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ECONOMIE

Les messages forts de Mohamed Benchaâboun aux patrons

Invité par la CGEM pour échanger autour du projet de loi de finances 2021 et de la relance économique, le ministre des Finances s’est montré franc, direct, parfois sévère avec ses anciens camarades du patronat. Pour lui, le privé doit investir plus, ne pas compter que sur l’Etat, marquer des ruptures positives notamment sur le sujet de la fraude fiscale et penser plus production qu'importation.

M.M.
Le 26 novembre 2020 à 18h55 | Modifié 11 avril 2021 à 2h49

La CGEM a organisé ce jeudi 26 novembre une rencontre avec le ministre des Finances Mohamed Benchaâboun pour parler du projet de loi des Finances 2021 et des perspectives de relance de l’économie.

Rappelant les différentes mesures prises par l’Etat pour soutenir l’économie depuis le début de la crise, aussi bien sur le volet de la demande que celui de l’offre, l’argentier du Royaume a tenu à faire passer trois principaux messages au secteur privé.

Le privé doit investir, l’Etat ne peut pas tout faire

Pour relever les défis de cette crise, Benchaâboun a signalé aux patrons que l’effort doit être porté par tous les acteurs.

L’Etat, dit-il, doit bien sûr soutenir l’économie, mettre en place des mécanismes pour relancer la machine, mais les opérateurs privés doivent également investir, créer des emplois. « Sinon, tous les efforts de l’Etat resteront vains », lance-t-il.

Benchaâboun signale ainsi aux patrons que le monde d’après Covid se construit maintenant. Et que nous ne devons pas rater les opportunités qui se présentent : les mouvements de relocalisation, la réorganisation des chaînes de valeur, la montée de nouveaux secteurs comme celui de la santé, les industries de substitution aux importations…

Et pour cela, dit-il, il ne faut pas qu’on compte que sur les IDE. « Ce que nous attendons de vous c’est d’être davantage présents dans ces secteurs. L’Etat apportera son soutien à toute initiative, à travers notamment le Fonds Mohammed VI pour l’investissement. Je vous invite donc à y recourir et participer à créer une nouvelle dynamique pour notre pays ».

L’Etat, ajoute Benchaâboun, a déployé une politique volontariste depuis le déclenchement de la crise. Mais il exprime une crainte : « Nous avons mis toutes nos billes sur les opérateurs privés. Sans une mobilisation en faveur de l’investissement, tout cela restera vain. Les entreprises qui n’ont pas les moyens d’investir, on est prêt à les accompagner, à leur octroyer des fonds propres, des crédits... Quant à ceux qui ont les moyens, je les invite à aller au bout de leurs projets… ».

La fraude fiscale ne sera plus tolérée

Deuxième message que Benchaâboun a tenu à adresser au patronat : marquer des ruptures.

« L’action publique a marqué des éléments de ruptures positives et dans des délais très courts. Ces éléments de ruptures sont également attendus du privé », a-t-il souhaité

Benchaâboun a donné deux exemples de ruptures nécessaires : les délais de paiement et la fraude fiscale. Il a beaucoup insisté sur ce dernier point, en illustrant son propos par le phénomène des factures fictives. Un fléau qui cause d’énormes pertes pour l’Etat, selon lui.

L’Etat, dit-il, a fait un énorme effort pour solder les crédits TVA en faveur des entreprises : depuis 2018, plus de 40 milliards de dirhams ont été remboursés aux entreprises. Il reste aujourd’hui à solder un montant de 14,7 milliards, qui peut être réglé rapidement, selon le ministre des Finances, en recourant à l’affacturage par exemple.

Mais pour aller vers la normalité, cet effort doit se faire dans les deux sens.

« Les factures fictives causent d’énormes dégâts. Je ne parle pas de surfacturation, mais d’entreprises qui n’ont aucune activité et qui émettent des factures pour permettre à d’autres d’être remboursées sur la TVA. On a fait des croisements et on a découvert qu’il y des milliers d’entreprises qui font ça. Ce qui représente des milliards de dirhams de TVA. Ces pratiques doivent s’arrêter. Et nous serons intransigeants sur ça dès 2021 », prévient le ministre des Finances.

Produire plus, importer moins

Le ministre a relevé également dans son intervention, et en réaction aux questions de certains patrons, la question de l’import-substitution, sujet qui fait couler beaucoup d’encre.

Benchaâboun a été ici très clair : « l’industrialisation, j’y crois beaucoup. Et nous mettons tous les outils pour les entreprises qui veulent passer de l'import à la production », insiste-t-il.

« N’importe quel opérateur ou groupe d’opérateurs qui veulent faire de la substitution, nous sommes là pour les encourager, les aider, les soutenir… », ajoute-t-il.

Un message très clair pour ceux qui s’attendent à ce que le gouvernement fasse machine arrière sur l’augmentation des droits de douane sur les produits finis importés.

Pour étayer et défendre sa politique, Benchaâboun donne l’exemple du secteur de la santé, où les opportunités d’investissement industriel sont énormes.

Les opportunités dans la santé vont doubler, voire quadrupler, selon le ministre. Et ce, grâce à trois leviers : l’augmentation continue du budget du département de la santé, l’amélioration de la demande locale à travers l’élargissement de l’AMO à tous les citoyens, et la demande croissante sur le marché international.

« Ces opportunités qui s’ouvrent montrent que l’industrialisation est possible. Et le Maroc peut même devenir une plateforme d’exportation. Mais si le secteur privé ne s’insère pas dans cette mécanique, tout sera importé... Il ne faut pas attendre que le marché grandisse pour y aller, et rentrer dans le vieux débat de l’œuf et la poule. Il faut que l’investissement soit enclenché dès maintenant, sans attendre le marché, sinon on ratera encore une fois une opportunité pour développer notre tissu productif ».

Ce même message, le ministre a tenu à l’adresser aux exportateurs, qui sollicitent de lui de revenir sur la hausse de l’IS passé de 17,5 à 20% et lui reprochent de ne pas avoir tenu sa promesse de compenser cette hausse des impôts par quelque chose de nouveau dans le PLF 2021.

Benchaâboun a été très clair, voire un peu sévère sur ce sujet :

« Quand je regarde les chiffres des exportations, je suis impressionné par leur faiblesse. Ce que j’avais promis aux exportateurs, c’est que l’on travaille ensemble pour quadrupler ces chiffres. Car au final, 95% de ces entreprises exportatrices paient moins de 1 million de dirhams d’IS. Cette différence d’impôt ne représente qu’un surcoût de 10 000 dirhams par entreprise. Si vous voulez faire des gains de 10.000 dirhams, vous n’avez pas besoin d’un ministre des Finances. Donc, je dis non. En revanche, si vous me demandez 10 millions de dirhams pour investir et exporter plus, je suis partant », lance Mohamed Benchaâboun. 

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M.M.
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