Covid-19: Risque-t-on une pénurie de matériel pour la production des vaccins?
Alors que l’ampleur sans précédent de la campagne de vaccination contre le coronavirus à travers le monde met à rude épreuve les chaînes logistiques de l’industrie pharmaceutique, de nouvelles inquiétudes commencent à poindre quant au risque de pénurie des composantes et autres matériels nécessaires pour la production des vaccins contre la Covid-19.
Dans un contexte de compétition intense entre les puissances mondiales pour s’arroger des doses en priorité, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Alliance pour les vaccins Gavi et le Cepi, sa branche de recherche, la Fédération internationale de l’industrie pharmaceutique (IFPMA) mais aussi des fabricants originaires de pays en développement et des experts se sont retrouvés la semaine dernière autour d’une table virtuelle pour discuter des défis causés par la production à très grande échelle des vaccins.
Au moment où les chaînes d’approvisionnement mondialisées sont déstabilisées par la pandémie, les principaux acteurs de l'industrie pharmaceutique qui envisagent de produire 10 milliards de doses de vaccins cette année, soit le double de la capacité de fabrication de 2019, tous vaccins confondus, ont fait état "d'accrocs" et de pénuries en ingrédients essentiels, en verre pour fabriquer les flacons, en plastique ou encore en bouchons, appelant à lever les obstacles à leur commercialisation.
Si le monde sait gérer des campagnes massives de vaccination depuis des décennies, contre la rougeole ou la grippe, deux contraintes simultanées compliquent la tâche dans le contexte de Covid-19: la compression du calendrier, le fait que la plupart des vaccins nécessiteront deux doses, outre les contraintes ralentissant le fonctionnement du circuit logistique industriel d'approvisionnement en matières premières en raison des restrictions liées à la pandémie.
Hausse de la demande
Ces pénuries en matériel et en composantes entrant dans la fabrication des vaccins s'expliquent en premier lieu par la hausse de la demande. "C'est la grande augmentation de production que le monde n'ait jamais connue", a déclaré à l’issue de la réunion le directeur général de l’IFMPA, Thomas Cueni, soulignant qu' "il n’est pas surprenant que nous ayons vu des accrocs".
Parallèlement, "nous avons vu ces dernières semaines et ces derniers mois une augmentation des tensions au niveau des chaînes d’approvisionnement", a indiqué, pour sa part, Richard Hatchett, le directeur du Cepi. "Les entreprises commencent à signaler des pénuries ponctuelles de matériaux essentiels, de matières premières, (...) et même d’équipements nécessaires à la fabrication des vaccins", a-t-il ajouté.
Il s’est inquiété, en outre, du fait que certains pays veulent notamment "imposer des contrôles sur les exportations […] comme l’ont fait les Etats-Unis avec le Defense Production Act". "Ces mécanismes […] peuvent créer de réels problèmes", a-t-il dit.
Parallèlement aux questions matérielles, il y a "des goulots d'étranglement en termes de disponibilité des experts qui sont capables de déployer ces chaînes de production", affirment les experts.
Libre circulation des biens de main-d’œuvre
Dans leur communiqué, les participants à la table ronde ont appelé à favoriser la libre circulation des biens et de la main-d’œuvre.
Pour accroître les capacités de production, ils ont jugé important que de grands laboratoires, habituellement concurrents, s'allient pour réaliser différentes étapes de la fabrication des vaccins.
Ils encouragent aussi les transferts de technologies et partenariats de production entre les laboratoires et fabricants de vaccins.
Aucune mention n’est toutefois faite sur la proposition de la levée temporaire des brevets soumise à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), une demande dénoncée par les laboratoires.
Déposée le 2 octobre dernier, le texte propose d'accorder une dérogation temporaire à certaines obligations découlant de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) afin que n’importe quel pays puisse produire les vaccins sans se soucier des brevets.
"Les flexibilités de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC, en anglais) sont là pour être utilisées dans les situations d’urgence », a plaidé récemment le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. "Si ce n’est pas maintenant, alors quand ?", s’est-il interrogé.
"Tous ceux qui s’y connaissent en matière de fabrication de vaccins […] savent que la propriété intellectuelle n’est pas responsable des goulots d’étranglements, mais bien la rareté des ingrédients et matières premières", a affirmé le patron de l’IFPMA.
(MAP)
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