Enquête. Sur X, une attaque coordonnée a ciblé le Maroc pendant la CAN
UNE ENQUÊTE DE Médias24. Pas moins de 860.000 tweets relatifs à la CAN ont été analysés par nos soins. Voici les conclusions essentielles qui permettent de penser objectivement que des attaques coordonnées ont ciblé le Maroc, sur deux registres, l'émotion sportive d'une part, et la place politique du Maroc d'autre part.
Moqueries synchronisées, messages copiés-collés, narratifs politiques récurrents : l’analyse des réseaux sociaux révèle une opération de dénigrement structurée visant le Maroc autour du 18 janvier 2026, jour de la finale Maroc-Sénégal.
Sur Facebook d'abord, le graphe des sentiments négatifs (en rouge) et positifs (vert) est parlant :

Aux premiers jours, les mentions positives (en vert) dominent, sauf un pic négatif rapide vite éteint. Les mentions négatives reprennent avant la finale, dans un timing qui ressemble à une préparation. À partir de la soirée du 18 et pendant quelques jours, nous assistons à ce qui ressemble à une attaque d'ampleur.
Voici le nuage de thèmes utilisés autour de la CAN pendant six jours (du 16 au 21 janvier inclus) sur Facebook :

Pour cette première partie de notre investigation, nous avons utilisé l'outil Talkwalker. Nous avons effectué des recherches sur quelques hashtags négatifs et lui avons demandé un échantillon aléatoire d'utilisateurs de ces hashtags.
Ici, pour le hashtag المغرب _أضحوكة_العالم que l'on peut traduire par [Le Maroc risée du monde], voici un échantillon aléatoire d'utilisateurs produit par Talkwalker :

On voit bien que ces utilisateurs anonymes revendiquent une identité algérienne.
Ici, pour le hashtag المغرب_يبكي [Le Maroc pleure], toujours sur Talkwalker :

Une vague soudaine, massive et concentrée
Médias24 s'est ensuite concentré sur les données publiques de la plateforme X (Twitter). Grâce à plusieurs outils, nous avons pu examiner et analyser 862.299 tweets relatifs à la CAN 2025, postés entre le 16 et le 21 janvier inclus.
En isolant les tweets mentionnant explicitement le Maroc, un phénomène attire immédiatement l’attention : un pic brutal d’activité le 18 janvier au soir, concentré entre 21h30 et 24 h, heure marocaine.
Sur cette seule fenêtre de deux heures et demie, près des deux tiers des messages liés au Maroc publiés ce jour-là sont concentrés. Une intensité difficile à expliquer par la seule spontanéité des réactions sportives.
Des messages identiques, publiés en rafale
Au cœur de ce pic, l’analyse fait apparaître des messages de moquerie strictement identiques, diffusés par des dizaines de comptes distincts à quelques minutes d’intervalle.
→ Let’s all laugh at Morocco [Rions tous du Maroc]
Cette phrase – ou des variantes quasi identiques – est publiée par 48 comptes différents en moins d’une heure. Il ne s’agit pas d’un tweet viral massivement retweeté : dans la majorité des cas, ce sont des tweets originaux, rédigés séparément, mais avec exactement le même contenu.
Pour les analystes des réseaux sociaux, ce type de répétition synchronisée constitue un indice fort de coordination.
Un bashing émotionnel, mais pas seulement
La moquerie n’est toutefois qu’une partie du phénomène. En parallèle de ces messages railleurs, un autre registre se déploie : celui des accusations politiques. Cela constitue un nouvel indice d'hostilité ciblant le Maroc puisqu'il sort du domaine sportif.
"Sahara occidental, Polisario, régime, droits humains, occupation, propagande"… Ces thèmes reviennent de manière récurrente dans des milliers de tweets visant le Maroc. Les formulations diffèrent, mais les cadres narratifs sont remarquablement similaires, suggérant une diffusion concertée des mêmes arguments.
Contrairement au bashing, ce narratif politique ne repose pas toujours sur des copier-coller stricts. Il s’agit plutôt d’une coordination sémantique, où des messages différents convergent vers une même représentation négative.
Le 17 janvier : la mise en place
L’étude chronologique apporte un éclairage supplémentaire. Dès le 17 janvier, soit la veille du pic et de la finale, les messages ciblant le Maroc sont déjà présents, mais de manière plus diffuse. Les volumes restent modérés, les publications étalées sur la journée.
Cette phase ressemble à une préparation du terrain. Le 18 janvier marque ensuite le basculement : même thématique, mais accélération brutale, synchronisation et amplification, alors que le match de finale n'était pas encore achevé.
Pourquoi le Maroc ?
La comparaison avec d’autres équipes engagées dans la CAN est parlante. Aucune ne connaît, sur la même période, un tel niveau de concentration temporelle ni une telle homogénéité des messages. Cela dépasse l'intérêt que l'on peut avoir pour un pays hôte ou un pays finaliste.
Le Maroc apparaît ainsi non comme une cible accidentelle, mais comme un point focal. Une attention négative spécifique, structurée et répétée.
Une campagne anonyme mais structurée
L’analyse ne permet pas d’identifier les acteurs à l’origine de cette mobilisation. Les données publiques ne disent rien des intentions ni des commanditaires éventuels. Mais elles montrent des comportements coordonnés, mesurables et non aléatoires.
Des dizaines de comptes distincts, souvent peu suivis individuellement, publient les mêmes messages dans un laps de temps très court. Pris isolément, chaque tweet paraît anodin. Ensemble, tout indique qu'ils agissent de concert dans une opération collective et intentionnelle.
Lorsque le même message apparaît, au même moment, dans de nombreux comptes différents, il ne s’agit plus d’une simple coïncidence statistique, mais d’un signal de coordination.
Un phénomène qui dépasse le sport
Cette séquence illustre un phénomène plus large : l’utilisation des réseaux sociaux comme outil d’influence et de dénigrement, y compris dans des contextes sportifs.
Derrière l’apparente spontanéité des plateformes de réseaux sociaux se cachent parfois des manipulations d'envergure. Nous ne sommes pas toujours dans le débat légitime, mais plutôt dans la manipulation.
Dans le cas d'espèce, la combinaison de ces deux modes opératoires (attaque émotionnelle et narratif politique) constitue une preuve typique de campagne coordonnée, visant à délégitimer et ridiculiser la cible tout en l’associant à des accusations politiques.
La première langue utilisée dans les tweets est la langue anglaise, une langue internationale assez présente en Afrique, mais totalement étrangère aux deux pays en compétition lors de cette finale, Maroc et Sénégal.
Les clusters de bashing du 18 janvier atteignent les scores les plus élevés de coordination, confirmant leur caractère structuré et intentionnel.
En conclusion, sur la base des données analysées, il est méthodologiquement défendable d’affirmer qu’il existe, autour du 18 janvier 2026, jour de la finale, une campagne coordonnée ciblant le Maroc sur la plateforme X.
Cette campagne s'est déployée à travers deux leviers complémentaires :
- une attaque émotionnelle (bashing, moquerie, humiliation), synchronisée et facilement détectable par des messages quasi identiques diffusés en rafale ;
- un narratif politique délégitimant, plus diffus mais persistant, visant à associer le Maroc à des accusations géopolitiques et idéologiques.
→ Voici les données analysées par Médias24 :
- Texte (text)
- Date/heure (created_at, UTC)
- Utilisateur (user_id, username)
- Langue (lang)
- Retweets / quotes / réponses
- Hashtags, mentions, URLs
- Volume total : 862 299 tweets
- Période couverte : 16 → 21 janvier 2026
- Tweets liés directement au Maroc (16-21 janvier) : 298.000.
- Tweets liés au Maroc le 18 janvier : 110.800.
* Ont participé à l'analyse des données : Yassir Noussi, Oumaima Hali, Ali Tiramsani, Mohamed Bachaoui et Mohssin Datssi.
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