Grands électeurs : le “confinement”, un surprenant recours pour lutter contre l'achat de voix
Les partis donnent des consignes de vote et peaufinent leurs alliances en vue des élections des bureaux des conseils communaux et régionaux, qui auront lieu du 16 au 25 septembre. Comment garantir le respect de ces consignes ?
Régionales et communales, l’échéance du 8 septembre n’était qu’une étape. La prochaine - fatidique - s’étalera entre le 16 et 25 septembre. Elle verra ces collectivités élire leurs présidents, vice-présidents, secrétaires généraux, etc. Des élections qui ont leurs propres modes de scrutin. Et leurs propres collèges électoraux : les élus eux-mêmes. On parle de "grands électeurs", pour les distinguer du corps composé du commun des citoyens inscrits aux listes électorales.
Dans certaines communes ou régions, des partis annoncent déjà la couleur, communiquant sur leurs alliances et le parti dont émanerait la présidence. A ce stade, il s'agit d'annonces, sans grande valeur tant qu’elles ne sont pas converties par le scrutin.
Pour les formations concernées, proclamer une intention de vote est une chose. Mobiliser ses troupes, garantir leur alignement sur les consignes de vote en est une autre. Et pour y parvenir, certains comptent sur la discipline au sein du parti. D’autres font appel à une pratique étonnante. "Nous les réunissons dans une ferme (ou une villa, ou un hôtel) où leurs téléphones sont réquisitionnés. Ils ne sont libérés qu’avant l’élection", nous confie cet homme politique.
Libérés... car dans les milieux politiques, on parle aisément de "séquestration", certes "volontaire". D’autres évoquent "un confinement" ou une "mise en quarantaine" électorale et non sanitaire.
Un sujet tabou dans la sphère politique, une pratique répandue
"Le sujet est tabou dans la sphère politique. Mais la pratique est répandue", note cet élu local qui vient de quitter son parti. Il révèle qu’en 2015, il avait été "confiné" quelques heures avant les élections du maire. "C’était assez court car notre parti avait suffisamment d’avance pour anticiper la victoire", dit-il.
Pour certaines formations, c’est une manière d’anticiper les imprévus. Cet autre conseiller local nous relate une anecdote datant également de 2015. "Après avoir reçu des instructions de vote, un des élus a disparu du jour au lendemain et n’est réapparu que le jour du scrutin, où il a été le seul à voter à rebours de son parti politique. Sa voix a d’ailleurs fait basculer les résultats."
Au reste, l’objectif est de prémunir les futurs votants contre toute pression, voire tentation. L’achat des voix de grands électeurs est, là aussi, un sujet sensible et peu connu du grand public. Mais que dit la loi ?
"Juridiquement, la notion de grands électeurs n’existe pas en droit marocain. Quand il s’agit de corruption électorale, tous les électeurs subissent la même règle pénale, de manière générale et impersonnelle", estime cet avocat, qui endosse également une casquette partisane. Notre source pose "le problème de la preuve, quasi impossible pour ce type de comportement."
Le sujet est sérieux, tellement sérieux que la Justice peut volontiers autoriser la mise sur écoute des suspects, une procédure pourtant exceptionnelle (réservée aux faits relevant du terrorisme, du crime organisé, etc.).
Le précédent le plus connu remonte à 2015, toujours. Mais cette fois-ci, il concerne les élections des membres de la Chambre des conseillers, échéances où sont sollicités les grands électeurs. Certains candidats avaient été condamnés pour avoir distribué de l’argent et accordé des dons en contrepartie de promesses de vote. L’enquête avait également relevé des montants atteignant 100.000 DH versés à des fonctionnaires, qui étaient censés intervenir dans l’opération électorale au profit de ces candidats.
Ces faits avaient été dénoncés grâce à l’interception de communications téléphoniques. Contestée par les accusés, cette procédure a par la suite été validée par la Cour constitutionnelle, comme le signale une étude parvenue à Médias24, signée Hamid Rbii, professeur de droit constitutionnel à la faculté d’Oujda.
Sollicité par Médias24, un confrère de la même faculté a attiré notre attention sur "deux éléments : primo, l’élection des présidents des instances élues est publique, ce qui rend difficile pour tout élu de contrevenir aux consignes de son parti. Secundo, et c’est le plus important, les récentes modifications [des lois électorales] permettent aux partis politiques, selon une procédure déterminée, de demander la déchéance pour tout élu de son adhésion s’il fait preuve d’indiscipline quant aux instructions du parti. Cette procédure a lieu devant les tribunaux administratifs pour les membres des collectivités territoriales", explique le professeur Younes El Merzougui.
"Cette nouvelle disposition aura un impact important de décourager l’intéressé de toute tentation", ajoute notre universitaire, mettant l’accent sur "l’importance des coalitions pour la formation des bureaux".
à lire aussi
Article : Coupe du monde 2026. Le Maroc se classe 13e en termes de valeur marchande
En approchant le demi-milliard d’euros de valorisation, la somme des valeurs marchandes des Lions de l’Atlas dit beaucoup de la qualité d’un effectif qui ne cesse de s’améliorer année après année. Détails.
Article : Rhamna : une journée d’étude pour valoriser les citernes almohades de Sidi Bouathmane
La province de Rhamna, l’association OTED et plusieurs partenaires scientifiques organiseront, le 9 juin à l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguérir, une journée d’étude consacrée aux citernes almohades de Sidi Bouathmane.
Article : CIMAF vend sa cimenterie française
En cédant sa cimenterie française, le groupe cimentier des Sefrioui concentre désormais tous ses investissements en Afrique.
Article : La nouvelle Citroën C3 débarque au Maroc
Avec sa quatrième génération, la Citroën C3 change de dimension. Plus haute, plus habitable et disponible en motorisations essence et hybride, la citadine française mise sur le confort, l'équipement et un positionnement tarifaire agressif. Une formule qui pourrait bien séduire les automobilistes marocains à la recherche d'un véhicule polyvalent et abordable.
Article : ASMEX. Tensions, contestations et bras de fer autour de la succession de Hassan Sentissi
Après la fixation du 23 juin comme date de l’assemblée générale élective de l’ASMEX, les tensions sont montées d’un cran au sein de l’association. Le président sortant Hassan Sentissi a laissé entendre, en interne et lors d’une sortie médiatique, que certaines candidatures ne seraient pas éligibles et a tenté de reporter l'assemblée générale élective. Cette position a provoqué des tensions avec une partie des membres, qui estiment que le processus électoral a déjà été engagé, examiné et validé par les instances compétentes.
Article : Akhannouch représente le Roi Mohammed VI à l’hommage national rendu à Edgar Morin à Paris
Le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a représenté le Roi Mohammed VI à la cérémonie d’hommage national rendue à l’écrivain et philosophe français Edgar Morin, organisée à Paris sous la présidence d’Emmanuel Macron.