Les éleveurs de volailles confrontés à de lourdes difficultés financières
L’année démarre mal pour le secteur avicole. Affectés par la hausse des prix des aliments composés et la baisse des prix de vente, les éleveurs éprouvent des difficultés à honorer leurs engagements financiers vis-à-vis de leurs fournisseurs.
L’augmentation des prix des aliments composés nous a été confirmée par plusieurs acteurs du secteur, notamment Youssef Alaoui, président de la FISA, qui nous apprend que le prix de l’aliment composé a augmenté de 40 centimes par kilogramme en janvier. "Cette flambée est due à la hausse vertigineuse des cours du maïs et du tourteau de Soja au niveau de la bourse de Chicago des matières premières".
Selon notre source, "ces deux produits constituent, à eux seuls, 80% de la formulation des aliments composés. Ils sont importés par le Maroc, principalement du Brésil, des Etats-Unis et de l’Argentine, et depuis un mois, leurs prix ont flambé à des niveaux que nous n’avons jamais connus auparavant". Cela peut être expliqué par le fait que plusieurs pays, notamment la Chine, cherchent à constituer des stocks.
Une hausse qui va encore se poursuivre
M. Alaoui nous a également confié que "les prix actuels au Maroc ne reflètent pas vraiment la réalité, puisque nous consommons encore les stocks qu’on avait". Les prix vont donc continuer à augmenter, au moins jusqu’au mois de mars, puisque le maïs qui est négocié aujourd’hui n’arrivera que d’ici 2 mois.
"Le Royaume ne produit pas ces deux matières premières. Il les achète sur les marchés internationaux. Et comme pour le pétrole, on est soumis aux prix de la bourse. Toutefois, les récoltes sont décalées entre les Etats-Unis et l’Amérique du Sud. Sur ce dernier continent, elles ont lieu en février ou en mars. Si celles-ci sont importantes, cela permettra de détendre un peu les prix, sinon, ils resteront sur un trend haussier".
Une hausse qui ne couvre pas les prix à l’international
Contacté par nos soins, Dafir Guennoun, président de l’Association des fabricants d’aliments composés (AFAC), précise pour sa part que l’augmentation de 40 centimes a eu lieu en deux étapes. Une première de l’ordre de 0,25 DH/kg, suivie d’une seconde hausse de 0,15 DH/kg.
"Cette augmentation ne couvre pas encore la hausse des prix des matières premières à l’international. Pour ce faire, il faudrait ajouter 0,65 DH/ Kg, au lieu des 40 centimes, mais compte tenu de la situation actuelle du produit fini, qui est la volaille, dont les acteurs vendent à perte, il est difficile d’ajouter les 25 centimes. On risquerait d’entraîner l’arrêt des achats", nous explique-t-il.
Il ajoute que "si ce surcoût est ajouté, les éleveurs vont arrêter d’acheter des poussins, ce qui entraînera une baisse de l’offre au niveau national, et un retour à des prix exorbitants du poulet, dépassant les 20 DH/kg".
Quid des prix finaux des aliments composés au Maroc ? "Les prix diffèrent d’un producteur à un autre" d'après M. Guennoun. "Il s’agit de la nutrition, et donc chaque usine d’aliments fait sa propre composition. Le prix final dépend de plusieurs composants, notamment les protéines, les énergies et les matières grasses. Le tonnage ainsi que les conditions de paiement sont également pris en compte, mais ce qu’on peut dire c’est que les différences peuvent aller jusqu’à 0,20 DH/kg", entre les 28 fabricants au niveau national.
Un impact direct sur les éleveurs et les provendiers
Cette hausse a une importante incidence sur les produits avicoles, qui est estimée par le président de l'AFAC à 1,20 DH/Kg sur le poulet, à 0,30 DH/Kg sur le poussin et à plusieurs centimes sur l’œuf d’après M. Alaoui.
Cette incidence est principalement supportée par les éleveurs, puisque le prix des aliments est l’essentiel du prix de revient.
"Les fabricants d’aliments composés sont également impactés", souligne M. Guennoun, "puisque les provendiers vendent à 25 centimes en dessous du prix de revient, et donc à perte".
D’un autre côté, "les usines d’aliments souffrent d’un problème de recouvrement. On n’encaisse l’argent que lorsque l’éleveur de volaille vend son produit, et lorsqu’il vend à perte, nous ne sommes pas payés. Les provendiers ne sont donc pas de simples fournisseurs".
Par ailleurs, "les éleveurs connaissent également d’autres difficultés", ajoute de son côté M. Alaoui. "Avec les deux dernières années de sécheresse, le prix de la paille, utilisée dans les litières, est très cher". Cette année, le ciel a été clément jusqu’à présent mais "nous consommons encore le stock de l’année précédente, où les prix s’étaient envolés".
Effondrement du prix du poulet, la dinde se maintient encore
L'autre contrainte à laquelle le secteur est confronté est la volatilité des prix de la volaille. Comme prévu il y a quelques mois, "le prix du poulet vif a de nouveau baissé, atteignant 10 DH/kg, sortie ferme, contre 15 DH en septembre", d’après Abderrahmane Ryadi, secrétaire général de l’Association des producteurs de volailles (APV), alors que le prix de revient est de l’ordre de 12,5 DH.
Contrairement au poulet, la dinde se maintient depuis septembre. Son prix s’est stabilisé entre 17DH/kg et 18 DH/kg, sortie ferme.
Cela s’explique par une différence au niveau des cycles de production, celui de la dinde étant plus long par rapport à celui du poulet, d’après la même source. "Le prix de la dinde commencera à décrocher vers la fin du mois de février, début mars", prévoit-il.
Les mesures à mettre en place
En 2020, à cause de la sécheresse, "le ministère de l’Agriculture a subventionné l’orge ainsi que l’aliment composé, pour accompagner les éleveurs", nous rappelle M. Alaoui. "Pour cette année, aucune décision n’a encore été prise pour atténuer l'impact de la hausse des prix des aliments sur les éleveurs. Nous sommes encore en début d’année, et l’envolée des prix vient d’intervenir en ce mois de janvier. Nous devons voir comment le marché va se comporter durant les prochains mois. Si les choses reviennent à l’ordre, l’intervention du ministère ne sera donc pas nécessaire".
Pour ce qui est de la problématique de la volatilité des prix, le secteur doit mettre en place des modèles et des formules pour réguler la production, selon le besoin.
"La volaille est un produit périssable et donc qui n’est pas stockable. Au Maroc, 5% de la volaille passe par les abattoirs industriels, tandis que 95% passent par les Riachat et le circuit informel. On n’a donc pas une visibilité sur la demande journalière. Les gens mettent en place des quantités, sans connaître le besoin, ni le prix de vente. Normalement les éleveurs devraient acheter des poussins, selon la demande en poulet, comme ce qui est fait à l’étranger. Le marché marocain est spéculatif", estime M. Guennoun.
"Il existe des moyens pour réguler le secteur, mais malheureusement il y a des divergences entre ses acteurs. Certains veulent continuer à travailler en spéculant, et d'autres veulent travailler en industriel et dans la transparence", conclut-il.
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