Les dysfonctionnements du modèle actuel de gouvernance relevés par la CSMD

Après avoir listé les défauts de gouvernance qui empêchent un véritable décollage socioéconomique du Maroc, les membres de la commission ont établi des recommandations pour établir un nouveau modèle de développement qui permettra d’instaurer des leviers de changement efficaces. Conclusions résumées

Les dysfonctionnements du modèle actuel de gouvernance relevés par la CSMD

Le 30 mai 2021 à 19h34

Modifié 31 mai 2021 à 11h50

Après avoir listé les défauts de gouvernance qui empêchent un véritable décollage socioéconomique du Maroc, les membres de la commission ont établi des recommandations pour établir un nouveau modèle de développement qui permettra d’instaurer des leviers de changement efficaces. Conclusions résumées

A l’issue de 9700 auditions qui ont montré les insuffisances du système socioéconomique actuel, la Commission spéciale du modèle de développement (CSMD) a identifié, dans la deuxième partie de son rapport général, les dysfonctionnements et les défauts de gouvernance avant de proposer des axes de changement censés transformer à terme la société marocaine.

Identification de 4 grands dysfonctionnements qui retardent le développement national

Pour identifier les leviers permettant d’atteindre ce cap, elle a donc analysé le modèle actuel de développement et a commencé par inventorier ses faiblesses et les marges potentielles d’amélioration.

Après avoir recueilli les doléances et les constats des citoyens et des membres d’institutions, la commission a identifié 4 nœuds ou freins comme étant à l’origine de l’essoufflement du modèle actuel.

Faible convergence et manque de vision des politiques publiques

Le premier constat concerne un manque de cohérence verticale entre une vision de développement et les politiques publiques annoncées ainsi que la faible convergence horizontale entre ces politiques.

Ainsi, l’absence de vision stratégique globale à long terme, partagée par tous les acteurs et des réformes élaborées en silos, sans coordination ou référentiels lisibles, ne favorise pas la cohérence d’ensemble autour de priorités compatibles avec les ressources disponibles et les capacités effectives des acteurs.

Une économie qui néglige l’intérêt général

Deuxio, la lenteur de la transformation structurelle de l’économie affectée par les coûts élevés des facteurs de production et freinée par la faible ouverture sur de nouveaux acteurs compétitifs.

Associés à un système de régulation peu efficient et à des mécanismes d’incitation économique non optimisés qui réduisent la prise de risque, ces freins structurels alimentent des logiques de rente dans les secteurs traditionnels et préservent des intérêts étroits, au détriment de l’intérêt général.

Un secteur public encore trop centralisé qui s’avère inefficient

Tertio, avec ses capacités limitées, le secteur public a du mal à mettre en œuvre des services publics accessibles et de qualité dans les domaines essentiels à la vie quotidienne et au bien-être des citoyens.

En effet, le secteur public fonctionne toujours selon un mode centralisé, top-down, qui a une faible logique de résultat, et ne développe pas une vision stratégique qui lui permettrait de jouer son rôle dans l’amorçage et l’accompagnement des multiples chantiers de transformation.

Une insécurité judiciaire qui décourage les initiatives privées ou civiles

Le dernier nœud met en avant un sentiment d’insécurité judiciaire et d’imprévisibilité qui limite les initiatives, avec un décalage entre certaines lois comportant des « zones grises » et les réalités sociales d’une justice qui pâtit d’un manque de confiance, d’une bureaucratie tatillonne et de recours inopérants.

Ces nœuds résultent aussi de représentations qui considèrent que le contrôle et la centralisation sont les meilleurs modes de gestion du développement et que certains jeunes du secteur privé ou de la société civile ne sont pas des partenaires fiables ou que les traditions sont incompatibles avec la modernité.

Quatre grands axes stratégiques de transformation

Pour dépasser ces freins, le NMD a proposé 4 axes de transformation pour remédier aux défauts de gouvernance qui impactent l’économie, son capital humain, l’inclusion sociale et enfin la territorialité.

De ces quatre transformations visées émergent des priorités stratégiques comme la place centrale de la culture, la généralisation de la protection sociale à toutes les populations vulnérables, et d’autres tout aussi urgentes comme l’éducation nationale et la santé de qualité encore trop réservés aux seuls-nantis.

Passer d’une économie rentière à faible valeur ajoutée à une économie ouverte et diversifiée

En premier lieu, le Maroc devra passer d’une économie à faible valeur ajoutée et à basse productivité, avec des niches encore trop rentières et protégées, à une économie diversifiée et compétitive, portée par un tissu dense d’entreprises innovantes et résilientes.

La transformation souhaitée devra générer plus de croissance et d’emplois de qualité pour intensifier la création de valeur et assurer l’insertion de la population active, en particulier les femmes et les jeunes.

Les moyens de transformer structurellement l’économie actuelle

La CSMD considère que cette transformation structurelle de l’économie exigera notamment :

  • De libérer l’initiative privée et l’entrepreneuriat à travers un environnement des affaires transparent, sécurisant, des règlementations allégées et simplifiées et une régulation indépendante, favorisant de manière significative l’entrée d’acteurs nouveaux et innovants;
  • D’améliorer la compétitivité du tissu productif en réduisant significativement les coûts des facteurs, notamment de l’énergie et de la logistique;
  • D’orienter l’investissement du secteur privé, grands groupes et PME, vers les secteurs porteurs d’avenir et vers la montée en gamme des systèmes productifs, moyennant un cadre incitatif, un accès élargi à des mécanismes diversifiés de financement et un accompagnement des entreprises pour renforcer leurs capacités managériales, organisationnelles et technologiques
  • De valoriser l’économie sociale et l’ériger en pilier de développement et gisement de création d’emplois décents dans les territoires.

Les leviers de développement de l’agriculture et du tourisme

Tout en soulignant la nécessité d’évoluer vers une approche systémique et sans silos, la Commission a examiné certains secteurs au poids important dans l’économie comme l’agriculture et le tourisme.

Ainsi, dans l’agriculture, la crise actuelle a mis en exergue les enjeux de la souveraineté alimentaire et du développement d’une agriculture moderne, à forte valeur ajoutée, inclusive et responsable avec une intégration accrue des chaînes de valeur et davantage de valorisation locale de la production.

Pour ce qui est du tourisme, un nouveau souffle devra être apporté à terme en valorisant tous les atouts de nos territoires, autant pour dynamiser le tourisme intérieur que pour attirer de nouveaux segments de la demande mondiale en complétant l’offre actuel d’hébergement par des animations de qualité.

Nécessite de développer les compétences locales du capital humain

Même effort requis renforcer le capital humain et donc donner à tous les citoyens les capacités de se projeter pour réaliser leur potentiel en toute autonomie, et aussi de participer au développement du pays et à son intégration dans l’économie du savoir et de l’immatériel, portées par les compétences.

Cet axe de transformation suppose des réformes essentielles, exigeantes et urgentes, aussi bien pour les systèmes de santé que pour ceux liés à l’éducation et l’enseignement supérieur et professionnel.

L’enrichir et mieux le préparer pour l’avenir est impératif pour d’une part redémarrer l’ascenseur social et d’autre part permettre au Royaume d’améliorer considérablement son classement mondial dans ces domaines, grâce à un ancrage fort à l’économie du savoir et de la connaissance.

Santé et éducation, les points noirs de l’inclusion sociale

Concernant les secteurs de la santé et de l’éducation dont les services de qualité restent encore réservés à une minorité de marocains nantis, les membres de la Commission recommandent de :

  • Renforcer substantiellement l’offre des services publics sur l’ensemble des territoires et en assurer l’accès équitable, aux côtés d’un secteur privé, partenaire responsable et éthique
  • Mettre l’accent sur la qualité des services, telle que mesurée par les acquis des élèves, par le niveau de compétence des étudiants et leur employabilité et par une offre de soins qui rende effective la généralisation de la couverture santé
  • Valoriser les ressources humaines et renforcer leurs capacités, qu’il s’agisse des enseignants, des chercheurs, des médecins ou du personnel de santé.

Les marges d’amélioration de l’inclusion sociale ?

Le troisième axe de transformation qui porte sur l’inclusion, vise la participation de toutes et de tous, à la dynamique nationale de développement.

Pour cela, toutes les populations de tous les territoires, doivent être incluses le plus rapidement possible dans l’effort collectif à travers la participation et l’accès égal aux opportunités économiques, la protection sociale, et enfin l’ouverture et l’acceptation de la diversité de la société marocaine.

Les normes sociales discriminantes et les manques de compétences, causes d’exclusion, devront céder la place à une dynamique d’inclusion par la croissance économique, l’emploi, la mobilisation citoyenne et le renforcement du lien social.

Créer un nouveau départ pour les femmes et les jeunes, toujours à la traîne de l’inclusion sociale

En effet, l’inclusion de tous est primordiale pour promouvoir un vivre ensemble harmonieux qui renforçe le lien social avec des opportunités de participation à chaque citoyen par le biais des moyens suivantes :

  • Accroître de manière volontariste et délibérée l’autonomisation et la participation des femmes;
  • Favoriser l’inclusion et l’épanouissement des jeunes, en particulier les 4,5 millions de jeunes chômeurs, à travers la participation civique, culturelle et sportive et l’insertion professionnelle;
  • Assurer un socle de protection sociale qui renforce la résilience et l’inclusion des plus vulnérables et matérialise la solidarité entre citoyens selon des principes de contributions équitables et de mobiliser la diversité culturelle comme levier d’ouverture, de dialogue et de cohésion sociale.

Renforcement nécessaire d’une politique de territorialisation

En dernier lieu, les territoires doivent devenir le réceptacle final et le lieu d’élaboration, d’ancrage et de portage des politiques publiques conçues au niveau central

Ce levier déterminant devra garantir un accès équitable aux services publics, un cadre de vie sain et de qualité, préservant les ressources, respectant tous les affluents de l’identité nationale et garantissant la dignité de tous les Marocains et en tous milieux, au plus près des besoins et des potentialités.

Pour s’inscrire dans cette perspective, il sera donc nécessaire :

  • D’accélérer la décentralisation et la déconcentration avec des transferts effectifs de pouvoirs et de veiller à ce que les régions assurent pleinement leurs fonctions et leurs prérogatives.
  • De revisiter toute l’organisation administrative des territoires et de mobiliser leurs synergies pour améliorer la qualité de service aux citoyens.
  • De simplifier la gouvernance de l’aménagement urbain et d’adopter une politique de l’habitat, notamment pour la composante logement social, qui favorise la mixité sociale, contribue à l’inclusion socio-économique avec des services publics disponibles en proximité, des moyens de transport adaptés aux besoins de mobilité des populations et une bonne connectivité numérique.
  • De renforcer la protection des ressources naturelles et de la biodiversité et de réformer le secteur de l’eau en faveur d’usages reflétant la rareté de cette ressource vitale.

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