une hausse sensible des inégalités en, à peine, 5 ans. Autant dire que la croissance économique n’a pas profité à tous. Ce chiffre montre que les inégalités se sont creusées et fait du Maroc le mauvais élève de toute l’Afrique du Nord, selon les chiffres de la Banque mondiale.

Le HCP introduit cette enquête, de la manière suivante: « Dans les pays où le registre fiscal est disponible, la fiscalité des revenus constitue la source, par excellence, des études sur leur répartition. Au Maroc, en dehors du revenu comptable qui permet d’avoir le niveau du revenu par habitant, sans permettre d’en connaître la répartition, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a, jusqu’à présent, essayé d’appréhender la répartition sociale des revenus, à travers celle de la consommation des ménages avec tous les  biais que cette approche pourrait comporter, notamment en ce qui concerne l’observation des revenus les plus élevés. Pour la première fois, le HCP a essayé d’appréhender cette question, à travers une enquête directe auprès des ménages en s’inspirant, dans ce domaine, de l’expérience de l’Institut National de Statistique d’Italie. Cette enquête, qui couvre l’ensemble du territoire national et des couches sociales, a été réalisée du premier décembre 2019 à fin mars 2020 auprès d’un échantillon de 3 290 ménages, échappant ainsi aux effets de la pandémie COVID-19 et renseignant aussi bien sur les sources sectorielles que sur la répartition sociale des revenus des ménages ».

La principale conclusion de cette enquête est celle-ci: « Le niveau d’inégalité associé à la répartition des dépenses est de 38,5%, par référence à l’indice de Gini, contre 46,4% pour le niveau d’inégalité des revenus ». En d’autres termes, si l’on se base sur les revenus, les inégalités sont pires que ce que l’on supposait, en se basant uniquement sur les dépenses.

Cette enquête indique également que les 10% des ménages les plus aisés ont un revenu total 17 fois plus important que celui des 10% les moins favorisés, tandis qu’ils dépensent 7 fois plus.

En termes de pauvreté relative (basée sur une méthode qui prend en compte, essentiellement, les inégalités sociales), 12% des Marocains (soit 4,5 millions de personnes) sont considérés comme pauvres dont les deux tiers résident en milieu rural. 

Il est intéressant, ci-dessus, de voir l’importance relative des revenus de transfert: ils constituent la deuxième source de revenus des ménages marocains. Ces transferts proviennent à hauteur de 49% d’institutions publiques, 40% des ménages et 11% d’institutions privées.

La commission spéciale sur le modèle de développement, pour sa part, avait insisté dans son rapport sur l’importance de réduire les inégalités sociales au Maroc. Elle a d’ailleurs fixé comme objectif pour l’an 2035, d’atteindre le chiffre de 35% pour l’indice de Gini.

Le conseil économique, social et environnemental (CESE) avait déjà alerté, à plusieurs reprises, sur la gravité des inégalités qui sont de moins en moins acceptées par la population, générant même un sentiment de frustration.

L’indice de Gini dans le programme gouvernemental

Nizar Baraka, qui a présidé le CESE de 2013 à 2018, a mainte fois, cité cet indice de Gini lors de sa campagne électorale de 2021. En effet, le secrétaire général de l’Istiqlal avait fait, des inégalités sociales et du pouvoir d’achat de la classe moyenne, son cheval de bataille, lors de ces élections. 

Aujourd’hui, le programme gouvernemental auquel il a contribué, en fait l’un de ses engagements phares. Ce document comprend aussi, au sein de son troisième axe, un point qui consiste en “le renouvellement du programme de réduction des disparités sociales et territoriales”.

On y trouve des mesures comme celles du “revenu Karama” pour les personnes âgées et la généralisation des allocations familiales, au côté d’autres mesures comme celles en relations avec l’accès à la santé et à l’éducation.

Le “revenu Karama” consiste en une allocation mensuelle, à destination des personnes âgées de plus de 65 ans, en situation de précarité. Le programme commencera, dès le quatrième trimestre de 2022 avec un montant de 400 DH par mois, pour arriver graduellement à 1.000 DH par mois en 2026.

Pour ce qui est des allocations familiales, il s’agit en partie du programme Tayssir, qui vise à lutter contre le décrochage scolaire. Il consiste en une aide de 300 DH par mois pour chaque enfant, dans la limite de trois enfants. Le programme a déjà été étendu sous l’ère d’Elotmani à 2,4 millions d’enfants bénéficiaires. Le gouvernement Akhannouch vise à le généraliser, à toutes les familles défavorisées.

A partir de l’année 2023, le gouvernement compte aussi octroyer une prime à la naissance pour les familles défavorisées. La valeur de cette prime est de 2.000 DH pour le premier enfant et 1.000 DH pour le deuxième, pour encourager le suivi d’examens médicaux et la réception de vaccins recommandés à la naissance et après 6 mois.

Par ailleurs, le programme gouvernemental se félicite, des résultats du programme de réduction des inégalités sociales territoriales qui avait démarré en 2017 et compte continuer, sur le même chemin, essentiellement pour améliorer les services sociaux dans le monde rural.

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