img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Elections 2021

Grands électeurs : le “confinement”, un surprenant recours pour lutter contre l'achat de voix

Les partis donnent des consignes de vote et peaufinent leurs alliances en vue des élections des bureaux des conseils communaux et régionaux, qui auront lieu du 16 au 25 septembre. Comment garantir le respect de ces consignes ?

Grands électeurs : le “confinement”, un surprenant recours pour lutter contre l'achat de voix
L'arrêt total de l'activité touristique a gravement affecté la région de Marrakech Safi. Ici, confinement en ville en 2020. Photo MAP
Par
Le 13 septembre 2021 à 20h39 | Modifié 14 septembre 2021 à 8h55

Régionales et communales, l’échéance du 8 septembre n’était qu’une étape. La prochaine - fatidique - s’étalera entre le 16 et 25 septembre. Elle verra ces collectivités élire leurs présidents, vice-présidents, secrétaires généraux, etc. Des élections qui ont leurs propres modes de scrutin. Et leurs propres collèges électoraux : les élus eux-mêmes. On parle de "grands électeurs", pour les distinguer du corps composé du commun des citoyens inscrits aux listes électorales.

Dans certaines communes ou régions, des partis annoncent déjà la couleur, communiquant sur leurs alliances et le parti dont émanerait la présidence. A ce stade, il s'agit d'annonces, sans grande valeur tant qu’elles ne sont pas converties par le scrutin.

Pour les formations concernées, proclamer une intention de vote est une chose. Mobiliser ses troupes, garantir leur alignement sur les consignes de vote en est une autre. Et pour y parvenir, certains comptent sur la discipline au sein du parti. D’autres font appel à une pratique étonnante. "Nous les réunissons dans une ferme (ou une villa, ou un hôtel) où leurs téléphones sont réquisitionnés. Ils ne sont libérés qu’avant l’élection", nous confie cet homme politique.

Libérés... car dans les milieux politiques, on parle aisément de "séquestration", certes  "volontaire". D’autres évoquent "un confinement" ou une "mise en quarantaine" électorale et non sanitaire.

Un sujet tabou dans la sphère politique, une pratique répandue

"Le sujet est tabou dans la sphère politique. Mais la pratique est répandue", note cet élu local qui vient de quitter son parti. Il révèle qu’en 2015, il avait  été "confiné" quelques heures avant les élections du maire. "C’était assez court car notre parti avait suffisamment d’avance pour anticiper la victoire", dit-il.

Pour certaines formations, c’est une manière d’anticiper les imprévus. Cet autre conseiller local nous relate une anecdote datant également de 2015. "Après avoir reçu des instructions de vote, un des élus a disparu du jour au lendemain et n’est réapparu que le jour du scrutin, où il a été le seul à voter à rebours de son parti politique. Sa voix a d’ailleurs fait basculer les résultats."

Au reste, l’objectif est de prémunir les futurs votants contre toute pression, voire tentation. L’achat des voix de grands électeurs est, là aussi, un sujet sensible et peu connu du grand public. Mais que dit la loi ?

"Juridiquement, la notion de grands électeurs n’existe pas en droit marocain. Quand il s’agit de corruption électorale, tous les électeurs subissent la même règle pénale, de manière générale et impersonnelle", estime cet avocat, qui endosse également une casquette partisane. Notre source pose "le problème de la preuve, quasi impossible pour ce type de comportement."

Le sujet est sérieux, tellement sérieux que la Justice peut volontiers autoriser la mise sur écoute des suspects, une procédure pourtant exceptionnelle (réservée aux faits relevant du terrorisme, du crime organisé, etc.).

Le précédent le plus connu remonte à 2015, toujours. Mais cette fois-ci, il concerne les élections des membres de la Chambre des conseillers, échéances où sont sollicités les grands électeurs. Certains candidats avaient été condamnés pour avoir distribué de l’argent et accordé des dons en contrepartie de promesses de vote. L’enquête avait également relevé des montants atteignant 100.000 DH versés à des fonctionnaires, qui étaient censés intervenir dans l’opération électorale au profit de ces candidats.

Ces faits avaient été dénoncés grâce à l’interception de communications téléphoniques. Contestée par les accusés, cette procédure a par la suite été validée par la Cour constitutionnelle, comme le signale une étude parvenue à Médias24, signée Hamid Rbii, professeur de droit constitutionnel à la faculté d’Oujda.

Sollicité par Médias24, un confrère de la même faculté a attiré notre attention sur "deux éléments : primo, l’élection des présidents des instances élues est publique, ce qui rend difficile pour tout élu de contrevenir aux consignes de son parti. Secundo, et c’est le plus important, les récentes modifications [des lois électorales] permettent aux partis politiques, selon une procédure déterminée, de demander la déchéance pour tout élu de son adhésion s’il fait preuve d’indiscipline quant aux instructions du parti. Cette procédure a lieu devant les tribunaux administratifs pour les membres des collectivités territoriales", explique le professeur Younes El Merzougui.

"Cette nouvelle disposition aura un impact important de décourager l’intéressé de toute tentation", ajoute notre universitaire, mettant l’accent sur "l’importance des coalitions pour la formation des bureaux".

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 13 septembre 2021 à 20h39

à lire aussi

Visas au Maroc : BLS International renforce la sécurité des rendez-vous
Quoi de neuf

Article : Visas au Maroc : BLS International renforce la sécurité des rendez-vous

BLS International renforce ses services de visa au Maroc grâce à l'IA et aux normes internationales renforce ses opérations au Maroc en déployant des outils de supervision en temps réel et de supervision opérationnelle au sein des systèmes d'attribution des rendez-vous et des environnements de service, afin d'assurer une expérience plus fiable et plus transparente aux usagers.

Khalil al-Hayya élu à la tête du bureau politique du Hamas
Quoi de neuf

Article : Khalil al-Hayya élu à la tête du bureau politique du Hamas

Le Hamas a élu Khalil al-Hayya à la présidence de son bureau politique, en remplacement du défunt Yahya Sinwar, selon un communiqué publié sur son compte officiel Telegram. Le nouveau dirigeant s'est imposé avec 35 voix, contre 34 pour l'ancien chef du mouvement, Khaled Mechaal.

La réforme des prix des médicaments relance le dossier de la rémunération à l’acte des pharmaciens
ECONOMIE

Article : La réforme des prix des médicaments relance le dossier de la rémunération à l’acte des pharmaciens

Le projet de décret révisant les prix des médicaments pourrait rouvrir un chantier longtemps resté en suspens : celui de la rémunération à l'acte pharmaceutique, qui permettrait de payer le pharmacien pour la dispensation et le conseil, et non plus seulement à travers sa marge sur les médicaments. Selon nos informations, cette piste est actuellement examinée avec les autorités concernées.

Créances en souffrance : où en est le projet de marché secondaire ?
Actus

Article : Créances en souffrance : où en est le projet de marché secondaire ?

Le projet de loi encadrant la cession directe des créances a été transmis au Secrétariat général du gouvernement. Alors que leur stock atteint actuellement 102,3 milliards de DH, Bank Al-Maghrib travaille en parallèle sur les volets fiscal, judiciaire et prudentiel nécessaires à la création de ce marché.

Tafilalet-Figuig : 1.276 zones minières cherchent preneurs
Mines

Article : Tafilalet-Figuig : 1.276 zones minières cherchent preneurs

Le ministère relance son appel à concurrence pour attribuer des permis miniers dans cette vaste région de l’Est marocain. Le dispositif, fortement élargi, couvre désormais près de 27.000 km² et impose de nouveaux engagements sociaux et environnementaux aux candidats.

Bologne : la mort d’un Marocain lors d'une arrestation secoue l’Italie
SOCIETE

Article : Bologne : la mort d’un Marocain lors d'une arrestation secoue l’Italie

Installé en Italie depuis plus de trente ans, Abderrahim Fakir a perdu la vie le 19 juillet sous les yeux de ses voisins. Retour sur un drame qui ébranle la péninsule italienne.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité