Malgré les difficultés des parents, les crèches privées ne baisseront pas leurs tarifs
La crise a engendré des difficultés financières pour de nombreux parents. Les crèches privées ne sont pas disposées à baisser leurs tarifs pour préserver la demande, vu le niveau de leurs charges. Les parents pourront compter au mieux sur une stabilisation des tarifs et des facilités de paiement.
La crise sanitaire et économique a fait fondre les demandes d'inscription dans les crèches privées, par crainte d'une contamination, mais aussi à cause des difficultés financières des parents. Les demandes d'inscription ont à peine commencé à reprendre pour ce qui reste de l'année en cours et pour l'année scolaire à venir. Mais le rythme n'a pas encore retrouvé son niveau d'avant crise.
Les crèches privées, habituées à augmenter leurs tarifs régulièrement, feront-elles une exception cette année, en baissant leurs tarifs pour à la fois redresser la demande et tenir compte des difficultés des parents ?
"Je n’y crois pas", nous répond Adil Joundy, vice-président de l’Association marocaine des crèches privées (AMCP). "D’abord parce qu’elles sortent d’une année noire, financièrement, ensuite parce que leurs charges n’ont pas diminué, au contraire. Pour répondre aux exigences sanitaires, elles ont dû faire des investissements supplémentaires ; la mise en place du protocole sanitaire a donc fait augmenter leurs charges. On ne peut pas demander à ces structures de respecter un cahier des charges exigeant sur le plan sanitaire et, à la fois, de baisser leurs prix", justifie-t-il.
A défaut de pouvoir les augmenter, pourraient-elles au moins maintenir une certaine stabilité dans leurs tarifs ? "A l’heure actuelle, les crèches font profil bas : même si elles veulent augmenter leurs tarifs, elles ne le font pas car elles savent que les parents sont impactés par la crise. Beaucoup sont des structures à taille humaine ; elles rencontrent les parents tous les jours et n’ont aucun intérêt à les voir manifester leur mécontentement tous les jours. Notre objectif n’est donc pas de faire fuir tout le monde, mais il faudra de toute façon qu’on augmente les prix un jour ou l’autre. Pourquoi ? Parce qu’il faut augmenter les salaires pour encourager, pour motiver les salariés. C’est normal. La masse salariale représente 80% des charges dans les crèches."
"Les crèches ont assuré les salaires de leur personnel sans aucune rentabilité pendant neuf mois", abonde Asma Sefrioui, présidente de l’AMCP. Mais, elle l’assure : "Elles acceptaient déjà de pratiquer des facilités de paiement avant la crise du Covid, et elles continueront à le faire après. Ça, ça ne changera pas."
La demande restera forte sur les crèches privées pour encore longtemps
Soulignons que les frais de scolarité des établissements d'enseignement privés augmentent chaque année, et ce sont les institutions publiques qui le disent. Bank Al-Maghrib, dans une analyse de l’inflation au Maroc publiée dans son rapport annuel 2017, indiquait qu'en dix ans, les prix avaient progressé de 53% pour l’enseignement pré-élémentaire, primaire et secondaire.
Dans le préscolaire, la proportion des enfants scolarisés dans le privé atteignait 86,6% en 2017, selon Bank Al-Maghrib. Il y a une stratégie nationale pour la généralisation du préscolaire, le renforcement et l'amélioration des structures publiques, portée par le ministère de l'Education nationale. Elle concerne les crèches qui relèvent de sa tutelle (enfants de 4 à 6 ans). Cette stratégie avance bien, selon les derniers chiffres, mais son déploiement ne sera total qu'à l'horizon 2028 et donc la demande restera élevée sur les établissements privés.
Pour les crèches relevant du ministère de la Jeunesse et des Sports (de 3 mois à 4 ans), "le nombre de places ne dépasse pas les 40 000 ou 50 000 au niveau national, ce qui représente une goutte d’eau dans la mer", a reconnu le ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, Othman El Ferdaous, le 8 mars lors d’un webinaire organisé par le Conseil national de la presse. "Pour faire face à cette situation, le gouvernement a lancé un plan de généralisation du préscolaire, d’une trentaine de milliards de DH sur 10 ans. Et pour accompagner ce programme, le ministère de la Culture est en train d’étudier un partenariat public-privé, dans le but de créer un réseau de crèches publiques et gratuites", a-t-il souligné.
"Nous sommes actuellement en phase d’étude pour monter cette opération de façon à voir comment on pourrait intéresser le secteur privé", conclut le ministre.
Autant dire que la demande restera forte sur les crèches privées pour encore longtemps...
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